“Traditionis custodes” asphyxie la messe traditionnelle
Cardinal Arthur Roche
Le Dicastère pour le Culte divin a publié le Summarium Decretorum de 2025. Parmi plus de trois mille circonscriptions ecclésiastiques du monde, 34 seulement ont reçu la permission romaine pour que la messe traditionnelle soit célébrée dans une église paroissiale.
Le Summarium Decretorum de 2025 est l’index annuel des décisions adoptées par le dicastère précité, dont le préfet est le cardinal Arthur Roche. 34 décrets ont été pris l’année dernière qui concernaient 34 diocèses et 55 paroisses. Il s’agissait pour la plupart de renouvellements pour la durée standard de deux ans.
7 de ces décrets ont été émis du vivant de François, les autres datent du pontificat de Léon XIV. Il faut souligner que 29 des 34 décrets sont des renouvellements d’autorisations déjà existantes : seule une poignée de communautés a obtenu une nouvelle permission.
Une quantité infinitésimale
L’Annuario Pontificio recense 3.041 circonscriptions ecclésiastiques : diocèses, archidiocèses, prélatures, vicariats et ordinariats. Les 34 diocèses bénéficiaires en 2025 représentent un peu plus d’un pour cent des sièges de l’Église. 24 décrets correspondent aux États-Unis. Le reste de la planète, de l’Amérique latine à l’Afrique et à l’Asie, apparaît pratiquement vide.
En 2022, première année complète d’application du motu proprio, des permissions ont été accordées à 35 diocèses et juridictions, dont 20 nord-américains. En 2023, le chiffre est monté à 55 décrets, pour redescendre à 34 en 2024 et rester figé à ce même nombre en 2025.
Le recensement du Latin Mass Directory
Le Latin Mass Directory donne, depuis 2015, le recensement international des messes célébrées selon le Missel de 1962 avec l’approbation de l’évêque. Il répertorie actuellement près de mille cinq cents lieux de culte dans 64 pays, avec les États-Unis (446), la France (224), la Pologne (117), l’Italie (117), le Royaume-Uni (98), le Brésil (92) et l’Allemagne (87) en tête. L’Espagne affiche 36 lieux.
Les églises paroissiales du Summarium ne représentent que trois à quatre pour cent des lieux approuvés signalés par le répertoire. Ainsi, l’immense majorité des messes traditionnelles autorisées se célèbre hors des églises paroissiales, dans des chapelles d’instituts, des oratoires, des cimetières, des collèges, des salles ou des locaux loués, là où le motu proprio voulait les reléguer.
L’application de l’article 3 §2 de Traditionis custodes, en interdisant l’usage des églises paroissiales, n’a pas réduit le nombre de fidèles, mais il les a expulsés de la vie de paroisse et en a fait une sorte de SDF de l’Église. Le répertoire note aussi les disparitions.
En 2022, première année d’application pleine du motu proprio, 232 lieux de culte ont été marqués comme supprimés, dont 96 explicitement à cause de Traditionis Custodes. Les États-Unis, le pays comptant le plus grand nombre de fidèles attachés au rite ancien, ont perdu 71 lieux depuis 2021, soit 14 %. Le Royaume-Uni a chuté de 27 %, l’Australie de 22 %, les Pays-Bas de 24 %.
Le Pérou, patrie de Léon XIV, a vu annuler en 2022 ses trois seuls centres autorisés et n’en conserve aujourd’hui aucun. La Chine, le Costa Rica, la Lettonie, la Malaisie et le Sri Lanka figurent également à zéro. Comme l’a déjà publié InfoVaticana en juillet, quatorze pays de trois continents sont dépourvus de lieu approuvé où assister à la messe traditionnelle.
Dans les pays où les évêques ont résisté à la pression romaine, le tableau est différent. La France a progressé de 29 % depuis 2021 et totalise 224 lieux ; l’Allemagne est passée de 36 à 87, soit une hausse de 136 % ; la Pologne a augmenté de 67 % ; l’Italie, de 102 % ; la Suisse, terre d’Écône, a doublé son offre.
