Mgr Bonny pousse plus loin son projet d’ordonner des hommes mariés
Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers.
Six mois après avoir annoncé son intention d’ordonner prêtres des hommes mariés à l’horizon 2028, Mgr Johan Bonny passe à la préparation concrète. Des candidats sont déjà en formation, le dossier a été porté à Rome et l’évêque d’Anvers fait désormais de son aboutissement un test de la « crédibilité » du processus synodal.
En mars 2026, Mgr Johan Bonny avait annoncé qu’il mettrait « tout en œuvre » pour ordonner prêtres quelques hommes mariés dans son diocèse avant 2028. FSSPX.Actualités avait alors analysé cette initiative et les arguments avancés pour la justifier : pénurie de vocations, existence de prêtres mariés dans les Églises catholiques orientales ou parmi certains convertis de l’anglicanisme, mais aussi considérations sur la « santé psychosociale » des prêtres et la crise des abus.
Six mois plus tard, l’évêque d’Anvers ne se contente plus d’annoncer son intention. Plusieurs hommes mariés se préparent déjà en vue d’une éventuelle ordination sacerdotale et suivent, selon lui, une formation théologique et pastorale comparable à celle des futurs prêtres.
Les critères retenus sont proches de ceux appliqués aux candidats mariés au diaconat permanent : être âgé d’au moins 35 ans, avoir l’accord de son épouse, mener une vie familiale stable et ne plus avoir d’enfants en bas âge. Cette préparation se poursuit dans l’attente d’une autorisation de Rome, indispensable pour que le projet puisse aboutir.
« La Flandre a épuisé ses réserves »
Mgr Bonny justifie cette accélération par une situation qu’il présente comme une nécessité. Le diocèse d’Anvers ne compterait plus que 70 prêtres âgés de moins de 70 ans, dont les deux tiers sont d’origine étrangère.
Selon l’évêque, aucun prêtre n’est désormais spécifiquement affecté à un hôpital, à une école ou à un mouvement de jeunesse. Le quotidien La Libre Belgique rapporte également qu’il ne reste qu’un seul aumônier permanent pour les cinq établissements pénitentiaires de la province.
L’argument n’est pas nouveau. Dès le printemps, il affirmait que « le nombre d’hommes célibataires souhaitant devenir prêtres est tombé à un niveau à peine supérieur à zéro » et que le recours aux prêtres étrangers ne pouvait suffire à répondre aux besoins.
Mais l’évêque est désormais passé de ce constat à la préparation effective des candidats.
Le dossier porté à Rome
Une autre étape a été franchie en juin. Mgr Bonny s’est rendu de sa propre initiative à Rome afin d’y défendre son projet. Il a rencontré le cardinal Lazarus You Heung-sik, préfet du Dicastère pour le Clergé, ainsi que le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode.
« Je leur ai expliqué, chiffres à l’appui, que la Flandre avait épuisé ses réserves », a-t-il raconté. Selon lui, les deux cardinaux lui ont répondu qu’ils transmettraient la question à Léon XIV.
Dans un nouvel entretien accordé à Herder Korrespondenz, Mgr Bonny précise qu’il avait également emporté à Rome une lettre de la Conférence épiscopale belge soutenant sa demande. Le projet personnel de l’évêque d’Anvers s’inscrit en effet dans un mouvement plus large de l’épiscopat belge.
En juillet, Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale, avait déclaré que les évêques belges avaient déjà indiqué à Rome, lors du Synode de 2023, qu’ils étaient ouverts à une discussion sur l’ordination d’hommes mariés. Il était allé jusqu’à affirmer : « À mes yeux, les prêtres mariés constitueraient un enrichissement pour l’Église. » Il avait cependant rappelé que la décision ne pouvait être prise sans l’accord du pape.
Au mois d’août, Mgr Terlinden, accompagné notamment de Mgr Patrick Hoogmartens, évêque de Hasselt, et de Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, s’est rendu à Rome pour rencontrer Léon XIV et évoquer la situation de l’Église en Belgique. Mgr Bonny suppose que son projet a été abordé lors de cette rencontre, mais le contenu des échanges n’a pas été rendu public.
Pour le moment, aucune autorisation du Saint-Siège pour les ordinations projetées à Anvers n’a été annoncée.
