Les camps de la Croisade eucharistique : bien plus que des vacances
Pourquoi des centaines de parents choisissent-ils chaque été de confier leurs enfants à un camp de la Croisade eucharistique ? Dans ce sermon d’ouverture du camp 2026 des Flandres-Pays-Bas, l’abbé Matthias De Clercq montre qu’il ne s’agit pas simplement d’offrir quelques jours de vacances, mais de former des âmes, des caractères et de futurs apôtres du Christ.
Chers parents et chers membres de la Croisade eucharistique,
Aujourd’hui commence le grand événement du camp d’été de la Croisade eucharistique ! Dans quelques instants, nous prendrons la route vers le magnifique terrain de camp de Brunssum, mais nous commencerons d’abord par la sainte Messe, car le Sauveur eucharistique est le Roi de notre mouvement de jeunesse.
Pour les enfants, c’est un jour d’attente ardente. Pour les parents, c’est le jour où ils confient leurs enfants pendant quelques jours à d’autres mains. Leur plus grand trésor. Ce n’est pas une chose ordinaire. C’est pourquoi nous pouvons aujourd’hui nous poser la question : pourquoi des parents devraient-ils envoyer leurs enfants dans un camp de la Croisade eucharistique ? Pourquoi y consacrer du temps, dépenser de l’argent, parcourir des kilomètres, accepter la séparation et sacrifier une partie des vacances ? Ce camp est-il réellement différent des innombrables autres camps et activités de loisirs ?
Oui, parce que Dieu se sert de ces journées. Dans quel but ? Pour former des âmes. Pour former des caractères. Pour former de futurs pères de famille catholiques, de futures mères chrétiennes, de futurs prêtres et de futures religieuses. Dieu n’a pas suscité la Croisade eucharistique pour simplement occuper les enfants ; il l’a voulue, comme l’enseignait saint Pie X, afin de gagner les jeunes âmes au Christ-Roi, de former des enfants qui prient, communient, se sacrifient et deviennent des apôtres.
C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui méditer avec vous sur trois points : pourquoi un camp catholique est devenu une nécessité à notre époque ; pourquoi nous marcherons cette semaine sur les traces du grand missionnaire le père Pierre-Jean De Smet ; et pourquoi saint Ignace de Loyola sera notre maître tout au long de cette semaine de camp.
Pourquoi un camp catholique ?
Mes bien chers frères, l’homme n’a pas été créé pour vivre continuellement entre quatre murs. La première demeure de l’homme n’était ni une ville, ni une école, ni une chambre éclairée par un écran, mais le jardin d’Éden. Notre-Seigneur a créé les forêts, les rivières, les montagnes, le ciel étoilé, le silence du soir et le chant des oiseaux. Voilà pourquoi nous lisons si souvent dans l’Évangile que le Christ Lui-même recherchait la solitude : Il montait sur la montagne pour prier, se retirait au désert, passait des nuits sous le ciel ouvert. Il invitait aussi Ses Apôtres à se retirer dans la nature : « Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. »
Nous le déplorons : aujourd’hui, nos enfants grandissent dans un monde qui les bombarde sans cesse d’images, de sons et de sollicitations. Il n’y a presque plus de silence ; il y a toujours un écran, une notification, de la musique, du bruit, de l’agitation et des distractions. Plus encore : bien souvent, ils vivent dans un monde imaginaire plutôt que dans la réalité. Celui qui ne vit qu’entre quatre murs finit parfois par oublier combien Dieu est grand. Quel bienfait lorsque l’enfant réapprend à écouter le vent dans les arbres, lorsqu’il contemple le ciel étoilé sans les lumières de la ville, lorsqu’il découvre que Dieu n’est pas seulement présent dans une église, mais que toute la création proclame Sa grandeur. Comme le dit le Psalmiste : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l’œuvre de Ses mains. »
Mais un camp apprend encore une autre chose que notre époque a presque oubliée : savoir se contenter de peu. La simplicité elle aussi forme les âmes. Notre société cherche à persuader nos enfants que le bonheur consiste à posséder toujours davantage, à jouir de toujours plus de confort et à exiger toujours plus. L’Évangile enseigne exactement le contraire. Heureux n’est pas celui qui possède beaucoup, mais celui qui a besoin de peu. Ici, au camp, on apprend à se satisfaire de repas simples, de couchages simples et de moyens modestes. On apprend que le caractère vaut plus que le confort. On apprend que l’on devient plus fort grâce aux petits sacrifices. Et combien cela est nécessaire aujourd'hui ! Car la vie n’épargnera pas nos enfants. Ils connaîtront des difficultés. Ils connaîtront des déceptions. Ils porteront des croix. C’est pourquoi ils doivent dès maintenant apprendre à persévérer, à obéir, à collaborer et à se vaincre eux-mêmes.
