Mgr Mutsaerts : « Vous risquez de perdre la foi dans votre propre paroisse »

Source: FSSPX Actualités

Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc (Pays-Bas).

Lors de la Catholic Identity Conference, organisée du 2 au 4 octobre 2026 à Pittsburgh (États-Unis) par le journal The Remnant, Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc (Pays-Bas), a livré une critique sévère de la crise doctrinale et liturgique de l’Église. Dans un entretien accordé à LifeSiteNews, publié le 6 octobre, il a notamment conseillé aux fidèles de quitter les paroisses où leur foi risque de s’affaiblir pour rechercher une liturgie véritablement respectueuse du sacré, évoquant notamment la messe traditionnelle.

« S’il y a une mauvaise messe Novus Ordo, vous ne pouvez pas changer ces prêtres, j’en ai peur. Alors allez simplement ailleurs. » C’est par ces mots que Mgr Robert Mutsaerts a répondu à une question de LifeSiteNews sur l’attitude des catholiques confrontés à une liturgie irrévérencieuse dans leur paroisse.

Interrogé le 3 octobre 2026, à l’issue de son intervention à la Catholic Identity Conference, le prélat néerlandais a expliqué avoir lui-même changé d’avis sur la nécessité de demeurer fidèle à sa paroisse territoriale. « Autrefois, je pensais : “Soutenez votre propre paroisse.” Je ne dis plus cela aujourd’hui […] parce que vous pourriez y perdre la foi. Allez là où vous pouvez vous dire : “C’est juste, c’est authentique, c’est vrai.” »

Cet avertissement est d’autant plus significatif qu’il émane d’un évêque qui célèbre lui-même la messe selon le rite réformé, et non selon le rite traditionnel. Sans remettre directement en cause la réforme liturgique elle-même, Mgr Mutsaerts reconnaît ainsi que certaines pratiques paroissiales peuvent constituer un danger pour la foi des fidèles.

Son intervention ne s’est cependant pas limitée à cette question. Devant les participants de la conférence, il a développé une réflexion sur la crise de l’Église, la synodalité, l’effondrement du catholicisme aux Pays-Bas, la formation des prêtres et le retour des jeunes générations à la Tradition.

La messe traditionnelle, refuge pour les jeunes catholiques

Dans son entretien, Mgr Mutsaerts insiste particulièrement sur la nécessité, pour les familles, de trouver des communautés où la foi puisse être nourrie et transmise. Il encourage les jeunes à rejoindre des lieux où ils pourront rencontrer d’autres catholiques de leur âge, partager une même aspiration spirituelle et découvrir le sens du sacré.

L’évêque mentionne à cet égard aussi bien la messe traditionnelle que le Novus Ordo, à condition que la liturgie soit célébrée dignement. Cette distinction reflète sa position sur la réforme liturgique et laisse de côté les défaillances du rite réformé lui-même. Elle n’efface cependant pas la question fondamentale de la messe traditionnelle, dont l’attrait croissant auprès des jeunes constitue précisément l’un des principaux thèmes de son discours.

À ses frères dans l’épiscopat, Mgr Mutsaerts adresse ainsi une mise en garde : « Ne considérez pas automatiquement l’attachement à la liturgie traditionnelle comme un problème psychiatrique. Tous les jeunes catholiques qui aiment le latin ne sont pas des agents secrets venus de 1957. »

Puis il ajoute : « Lorsque de jeunes catholiques sont attirés par le chant grégorien, le silence, l’encens, l’agenouillement, la célébration ad orientem et la spiritualité classique, ne demandez pas immédiatement : “Qu’est-ce qui ne va pas chez eux ?” Demandez-vous plutôt : “Que trouvent-ils ici qui leur manque ailleurs ?” »

Cette interrogation touche à une difficulté majeure de la vie ecclésiale contemporaine : pourquoi tant de jeunes catholiques découvrent-ils dans la liturgie traditionnelle ce qu’ils ne trouvent plus dans les célébrations ordinaires de nombreuses paroisses ?

