États-Unis : les Franciscaines du Christ-Roi veulent « gagner le cœur des enfants pour Jésus »

Source: District de Belgique - Pays-Bas

À l’heure où tant de congrégations ont abandonné leurs observances religieuses, deux fondateurs déjà âgés ont osé recommencer à zéro. Leur pari a porté ses fruits.

À Kansas City, dans l’État américain du Missouri, les Franciscaines du Christ-Roi partagent leurs journées entre le couvent et les salles de classe. Fondée en 2000 pour soutenir les écoles de la Fraternité Saint-Pie X, cette congrégation perpétue la tradition des religieuses enseignantes, dans l’esprit de saint François d’Assise.

Presque toutes les sœurs enseignent à la Saint Vincent de Paul Academy, où elles assurent différentes matières, le catéchisme et la préparation à la première communion. Elles organisent également des retraites scolaires et participent à des activités destinées aux enfants dans plusieurs chapelles américaines. Mère Mary Joseph, supérieure de la communauté, résume leur apostolat en quelques mots : « Nous voulons gagner le cœur des enfants pour Jésus. »

Une franciscaine qui ne reconnaissait plus sa congrégation

L’histoire des Franciscaines du Christ-Roi commence bien avant leur fondation officielle. Mère Mary Joseph en retrace les origines à travers le parcours de sœur Mary Herlinda McCarty, une Américaine née en 1911, dont la fidélité à la vie religieuse traditionnelle allait être durement éprouvée.

La future fondatrice découvre la foi catholique à l’âge de dix ans. Elle fréquente ensuite un pensionnat tenu par des religieuses franciscaines d’origine allemande, dont la congrégation avait été fondée en Westphalie en 1860. Ces sœurs, établies aux États-Unis à partir de 1872, pendant le Kulturkampf, se consacraient notamment à l’éducation des enfants pauvres et des orphelins.

Baptisée en 1923, Mary Herlinda entre à son tour dans la congrégation et prononce ses vœux perpétuels dix ans plus tard. Elle enseigne pendant plusieurs décennies dans différentes écoles américaines et exerce à plusieurs reprises les fonctions de supérieure.

Mais après le concile Vatican II, sa congrégation connaît de profonds changements. L’habit religieux est modifié, les anciennes observances abandonnées et des pratiques de méditation d’inspiration orientale introduites. Après un séjour de plusieurs années à Rome, sœur Herlinda retrouve une communauté qu’elle ne reconnaît plus. « Notre fondatrice a vécu de près la révolution postconciliaire », souligne Mère Mary Joseph. La religieuse traverse alors « des années de croix et de déracinement intérieur ».

Dans les années 1990, une ancienne élève lui fait connaître la Fraternité Saint-Pie X à Chicago. Sœur Herlinda commence à fréquenter sa chapelle et à assister à la messe traditionnelle, malgré la désapprobation de ses supérieures. En 1996, elle quitte finalement sa congrégation pour rejoindre, au Texas, une maison ouverte par la Fraternité afin d’accueillir des religieuses de différents instituts désireuses de rester fidèles à leur règle et à la liturgie traditionnelle.

Après tant d’années d’enseignement et d’épreuves, sœur Herlinda pourrait envisager une retraite paisible. C’est pourtant à cette époque qu’un prêtre vient lui proposer de recommencer presque à zéro.

Deux fondateurs âgés, une communauté à bâtir

Le Père Eugene Nicholas Heidt, né en 1933 dans le Dakota du Nord, connaît depuis l’enfance les bienfaits de l’éducation catholique dispensée par les religieuses. Après avoir fréquenté une école paroissiale tenue par des sœurs, il entre au petit séminaire bénédictin de Mount Angel, dans l’Oregon.

Ordonné prêtre en 1959, il exerce différents ministères dans l’enseignement, les paroisses et auprès des populations amérindiennes. Il devient également confesseur de plusieurs communautés féminines, dont il apprend à connaître la vie et les difficultés.

