Belgique : le Coran récité pendant la messe à Louvain en présence de Mgr Terlinden

Source: District de Belgique - Pays-Bas

L’église Saint-Pierre de Louvain.

Une bénédiction juive et des prières protestantes et anglicanes ont également été intégrées à la messe de rentrée de l’Université catholique de Louvain. Une pratique assumée par la paroisse universitaire, en concertation avec le rectorat et les évêques flamands.

Le 16 septembre 2026, la KU Leuven ouvrait solennellement son année académique 2026-2027. Comme le veut la tradition, la journée commençait à 9 heures par une messe en l’église Saint-Pierre de Louvain, avant la cérémonie académique. Le programme officiel de l’université annonçait la célébration sous la présidence du Père Jacques Haers, jésuite et curé de la paroisse universitaire, avec Martijn Steegen, responsable de cette même paroisse.

Au cours de cette messe, un jeune musulman s’est avancé devant l’ambon et a chanté en arabe les versets 69 et 70 de la sourate 26 du Coran, Les Poètes. Ces versets introduisent le passage où Abraham demande à son père et à son peuple ce qu’ils adorent.

La cérémonie comprenait également une bénédiction juive prononcée en hébreu ainsi que des prières de ministres protestant et anglican. Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale de Belgique, assistait à la célébration.

Une pratique instaurée depuis 2017

La récitation coranique n’était ni improvisée ni due à l’initiative personnelle d’un étudiant. Après la diffusion des images et les réactions qu’elles ont provoquées, l’université a expliqué que les versets avaient été choisis par la mosquée étudiante en fonction du thème de la célébration, puis soumis à la paroisse universitaire. Un aumônier connaissant l’arabe en vérifie préalablement le contenu.

Plus significatif encore, la KU Leuven a confirmé qu’il s’agit d’une pratique ancienne. Martijn Steegen, responsable de la paroisse universitaire et théologien pastoral, l’a expliqué au journal étudiant indépendant Veto : depuis 2017, des éléments interreligieux sont intégrés à la messe de rentrée « en concertation avec le rectorat et les évêques flamands ».

L’université affirme néanmoins qu’il ne s’agit pas d’une célébration interreligieuse. « Cela reste une célébration eucharistique pleinement catholique », soutient Martijn Steegen. Les représentants d’autres religions ou conceptions philosophiques sont invités selon les années et les disponibilités ; même des représentants de l’humanisme non confessionnel peuvent y prendre part. La fête patronale de l’université, célébrée chaque année le 2 février, est organisée selon le même principe.

Pour la récitation islamique, l’université a même déterminé ce qu’elle considère comme l’emplacement liturgique adéquat : ces interventions sont placées après la prière suivant la communion et avant la conclusion de la messe, position présentée par la KU Leuven comme « l’endroit liturgique le plus approprié » pour les accueillir.

Au nom de la « paix et de la réconciliation »

La paroisse universitaire assume pleinement cette orientation. Dans une déclaration transmise à AdVaticanum, la KU Leuven présente l’introduction de ces prières comme un geste « œcuménique et interreligieux » destiné à exprimer une vision de « paix et de réconciliation » entre les peuples et les traditions religieuses.

Martijn Steegen a défendu la même conception auprès de Veto. Selon lui, faire symboliquement coexister ces différentes religions au sein de la célébration constitue un signe puissant pour un « avenir pacifique » et exprime le désir chrétien de construire des ponts.

Des critiques se sont néanmoins élevées au sein même de l’université. Jan De Volder, professeur d’histoire de l’Église à la KU Leuven, estime qu’« une célébration eucharistique dans une église n’est pas le lieu pour des éléments interreligieux ». L’association étudiante flamande KVHV Leuven a formulé une objection semblable, considérant que le dialogue interreligieux peut avoir sa place à l’université, mais non à l’intérieur de la messe. Elle avait déjà dénoncé une intervention islamique comparable lors de la rentrée précédente.

La députée belge Darya Safai (N-VA), d’origine iranienne, a réagi beaucoup plus vivement. « On appelle cela de l’inclusivité. Moi, j’appelle cela une autocensure culturelle », écrit-elle. Elle rappelle que, pour les musulmans, le Coran est « la parole d’Allah » et qu’il contient des versets qui « prescrivent ou légitiment la violence contre les non-croyants ». Il est dès lors, selon elle, « franchement problématique » de présenter de tels textes « comme s’il s’agissait d’un symbole universel de tolérance ».

Mais sa critique vise aussi directement l’effacement de l’identité catholique de Louvain : « C’est une université catholique. Elle a le droit d’être catholique. Elle a le droit de porter son identité chrétienne. » Elle juge « honteux » qu’une institution dotée d’une histoire chrétienne séculaire « relativise de plus en plus sa propre identité » pour mettre ensuite le Coran en avant comme un signe d’ouverture.

Et la députée d’avertir : « L’inclusivité ne signifie pas que l’on doit effacer sa propre identité. » Selon elle, « celui qui relativise constamment sa propre culture crée de l’espace pour que d’autres la transforment ». Sa conclusion est sans détour : « Ceci n’est pas du progrès. Ceci est une autocensure culturelle. »

Du dialogue interreligieux à la confusion des cultes

Loin de reconnaître un scandale, la paroisse universitaire se prévaut de l’accord des plus hautes autorités ecclésiastiques belges. Une telle confusion entre le culte catholique et les fausses religions se poursuit ainsi ouvertement, sans avoir suscité à ce jour la moindre sanction de la part de Rome.

Le Coran est le livre fondateur d’une religion qui refuse les vérités les plus fondamentales de la Révélation chrétienne, à commencer par la Sainte Trinité, la divinité de Jésus-Christ et son sacrifice rédempteur. Mais le problème dépasse le seul cas de l’islam : aucune fausse religion ne saurait se voir reconnaître une place dans le culte catholique. La récitation du Coran, comme la bénédiction juive et les prières protestantes et anglicanes également introduites dans cette messe, mêle au vrai culte les expressions de religions que l’Église ne peut reconnaître comme voulues par Dieu.

L’événement de Louvain manifeste jusqu’où conduit la logique du dialogue interreligieux, qui met, au moins en pratique, sur le même plan la vraie religion et les fausses religions. La nouvelle liturgie, par l’affaiblissement de l’expression de certaines vérités de foi et par la place considérable laissée à l’initiative des célébrants, a ouvert la porte à des expérimentations toujours plus étrangères à la nature du sacrifice de la messe. Elle ne prescrit certes pas l’introduction de textes d’autres religions dans la célébration, mais le cas de Louvain montre jusqu’où peut aller cette logique de créativité liturgique lorsqu’elle rencontre celle de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. 

Après les rencontres et les prières communes, une nouvelle étape est franchie : ce qui, avant Vatican II, aurait appelé réparation comme une profanation est désormais organisé, justifié et assumé au nom de l’ouverture et de la paix.


La récitation du Coran pendant la messe de rentrée à Louvain