Il y a encore une autre richesse : durant le camp naissent des amitiés catholiques. Quelle joie pour un enfant de découvrir qu’il existe d’autres enfants qui aiment la sainte Messe, qui récitent le rosaire, qui partagent les mêmes idéaux catholiques et veulent mener le même combat pour le Christ-Roi ! Combien cela est rare aujourd'hui ! Dans beaucoup d’écoles, un enfant catholique se sent seul. Pour les familles qui pratiquent l’instruction à domicile, c’est également une grande grâce que leurs enfants découvrent qu’ils appartiennent à une famille catholique bien plus vaste. Un véritable ami, dit saint Augustin, est celui qui conduit son ami vers Dieu. Dans de tels camps naissent des amitiés qui durent parfois toute une vie.
Des modèles qui élèvent les âmes
Et maintenant, chers Croisés, nous arrivons à la grande aventure de cette semaine. Vous allez découvrir l’histoire d'un Flamand, né à Termonde, qui a tout quitté pour annoncer le Christ aux Indiens d'Amérique du Nord : le père Pierre-Jean De Smet, le grand « Robe-Noire ».
Imaginez cela, les enfants : un jeune homme quitte sa famille, ses amis et sa patrie ; il traverse l’océan, parcourt des milliers de kilomètres à travers des forêts impénétrables, franchit des rivières tumultueuses, affronte des tempêtes de neige, des grizzlis et des troupeaux de bisons, non pour chercher de l’or, devenir célèbre ou s’enrichir, mais pour conduire des âmes à Jésus-Christ. Pour sauver des âmes. Quel héroïsme ! Notre époque propose aux enfants toutes sortes de héros de cinéma, d’influenceurs et d’idoles sportives ; pourquoi les enfants catholiques ne seraient-ils pas fiers d’un véritable missionnaire issu de leur propre pays ?
Cette semaine, vous entendrez comment les Indiens Flathead ont attendu un prêtre pendant vingt ans ; comment ils envoyèrent à quatre reprises des messagers parcourir des milliers de kilomètres afin de trouver une « Robe-Noire » ; comment certains de ces envoyés furent tués en chemin ; comment la tribu priait chaque jour pour l’arrivée d’un prêtre et transportait à travers les étendues sauvages les objets sacrés laissés par le père De Smet comme une arche précieuse. Vous apprendrez aussi comment de courageux guerriers rejoignaient les postes de mission, apprenaient le catéchisme par cœur, puis retournaient enseigner la foi catholique à leur tribu.
Mais le père De Smet nous enseigne encore autre chose : il voyait partout des hommes qui cherchaient Dieu et écrivait dans son pays : « Envoyez-nous des aides, car la moisson est abondante ! » Cela vaut également aujourd’hui. Chacun de vous peut être missionnaire dans sa famille, à l’école, dans la rue, par son bon exemple, une parole bienveillante, une prière fidèle et les sacrifices offerts pour la conversion des autres. Voilà précisément l’esprit de la Croisade eucharistique.
Grandir dans la vie intérieure
Mais, mes bien chers frères, la plus grande aventure de cette semaine ne se déroule pas dans les forêts d'Amérique ; elle se déroule dans notre propre cœur. C’est pourquoi nous avons choisi comme thème du catéchisme de ce camp : saint Ignace de Loyola et ses Exercices spirituels.
Lorsque les Apôtres, épuisés par leur première mission, revinrent auprès de Notre-Seigneur, Il leur adressa ces paroles qui pourraient servir de devise à cette semaine de camp : « Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. » Dans son encyclique Mens Nostra, le pape Pie XI explique que ces paroles ne s’adressent pas seulement aux Apôtres, mais aussi à nous, hommes d’une époque agitée et superficielle. Notre monde vit dans une activité permanente : on court, on téléphone, on fait défiler des écrans, on consomme, on se divertit, mais on ne réfléchit presque plus aux grandes questions de l’existence.