Ainsi, là où l’ordinaire l’a voulu, la liturgie traditionnelle a fleuri malgré le motu proprio. Là où l’ordinaire a appliqué le texte avec zèle, elle a disparu. Traditionis custodes n’a rien unifié : il a fait de la situation des fidèles une loterie épiscopale.
Une ligne claire : la messe traditionnelle doit disparaître
Traditionis Custodes a placé sous tutelle la vie liturgique d’une minorité. Il a interdit la messe traditionnelle dans les églises paroissiales, interdit l’érection de nouvelles paroisses personnelles, exigé des prêtres ordonnés après le motu proprio une licence du Saint-Siège pour pouvoir la célébrer et réservé à Rome la dispense de chaque interdiction.
La Responsa ad dubia du cardinal Roche a donné le coup de grâce : la dispense n’est possible que lorsqu’il est impossible de trouver une autre église ; la messe ne peut figurer au programme paroissial ; elle ne doit pas coïncider avec les activités de la communauté ; et la permission sera retirée dès qu’un local alternatif apparaîtra.
Les prorogations biennales sont la pièce la plus odieuse du processus. Tous les deux ans, l’évêque doit justifier la fréquentation, les démarches accomplies vers la liturgie réformée et le « bien spirituel » des fidèles présumés coupables. L’objectif déclaré n’est pas la stabilité mais l’extinction.
Mgr Mark Eckman, évêque de Pittsburgh (USA), l’a avoué, en annonçant en août dernier la cessation de l’unique messe traditionnelle diocésaine, célébrée depuis vingt ans. Il a expliqué que la permission « n’était conçue que comme temporaire » et l’attente du Saint-Siège était que le besoin de cette dispense « finisse par disparaître » et que les fidèles soient « conduits vers la célébration du rite postconciliaire ». La dernière messe a eu lieu le 4 septembre.
Le régime instauré par Traditionis custodes revient à accorder une autorisation assortie d’une date de péremption et conditionnée, tous les deux ans, à la démonstration que les mesures prises favorisent à terme sa propre disparition. Ces disparitions, contrairement aux autorisations, ne sont pas comptabilisées. La mort par euthanasie reste silencieuse : une ligne vient à manquer, et c’est tout.
Une incohérence ?
InfoVaticana, dont sont tirées la plupart des informations de cet article, voit un « appareil disproportionné ». Le déploiement de personnel pour décider quelques décrets dans une année – et en refuser combien ? – paraît grotesque. Il compare avec celle des chapelles de la Fraternité Saint-Pie X, qui accueillent, sans demander la permission à quiconque, les fidèles expulsés de leurs paroisses.
Et de conclure, en constatant qu’au Pérou, au Costa Rica, au Kenya ou au Sri Lanka, la seule messe traditionnelle qui subsiste est celle de la Fraternité, que Traditionis Custodes s’est révélé le meilleur agent de recrutement d’Écône. Cette dernière constatation n’est sans doute que partielle.
Les éléments rapportés par The Pillar en juillet 2024 peuvent donner à penser que le cardinal Roche veut expulser la messe traditionnelle, purement et simplement, et qu’il se satisfait que la Fraternité Saint-Pie X et d’autres sociétés accueillent les exclus, permettant de faire table rase du passé sans trop de vagues.
Et Léon XIV ?
Léon XIV maintient en vigueur Traditionis Custodes et n’a annoncé aucune modification. Le Dicastère pour le Culte divin poursuit sur sa lancée des années précédentes, et le Pape semble se désintéresser du problème. Laisser faire le cardinal Roche est une manière d’agir. Il n’est pas sûr que ce dossier évolue dans un sens ou dans l’autre. Mais à ce rythme, l’extinction n’est pas éloignée.
Cette situation montre combien la position de la Fraternité Saint-Pie X, qui réclame la liberté pure et simple pour la messe traditionnelle, est la seule qui soit viable. C’est aussi celle qui mettrait en péril les réformes postconciliaires, en mettant en évidence leur manque d’esprit catholique. Et cela, le cardinal Roche l’a bien compris.
(Source : InfoVaticana/National Catholic Register/The Catholic Herald/cath.ch – FSSPX.Actualités)
Illustration : Flickr / Catholic Church England and Wales (CC BY-NC-ND 2.0)