Pour Mgr Mutsaerts, la réponse se situe d’abord dans la nature même du culte catholique. « Une messe catholique n’est pas d’abord un rassemblement au cours duquel la communauté célèbre son sentiment d’appartenance. C’est le sacrifice du Christ rendu sacramentellement présent. Ce n’est pas un repas célébré sous la forme d’un sacrifice, mais un sacrifice célébré sous la forme d’un repas. Cela change tout. »

Si Mgr Mutsaerts rappelle avec raison la nature sacrificielle de la messe, sa référence à la forme d’un repas demeure discutable. Contrairement à la nouvelle messe, la liturgie traditionnelle manifeste clairement, jusque dans ses rites et ses gestes, que la messe est avant tout un sacrifice offert à Dieu, et non un repas communautaire.

L’évêque souligne par ailleurs que les questions liturgiques ne sont pas de simples controverses esthétiques : elles engagent la foi dans le sacrifice eucharistique et la présence réelle de Notre-Seigneur. De ces vérités doivent découler, selon lui, le respect, le silence, l’agenouillement, la beauté, le chant sacré et le soin apporté à la célébration. Il déplore notamment l’attitude de certains prêtres qui semblent considérer la liturgie comme un espace d’expression personnelle, où les improvisations et les plaisanteries auraient leur place.

« Nous avons offert de la limonade à des jeunes qui cherchaient du vin »

Mgr Mutsaerts s’en prend également aux méthodes pastorales qui, depuis plusieurs décennies, prétendent attirer la jeunesse en réduisant les exigences de la vie chrétienne. Selon ces conceptions, il faudrait proposer des célébrations courtes, des enseignements simplifiés, une participation constante et le moins d’obligations possible.

Or l’évêque constate que cette stratégie n’a pas produit les résultats espérés. « Beaucoup de jeunes qui découvrent la foi recherchent précisément le contraire : la vérité, l’ordre, l’ascèse, l’identité, la confession, l’adoration, les sacrements, la profondeur intellectuelle et une communauté qui exige réellement quelque chose d’eux. »

Il résume cette erreur pastorale par une formule particulièrement expressive : « Nous avons sous-estimé les jeunes. Nous leur avons offert de la limonade alors qu’ils cherchaient du vin. Nous leur avons donné des slogans alors qu’ils voulaient lire saint Thomas d’Aquin. Nous pensions que le chant grégorien les effraierait. Certains le téléchargent maintenant volontairement sur Spotify. »

Loin de rejeter toute exigence, ces jeunes aspirent à une foi cohérente, capable d’ordonner toute leur existence à Dieu. Ils recherchent une doctrine ferme, une morale exigeante, une liturgie sacrée et une véritable vie intérieure.

Pour Mgr Mutsaerts, cette évolution devrait conduire les responsables ecclésiastiques à s’interroger sur les orientations pastorales suivies depuis plusieurs décennies. Le prélat observe en effet que le christianisme ne devient pas plus missionnaire en cherchant à ressembler toujours davantage au monde contemporain. « Le monde ne se convertit pas parce que nous lui ressemblons de plus en plus. Il se convertit parce qu’il voit quelque chose du Christ en nous. »

« Montrez-moi les fruits » : la synodalité mise en accusation

Une part importante de l’intervention de Mgr Mutsaerts a été consacrée à la synodalité, dont il conteste les résultats après plusieurs années de consultations, de réunions et de documents. « Il n’y a rien d’anticatholique dans les synodes. L’Église les connaît depuis des siècles. Le danger commence lorsque la synodalité cesse d’être une méthode pour devenir un idéal théologique presque autonome. »