Pourquoi Dieu m’a-t-Il créé ? Dans quel but est-ce que je vis ? Suis-je réellement en route vers le Ciel ? Que dois-je changer pour devenir un saint ?
C’est précisément pour cela que Pie XI présente la retraite ignatienne comme un remède pour notre époque : quelques jours durant lesquels on quitte le tumulte de la vie quotidienne, non pour ne rien faire, mais pour recommencer enfin à réfléchir sérieusement à Dieu et à l’éternité.
Peut-être certains se demandent-ils si de telles réflexions ne sont pas trop difficiles pour des enfants. Mon expérience me dit exactement le contraire. Don Bosco insistait : les enfants comprennent souvent bien plus que les adultes ne le pensent. Lorsqu’on leur présente les grandes vérités avec simplicité et sérieux, ils réagissent souvent avec une ouverture de cœur que beaucoup d’adultes ont perdue. Au cours de retraites précédentes, j’ai vu des garçons qui, au début, ne pensaient qu’à jouer, faire les quatre cents coups et s’amuser ; quelques jours plus tard, ils se rendaient spontanément à la chapelle pour visiter Jésus, chanter un cantique, réciter une prière ou contempler en silence le crucifix. Cela n’est pas l'œuvre des hommes. Aucun chef ne peut produire cela. Aucun jeu ne le peut. Aucun camp ne le peut. C’est la grâce de Dieu qui agit !
Que leur enseigne-t-on donc ? Tout d’abord, pourquoi Dieu les a créés : non pour devenir riches ou célèbres, mais pour Le connaître, L’aimer, Le servir et être un jour heureux au Ciel. Ensuite, ils apprennent la gravité du péché, non pour se décourager, mais pour mieux comprendre l’amour du Christ. Puis ils apprennent à connaître le Christ Lui-même : Sa naissance, Sa vie cachée, Sa prédication, Sa Passion, Sa mort et Sa Résurrection. Car, dit saint Ignace, il faut d’abord connaître le Christ pour pouvoir L’aimer véritablement.
Enfin, saint Ignace place chaque âme devant un choix. Il n’existe finalement que deux étendards : celui du Christ et celui du démon. Il n’y en a pas de troisième. Chaque jour, nous choisissons à nouveau par nos paroles, nos pensées et nos actes. Le Christ vous appelle aussi, chers Croisés, non à devenir des soldats armés d’une épée, mais des soldats de Son Royaume eucharistique : des enfants qui prient, communient souvent, se sacrifient généreusement et deviennent des apôtres.
Semer pour l’éternité
Chers parents, lorsque vous reprendrez tout à l'heure la route sans vos enfants, vous les confierez pour quelques jours à Dieu. Ce n’est peut-être pas toujours facile. Mais croyez-moi : il n’existe pas de meilleur investissement que celui que l’on fait dans l’âme d'un enfant. Leur bicyclette s’usera, leur téléphone deviendra dépassé, leurs jouets se casseront ; mais les grâces que Dieu dépose dans une âme d’enfant peuvent porter du fruit toute une vie. Peut-être qu’une vocation sacerdotale naîtra ici. Peut-être une vocation religieuse. Peut-être un saint mariage. Peut-être un apôtre qui conduira plus tard beaucoup d’âmes vers Dieu. Nous ne le savons pas. Mais nous savons que Dieu aime agir dans les jeunes cœurs.
Chers Croisés, peut-être reviendrez-vous la semaine prochaine fatigués, avec les chaussures sales, la voix enrouée et les pieds couverts d’ampoules ; mais si ce camp a vraiment porté ses fruits, vous reviendrez surtout avec autre chose : un amour plus ardent pour Jésus dans l'Eucharistie, un plus grand amour pour Notre-Dame, une profonde admiration pour le père De Smet, le courage de saint Ignace et la ferme résolution d’être de véritables membres de la Croisade eucharistique : prier, communier souvent, se sacrifier et devenir des apôtres du Christ-Roi.
Que Notre-Dame, Reine de la Croisade eucharistique, saint Ignace de Loyola, saint Tarcisius et le grand missionnaire le père Pierre-Jean De Smet bénissent ces journées de camp, afin qu’elles soient pour chaque enfant une semaine de grâce, de joie, de conversion et de sanctification.
Ainsi soit-il.
(Source : FSSPX Belgique - FSSPX Actualités)
Photo : FSSPX