En 1988, il rejoint l’œuvre de Mgr Marcel Lefebvre. Devenu directeur d’une école de la Fraternité, il regrette l’absence de religieuses enseignantes et demande à plusieurs reprises pourquoi une communauté ne serait pas fondée pour répondre à ce besoin. Le supérieur du district américain, l’abbé Peter Scott, finit par lui retourner la question : pourquoi ne prendrait-il pas lui-même cette initiative ?

Le Père Heidt accepte cette réponse comme l’expression de la volonté de Dieu. Il étudie les règles de plusieurs congrégations enseignantes antérieures au Concile et retient celle du Tiers-Ordre régulier de saint François, confirmée par Pie XI en 1927. Il lui reste à trouver une religieuse expérimentée pour former les premières candidates. Ce sera sœur Herlinda, qui a conservé l’esprit de la vie franciscaine traditionnelle malgré les bouleversements traversés.

En 2000, à près de 89 ans, elle accepte de participer à la fondation des Franciscaines du Christ-Roi dans l’Oregon. Le Père Heidt a lui-même 67 ans. Tous deux sont de santé fragile, mais ils se lancent dans cette entreprise avec confiance. « Ils étaient tous deux en mauvaise santé et déjà âgés, mais jeunes de cœur », raconte Mère Mary Joseph. Malgré les difficultés prévisibles, « ils ont néanmoins pris le risque, confiants en Dieu ».

Les débuts sont modestes. Le prêtre met sa propre maison à la disposition des premières sœurs. L’arrivée de nouvelles postulantes nécessite bientôt de louer une deuxième habitation, puis de trouver d’autres logements provisoires.

Pendant ce temps, sœur Herlinda forme les jeunes religieuses, leur enseignant les usages du couvent et la règle franciscaine. Le Père Heidt assure leur direction sacerdotale et rédige les constitutions, avec l’aide de religieuses expérimentées.

Le texte est soumis à Mgr Bernard Tissier de Mallerais, qui l’approuve après quelques modifications. Lorsque le Père Heidt reçoit les constitutions approuvées, il confie à Mère Mary Joseph : « Vous avez tout ce dont vous avez besoin si Mère Herlinda et moi venions à mourir maintenant. » La religieuse est saisie : « Mon Père, ne faites pas cela. » Mais le prêtre se contente de sourire.

Un ancien couvent bénédictin retrouve des religieuses

En 2002, les Franciscaines du Christ-Roi trouvent enfin une maison adaptée à leur communauté. Il s’agit d’un ancien couvent bénédictin situé à Kansas City, à proximité de la maison du district américain de la Fraternité. Construit à la fin des années 1940 pour des bénédictines de l’Adoration perpétuelle, le vaste bâtiment est encore en bon état. Son prix a été considérablement réduit, mais il dépasse largement les moyens des religieuses.

Les religieuses parviennent néanmoins à obtenir un emprunt bancaire et décident d’acheter le couvent. Mère Mary Joseph se souvient de cette décision audacieuse : « Nous ne savons pas vraiment comment cela s’est passé. Saint Joseph y était pour quelque chose. » Les dons affluent ensuite de tout le pays, permettant progressivement de rembourser la dette. « De petites sommes d’argent sont arrivées de tout le pays, parce que les gens croyaient en la cause franciscaine », raconte la supérieure.

L’ancien monastère retrouve ainsi sa destination première. Il abrite désormais la maison mère, le noviciat et les activités quotidiennes de la communauté. Les religieuses entreprennent également d’entretenir et de restaurer les bâtiments.

