Mot du Prieur: octobre 2026: le psautier de Marie

Source: District de Belgique - Pays-Bas

Abbé Hennequin, Prieur de Bruxelles

Mot du prieur de Bruxelles

Ce mois d’octobre, consacré au très saint Rosaire, est une splendide occasion pour vous parler du chapelet, ce « psautier de Marie », ce « résumé de tout l’Évangile », ce « trésor des grâces », cette « échelle du Ciel », cette « plus belle prière après la sainte Messe », ce « remède aux maux de notre temps », cette « chaîne qui nous relie à Dieu », est capital tant il nous est nécessaire. Le cher Padre Pio (1887-1968) l’a récité, l’a prêché et en a même fait son testament : « Ceci est mon testament et mon héritage : aimez et faites aimer la sainte Vierge, récitez et faites réciter le Rosaire. »

Important, mais si peu compris. Important, mais si mal utilisé ! Important, mais jugé si monotone ! Important, mais si vite délaissé ! Il serait facile d’accumuler, à n’en plus finir, des pages de citations de saints et de papes qui chantent les mérites du chapelet. Ces citations toucheraient sans aucun doute notre intelligence ; nous saisirions mieux sa grandeur, son efficacité et sa nécessité... mais réciterions-nous davantage le chapelet ? Parce que c’est bien cela qui compte : le bon Dieu ne nous jugera pas sur nos connaissances, mais sur nos bonnes œuvres. Or, il est si facile de savoir sans mettre en pratique.

Ce n’est donc pas un enseignement que se propose cet article; il vise une mise en pratique. Il souhaiterait que tous ceux qui le lisent ne passent désormais plus une seule journée de leur vie sans avoir récité leur chapelet. Encore une fois, ce n’est pas la connaissance du chapelet qui nous sauvera, mais sa récitation quotidienne et fidèle.

Dans la parabole de Jésus sur le pauvre Lazare et le mauvais riche (saint Luc, XVI, 19-31), ce dernier demande à Abraham d’envoyer Lazare sur la terre afin qu’il avertisse ses frères de la réalité de l’enfer, pour qu’ils n’y tombent pas eux-mêmes. Abraham affirme alors : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, même si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts, ils ne croiraient pas. » Sans doute pareille phrase s’appliquerait-elle aussi au chapelet : « S’ils n’écoutent pas les saints et les papes, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts pour les exhorter à réciter quotidiennement leur chapelet, ils n’en seraient pas davantage persuadés. »

Pourtant, dans son infinie Bonté, Dieu a permis que des démons soient forcés de témoigner de l’efficacité du chapelet. En effet, en l’an 1215, alors que saint Dominique prêchait sur le Rosaire, on lui amena un hérétique albigeois qui était possédé. Aussitôt, le saint l’exorcisa en présence de tous ceux qui l’écoutaient. Il apprit ainsi que cet albigeois était possédé par quinze mille démons et, inspiré par Dieu, il ordonna à ces esprits infernaux d’avouer publiquement la puissance de Notre-Dame et de son saint Rosaire. Ils affirmèrent que, par le Rosaire qu’il prêchait, saint Dominique mettait la terreur et l’épouvante dans tout l’enfer, et qu’il était l’homme du monde qu’ils haïssaient le plus à cause des âmes qu’il leur enlevait par la dévotion au Rosaire.

Au sujet de la très sainte Vierge Marie, ils dirent :

« Écoutez donc, chrétiens. Cette Mère de Jésus-Christ est toute-puissante pour empêcher que ses serviteurs ne tombent en enfer ; c’est elle qui, comme un soleil, dissipe les ténèbres de nos machinations et de nos finesses ; c’est elle qui évente nos machinations, qui rompt nos pièges et rend toutes nos tentations inutiles et sans effet.

Nous sommes contraints d’avouer qu’aucun de ceux qui persévèrent dans son service n’est damné avec nous.

Un seul de ses soupirs qu’elle offre à la Sainte Trinité surpasse toutes les prières, les vœux et les désirs de tous les saints.

Nous la craignons plus que tous les bienheureux ensemble, et nous ne pouvons rien contre ses fidèles serviteurs.

Nous protestons de plus, par la violence qu’on nous fait, qu’aucun de ceux qui persévèrent à dire le Rosaire que prêche Dominique n’est damné ; car Marie obtient à ses dévots serviteurs une vraie contrition de leurs péchés, par laquelle ils en obtiennent le pardon et l’indulgence. »

Alors saint Dominique fit réciter le Rosaire à tout le peuple, fort lentement et dévotement ; et, à chaque Ave Maria récité, il sortait du corps du malheureux possédé une grande multitude de démons, jusqu’au moment où ils l’eurent tous quitté.

Cette histoire, rapportée par saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans le Secret admirable du Très Saint Rosaire (33e Rose), est comme un message d’outre-tombe. Si le mauvais riche de la parabole n’a pas obtenu qu’une personne ressuscite pour témoigner de ce qui se passe après la mort, du moins notre douce Mère du Ciel, la Terreur des démons, a-t-elle voulu que ses ennemis témoignent de sa puissance et de l’efficacité de son saint Rosaire.

On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu (Luc XII, 48) : tâchons donc de mettre en pratique notre connaissance de la valeur du chapelet, puisque le bon Dieu nous en demandera compte. Qu’aucun jour ne se passe sans que nous ayons récité notre chapelet, afin que le règne de Jésus puisse venir ici-bas par cette prière si puissante du saint Rosaire.

Que la très sainte Vierge Marie, Médiatrice de toutes les grâces, nous accorde celle de bien réciter chaque jour notre chapelet.

Abbé Hennequin | FSSPX