Il rappelle que les Apôtres ont d’abord reçu le dépôt de la foi, avant de se réunir pour en discuter, et non l’inverse. « Écouter est excellent, mais les catholiques doivent parfois oser poser cette question impolie : écouter qui ? La culture ? Les sondages d’opinion ? Les groupes d’intérêt ? Nous-mêmes ? Ou le Christ ? »

L’évêque observe que lorsque les conclusions des consultations ecclésiales correspondent aux aspirations de la société sécularisée, il est permis de se demander si l’on écoute réellement le Saint-Esprit ou plutôt l’esprit du monde. Son jugement sur les résultats du processus synodal est particulièrement sévère. « La foi a-t-elle été renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé plus clairement ? L’identité catholique a-t-elle été approfondie ? Davantage de personnes se sont-elles converties ? La participation à la messe dominicale a-t-elle augmenté ? Y a-t-il davantage de vocations sacerdotales et religieuses ? »

À ces interrogations, il ajoute celles de l’efficacité de la catéchèse, du respect envers la sainte Eucharistie, de la clarté de l’enseignement moral et du courage missionnaire. « Je ne demande rien au sujet des impressions et des sensibilités, ni des nouveaux comités, des formes de dialogue ou des modèles de participation. Tout ce que je demande est simple : montrez-moi les fruits. » 

Pour le prélat néerlandais, les résultats ne permettent pas de présenter la synodalité comme une réussite. Il rappelle que le critère ultime de toute réforme ecclésiale demeure le salut des âmes : « Salus animarum suprema lex : le salut des âmes est la loi suprême. Pas la synodalité. Pas la réforme des structures. Pas l’adaptation à l’esprit du temps. »

Dans son entretien avec LifeSiteNews, il se montre encore plus direct : « Si la synodalité ne signifie rien pour vous, n’y allez pas ; c’est une perte de temps. Voilà huit ans que cela dure, et pouvez-vous en voir les fruits ? Moi, non. Rien d’autre qu’une perte de temps. » Il invite au contraire les fidèles à poursuivre les pratiques catholiques éprouvées : assister à la messe, réciter le chapelet, donner le bon exemple et rechercher la vérité.

Cette critique prolonge une lettre ouverte adressée au pape Léon XIV au mois d’août, dans laquelle Mgr Mutsaerts l’invitait déjà à concentrer l’action de l’Église sur le salut des âmes plutôt que sur le processus synodal.

Les Pays-Bas, avertissement pour l’Église universelle

La critique de Mgr Mutsaerts s’enracine également dans son expérience personnelle. Né en 1958, il a grandi aux Pays-Bas dans les années 1960 et 1970, alors que l’Église néerlandaise connaissait de profonds bouleversements. Il rappelle qu’au cours des années 1950, son pays possédait une vie catholique particulièrement développée : paroisses nombreuses, écoles confessionnelles, congrégations religieuses, associations et vocations missionnaires.

Puis, en quelques années, les Pays-Bas sont devenus un laboratoire d’expérimentations ecclésiales. « Ce qui avait commencé comme une ouverture au monde moderne s’est transformé, en bien des endroits, en un abandon de ce qui était auparavant considéré comme catholique. Les vérités de la foi sont soudain apparues comme susceptibles d’être débattues, la morale sexuelle traditionnelle semblait devoir être révisée, les formes liturgiques héritées du passé étaient considérées comme pesantes, et l’autorité et l’obéissance comme des vestiges d’une époque révolue. »

Il évoque notamment le Catéchisme hollandais de 1966, qui dut faire l’objet de corrections demandées par Rome, ainsi que le concile pastoral de Noordwijkerhout, dont les méthodes et les discussions lui paraissent très proches du processus synodal actuel. « Une grande partie de ce qui est présenté aujourd’hui comme une nouvelle orientation audacieuse n’est donc absolument pas nouveau. Les Néerlandais ont essayé certaines de ces choses il y a plus d’un demi-siècle. »

L’évêque rappelle les conséquences de cette période : effondrement de la pratique religieuse, disparition de nombreuses structures catholiques, chute des vocations et fermeture massive des églises. Dans sa conférence, il cite l’exemple de Tilburg, sa ville d’origine, qui comptait autrefois 32 grandes églises. Selon les chiffres qu’il rapporte, à la fin des années 1950, environ 98 % des habitants étaient catholiques et 97 % assistaient chaque dimanche à la messe. Aujourd’hui, la pratique dominicale ne concernerait plus qu’environ 1 à 1,5 % de la population.