Un « coup fatal » porté à la synodalité ?
Mgr Bonny pousse maintenant son raisonnement plus loin.
Dans sa lettre pastorale de mars, il affirmait déjà qu’« il est illusoire de penser qu’un véritable processus synodal et missionnaire ait encore la chance de voir le jour en Occident sans ordonner également des hommes mariés ».
Dans l’édition d’octobre de Herder Korrespondenz, il lie désormais directement la réussite du processus synodal à l’aboutissement de son projet. « J’ai confiance qu’une réglementation appropriée pourra être trouvée d’ici la fin du processus synodal à l’automne 2028 », affirme-t-il. Et l’évêque d’Anvers ajoute : « Ce serait un coup fatal à la crédibilité et à la mise en œuvre de tout le processus synodal si aucune réglementation n’avait été trouvée d’ici là. »
L’année 2028 correspond à la fin de la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité. Ce qui était présenté au printemps comme une réponse à la pénurie de prêtres devient donc également une exigence liée à la réussite du processus synodal lui-même.
La pression sur Rome s’accentue : d’une demande discutée depuis des années, Mgr Bonny est passé à l’annonce d’ordinations ; de l’annonce, à la sélection et à la formation des candidats ; et de la préparation, à une démarche auprès de Rome assortie désormais d’une échéance.
Mgr Bonny compte sur Léon XIV
L’évêque d’Anvers fait également entrer le nouveau pape dans son raisonnement. Il affirme que sa confiance repose notamment sur la manière dont Léon XIV exerce sa mission de « bâtisseur de ponts ». « Comme un bon père, il sait ce dont ses enfants ont besoin, et ce n’est pas la même chose partout ni pour tous », explique-t-il.
La formule peut laisser entrevoir ce que Mgr Bonny espère obtenir : non nécessairement une suppression générale et immédiate du célibat sacerdotal dans l’Église latine, mais une réglementation permettant des solutions différentes suivant les situations locales.
L’évêque assure en outre que son initiative dépasse largement la Belgique. D’autres évêques confrontés à la pénurie sacerdotale partageraient son souhait. « Nous ne sommes pas seuls », affirme-t-il.
La réponse de Paul VI reste entière
L’argumentation avancée aujourd’hui n’est pourtant pas nouvelle. Comme FSSPX.Actualités l’avait rappelé au mois d’avril, Paul VI l’avait déjà rencontrée dans l’encyclique Sacerdotalis caelibatus du 24 juin 1967.
Le pape y refusait de voir dans l’abandon du célibat sacerdotal une réponse assurée à la pénurie des vocations : « On ne peut croire tout simplement que l’abolition du célibat ecclésiastique accroîtrait par le fait même et de façon notable le nombre de vocations. »
Paul VI demandait plutôt de rechercher les causes de leur diminution « dans la perte ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré » et dans le fait que l’Église soit moins reconnue comme « l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacrements ».
Surtout, le célibat n’y est nullement présenté comme une simple règle pratique susceptible d’être abandonnée lorsque le nombre de prêtres diminue. Paul VI rappelle le « lien profond qui, dans le Christ, unit la virginité et le sacerdoce » et voit dans le célibat le signe du don total du prêtre au Christ, à l’Église et aux âmes.
Il allait jusqu’à affirmer que « l’Église d’Occident ne peut pas faiblir dans la fidélité à la tradition ancienne qui est la sienne ».
Le paradoxe est d’autant plus frappant qu’une telle défense venait de Paul VI lui-même. Celui qui conduisit l’application du concile Vatican II et engagea l’Église dans de profondes réformes aux effets dévastateurs, refusa pourtant de céder sur le célibat sacerdotal. Alors même qu’il introduisait avec le Novus Ordo une transformation considérable de la liturgie latine, il entendait maintenir sur ce point une discipline qu’il rattachait expressément à une tradition séculaire et aux exigences profondes du sacerdoce.
Près de soixante ans plus tard, c’est au nom de la synodalité, fruit de la collégialité conciliaire qu'il avait mise en œuvre, que cette discipline est remise en cause.
(Sources : Herder Korrespondenz – La Libre Belgique – CathoBel – InfoVaticana – FSSPX Actualités)