Les deux fondateurs ont la consolation de voir les sœurs installées dans leur nouvelle demeure. En 2006, sœur Herlinda et le Père Heidt meurent à trente-trois jours d’intervalle, laissant derrière eux une communauté encore jeune, mais solidement organisée. Mère Mary Joseph conserve un souvenir particulièrement vif du Père Heidt : « Son influence est tout simplement omniprésente. C’est vraiment son esprit qui anime l’ensemble. »

Des salles de classe aux chapelles américaines

À Kansas City, les Franciscaines du Christ-Roi ont trouvé leur principal champ d’apostolat à la Saint Vincent de Paul Academy. Les sœurs peuvent enseigner différentes matières et intervenir auprès des garçons comme des filles. Leur présence ne se limite cependant pas aux cours. Elles assurent l’instruction religieuse, préparent les enfants aux sacrements et participent à l’organisation de retraites. 

Pendant les vacances, elles se rendent également dans différentes chapelles pour animer des activités destinées aux jeunes filles. Ces rencontres permettent à des enfants qui ne fréquentent pas nécessairement une école catholique de découvrir la vie religieuse. Les sœurs partagent avec eux des moments de prière, d’instruction et de détente, tout en leur faisant connaître la spiritualité franciscaine.

Au couvent, les journées suivent un rythme bien différent de celui des salles de classe. La messe traditionnelle, la méditation, la prière commune et les exercices spirituels occupent une place essentielle. Les religieuses prononcent les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, conformément à la règle du Tiers-Ordre régulier de saint François.

Mère Mary Joseph rappelle que les constitutions assignent à la congrégation un premier but : « La glorification de Dieu et la vénération de Jésus-Christ, roi du ciel et de la terre. » L’enseignement vient ensuite, comme un prolongement de leur consécration religieuse. La communauté cultive particulièrement la dévotion au Saint-Sacrement, au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, dans l’esprit du message de Fatima.

Des vocations qui grandissent sans précipitation

La congrégation possède son propre noviciat à Kansas City. Les candidates commencent par six mois de postulat, suivis de deux années de noviciat. Lors de la prise d’habit, chacune reçoit un nom religieux comportant une référence à la Sainte Vierge.

La première année est principalement consacrée à la formation spirituelle et doctrinale. Au cours de la seconde, les novices peuvent progressivement participer à certaines activités de la communauté. Viennent ensuite les vœux temporaires, renouvelés pendant plusieurs années avant la profession perpétuelle.

À l’été 2025, les Franciscaines du Christ-Roi comptaient quatorze professes, dont neuf engagées par des vœux définitifs, ainsi que deux novices. Mère Mary Joseph ne s’inquiète pas de cette croissance mesurée. « La croissance est lente, et c’est une bonne chose à mon avis, car elle est plus stable », explique-t-elle. La supérieure insiste sur la nécessité de rechercher sincèrement la volonté de Dieu. « Si ce n’est qu’un choix de carrière, cela ne fonctionnera pas. » Entrer au couvent ne peut être une manière d’échapper au mariage ou aux responsabilités familiales.

Elle va plus loin : « Il faut être une fille normale. Il faut savoir ce que l’on abandonne pour faire ce sacrifice. » Cette renonciation ouvre, selon elle, la voie à une autre forme de maternité. « Il faut avoir un sens de la maternité véritable pour devenir mère d’âmes. » Les religieuses portent dans leur prière les élèves qu’elles instruisent, leurs familles et toutes les personnes qui leur confient leurs intentions.

Quant à l’avenir, Mère Mary Joseph ne cherche pas à fixer un nombre de vocations à atteindre. « Dieu est notre maître des novices », affirme-t-elle avec confiance. Si de nombreuses postulantes se présentent, elle les accueillera ; si elles arrivent une à une, elle les recevra avec la même reconnaissance. « Nous prenons chaque jour comme il vient », conclut la supérieure.


Franciscaines du Christ-Roi 

Convent of Christ the King 
1409 E. Meyer Boulevard 
Kansas City, MO 
64131 États-Unis

Supérieure générale : Mère Mary Joseph 
Téléphone : +1 816 333 1463 
Site : https://traditionalosf.org/