Mgr Mutsaerts reconnaît que cette évolution a également des causes sociales extérieures à l’Église. Il estime néanmoins qu’il serait historiquement aveugle d’ignorer la responsabilité des expérimentations internes. « Précisément au moment où l’identité catholique était affaiblie, prétendument pour atteindre plus efficacement les hommes modernes, les gens n’ont pas quitté les églises plus lentement, mais plus rapidement. »

« La Révélation n’est pas un iPhone »

Au cœur de son intervention, Mgr Mutsaerts dénonce également l’idée selon laquelle toute réforme constituerait nécessairement un progrès. « Nous vivons dans une culture où le changement est presque automatiquement considéré comme une amélioration. Un téléphone de 2019 est vieux. Un ordinateur de 2012 est ancien. Et ainsi, presque inconsciemment, nous commençons parfois à penser qu’une doctrine formulée en l’an 325 doit certainement avoir un besoin urgent de mise à jour logicielle. »

Sa réponse est catégorique : « Mais la Révélation n’est pas un iPhone. Le christianisme n’est pas un produit qui exige un nouveau modèle chaque année. La tâche de l’Église n’est pas de fabriquer continuellement une nouvelle religion. Sa tâche est de recevoir, conserver, approfondir et proclamer ce qu’elle a reçu du Christ. »

L’évêque distingue les disciplines et les méthodes pastorales, qui peuvent évoluer, des vérités révélées, qui ne peuvent changer : « La vérité ne peut pas être vraie aujourd’hui et fausse demain. » Il estime qu’avant toute réforme, un évêque devrait se poser une question fondamentale : cette réforme aide-t-elle les fidèles à devenir plus saints, à se rapprocher du Christ, des sacrements et de la vie éternelle ? Ce critère devrait, selon lui, primer sur les considérations d’innovation, d’inclusivité ou d’organisation administrative.

Il met également en garde contre une conception de la miséricorde qui finirait par rendre inutile la conversion. « Le Christ était infiniment miséricordieux. Mais sa miséricorde n’a jamais consisté à prétendre que la conversion était inutile. » Renoncer à parler du péché pour éviter de blesser les personnes revient, selon lui, à priver le pardon de sa signification.

L’évêque souligne également le danger d’une révolution doctrinale qui ne dit pas son nom. Les réformateurs modernes, observe-t-il, n’affirment pas nécessairement vouloir changer la doctrine. Ils prétendent plutôt conserver son expression tout en modifiant radicalement son application. « L’ancien révolutionnaire montait au moins sur les barricades. Le révolutionnaire moderne rejoint un comité. » Il prend l’exemple de l’indissolubilité du mariage : on peut continuer à proclamer ce principe tout en adoptant une pratique pastorale qui semble le contredire.

La crise des vocations et l’identité sacerdotale

Abordant la pénurie de prêtres, Mgr Mutsaerts critique la tendance à rechercher d’abord des solutions administratives : regroupements de paroisses, restructurations, nouvelles formes de gouvernance ou discussions sur le célibat sacerdotal.

Il estime qu’il faudrait commencer par une question plus fondamentale : pourquoi un jeune homme voudrait-il devenir prêtre ? Si l’on présente le sacerdoce comme une succession de tâches administratives, de réunions et de responsabilités immobilières, il ne faut pas s’étonner du manque de candidats. En revanche, affirme-t-il : « Dites-lui : donne ta vie au Christ. Offre chaque jour le sacrifice de la messe. Pardonne les péchés. Baptise les enfants. Tiens-toi auprès des mourants. Proclame l’Évangile. Deviens un père spirituel. Conduis les âmes vers l’éternité. Soudain, cela paraît très différent. »

Le prêtre n’a pas besoin d’être l’homme le plus populaire de sa paroisse, ni de rechercher constamment une pertinence aux yeux du monde. « Lorsqu’un prêtre donne l’onction des malades, il est pertinent. Lorsqu’il donne l’absolution, il est pertinent. Lorsqu’il célèbre l’Eucharistie, il est pertinent. Lorsqu’il accompagne un mourant, il est plus pertinent que toutes les émissions de télévision diffusées ce soir-là. »

Rome, l’autorité et la fidélité catholique

L’évêque néerlandais aborde également la question délicate de l’attitude des catholiques face aux décisions des autorités ecclésiastiques. « La Curie n’est pas le Corps mystique du Christ. La diplomatie vaticane n’est pas une révélation divine. Un dicastère n’est pas protégé par le charisme de l’infaillibilité dans chacune de ses décisions. Les nominations ecclésiastiques peuvent être insensées. Les évêques peuvent être lâches. Les stratégies pastorales peuvent échouer. »

Il souligne donc que la fidélité catholique n’oblige pas à considérer toute décision romaine comme nécessairement sage. Mais cette liberté de jugement ne saurait conduire à nier l’autorité de Rome. « Pierre reste Pierre, même lorsque Pierre a besoin que Paul lui résiste en face. » En référence à l’épître aux Galates (2, 11), il rappelle que saint Paul a résisté à saint Pierre sans cesser de reconnaître son autorité. « Le pape n’est pas Dieu. Mais il n’est pas non plus une décoration. » Il ajoute une remarque concernant le pontificat actuel : « Le pape Léon n’est pas le successeur du pape François, il est le successeur de Pierre. Cela lui facilite beaucoup les choses, s’il en est conscient. »

Pour Mgr Mutsaerts, l’Église doit donc éviter deux erreurs opposées : une soumission qui confondrait toutes les décisions humaines des autorités avec la volonté divine, et une contestation qui conduirait à remettre en cause l’institution même de la papauté.

Une nouvelle réforme catholique, à l’exemple du concile de Trente

Quel remède apporter à la crise actuelle ? Mgr Mutsaerts invite à considérer l’exemple du concile de Trente et de la Réforme catholique. Face au protestantisme et aux abus internes, rappelle-t-il, le concile ne s’est pas contenté de prononcer des condamnations. Il a défini la doctrine, réformé la formation sacerdotale, renforcé la discipline du clergé et contribué au renouveau de la vie liturgique.

Cette réforme a ensuite été incarnée par des saints. « Voilà à peu près ce dont l’Église a de nouveau besoin. Non pas une nouvelle et longue conversation ecclésiastique sur ce que pourrait signifier l’identité catholique, mais une génération d’évêques disposés à dire tout simplement : voici la foi catholique. Voici ce que l’Église a reçu. Voici ce qui ne peut pas être changé. Voici ce qui peut être réformé. » Les pasteurs doivent ainsi transmettre sans ambiguïté la doctrine sur le mariage, le sacerdoce, le péché, la grâce, la Rédemption et la messe. « Et ensuite, ils devraient gouverner en conséquence. »

Le prélat met toutefois en garde les catholiques traditionnels contre le risque de laisser la colère dominer leur combat doctrinal. « La lutte contre l’erreur peut progressivement devenir plus importante que l’amour de la vérité. » Il leur recommande de lire davantage saint Augustin que les polémiques ecclésiastiques sur les réseaux sociaux, davantage Chesterton que les blogs vindicatifs, et de consacrer plus de temps à prier pour leur évêque qu’à se plaindre de lui.

Plutôt que de nouvelles structures, il appelle de ses vœux « des évêques orthodoxes, de saints prêtres, des familles solides, une catéchèse sérieuse, des monastères florissants, une belle liturgie, une confiance intellectuelle, des confessionnaux où l’on fait la queue, des séminaires remplis de vocations ».

Aux jeunes catholiques : « Allez à la messe, priez le chapelet »

À l’issue de sa conférence, interrogé par LifeSiteNews sur les conseils à donner aux jeunes qui envisagent le mariage ou une vocation religieuse, Mgr Mutsaerts insiste sur la régularité de la vie chrétienne. « Une chose est très importante : allez à la messe, même si elle ne vous dit pas grand-chose, même si le sermon est un peu ennuyeux, ou totalement ennuyeux. Allez à la messe et essayez, bien sûr, de trouver une paroisse où la messe est célébrée comme il convient. Allez à la messe, priez le chapelet : c’est une arme très puissante. »

Il recommande également la lecture de bons livres, l’écoute d’enseignements catholiques sérieux et une vie conforme à la foi professée. « Vivez selon cette foi, parce que sinon, cela ne sert à rien. Si vous regardez la vie des saints, ce n’est pas facile. Aucun d’eux n’a eu une vie facile, mais cela en vaut la peine lorsque l’on vit pour quelque chose qui mérite qu’on vive et qu’on meure pour lui. »

Face au relativisme contemporain, il rappelle l’existence d’une vérité objective : « Il existe une vérité valable pour chacun. C’est comme la gravité : que cela vous plaise ou non, elle est la même pour tous. » Il invite enfin à conserver le sens de l’humour et à ne jamais perdre l’espérance.

« Nous n’avons pas à sauver l’Église, mais à éviter de la trahir »

La conférence de Mgr Mutsaerts s’achève sur une réflexion consacrée à l’espérance chrétienne. Malgré les crises, les hérésies, les schismes et les persécutions, l’Église demeure parce qu’elle est d’institution divine. « Nous n’avons pas à sauver l’Église. Nous avons seulement à éviter de la trahir. Nous n’avons pas à réinventer la vérité. Nous avons seulement à la transmettre. Nous n’avons pas à construire un nouveau christianisme. Nous devons simplement redevenir catholiques. »

Évoquant les grandes périodes de renouveau de l’Église, le prélat rappelle qu’elles ont été marquées avant tout par la sainteté, à l’exemple de saint François d’Assise, de sainte Thérèse d’Avila, de saint Thomas d’Aquin ou de saint Philippe Néri.

Son discours s’achève sur une affirmation qui résume sa pensée : « L’Église n’appartient finalement ni aux progressistes ni aux traditionalistes, ni aux évêques ni aux théologiens, ni à Rome ni à nous. Elle appartient à Jésus-Christ. » C'est cette appartenance au Christ qui fonde son espérance : « Le Christ est ressuscité. L’Eucharistie est réelle. La grâce est réelle. Le péché peut être pardonné. La vérité ne change pas parce qu’un comité vote contre elle. »

Un constat qui rejoint celui de l’abbé Pagliarani

Les déclarations de Mgr Mutsaerts font écho à celles de l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, dans son entretien du 2 février 2026, consacré à la nécessité des consécrations épiscopales. « C’est triste de le constater, mais c’est un fait : dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne trouvent plus les moyens nécessaires pour assurer leur salut éternel. » 

L’abbé Pagliarani précisait que cette situation concernait particulièrement « la prédication intégrale de la vérité et de la morale catholiques, ainsi que l’administration des sacrements comme l’Église l’a toujours fait ».

Sans partager toutes les analyses doctrinales et liturgiques de la Fraternité, Mgr Mutsaerts reconnaît à son tour qu’un fidèle peut aujourd’hui mettre sa foi en danger en demeurant dans sa propre paroisse. Et il en tire une conclusion sans détour : « Allez ailleurs. »