Le retour de camp scout, l’heure des fruits

Source: FSSPX Actualités

Après une ou plusieurs semaines sous la tente, les scouts et les guides retrouvent peu à peu leurs familles. Uniformes froissés, visages hâlés, sacs chargés de linge et de souvenirs, le retour de camp constitue un moment privilégié pour mesurer les fruits humains et spirituels du scoutisme catholique.

En ce mois de juillet, les camps scouts battent leur plein, dans les bois, au bord d’une rivière ou sur les pentes d’une montagne, des milliers de garçons et de jeunes filles vivent pendant quelques jours ou quelques semaines loin du confort familial, des écrans et des habitudes quotidiennes.

Parmi eux se trouvent de nombreux louveteaux, scouts, guides, routiers et guides-aînées appartenant à des groupes ayant une aumônerie de la Fraternité Saint-Pie X. Leurs camps sont l’aboutissement d’une année entière de sorties, de réunions, de services et de préparation, mais ils sont aussi un temps particulièrement fécond pour la formation du caractère et l’approfondissement de la vie chrétienne.

Un enfant revient rarement tout à fait semblable

A la fin du camp, les parents découvrent des chemises qui ont perdu leur fraîcheur et des sacs dont il faudra parfois plusieurs jours pour identifier tout le contenu, sans compter les lessives bien nécessaires. Mais ils retrouvent aussi et surtout, bien souvent, un enfant un peu différent de celui qu’ils avaient confié aux chefs.

Il a dû se lever sans que sa mère l’appelle, faire son lit, ou du moins son coin de tente, il a constaté que le repas n’apparaît pas tout seul sur la table et qu’une mauvaise organisation entraîne des conséquences très concrètes pour toute la patrouille, il a surtout compris qu’il n’était pas seul et que d’autres comptaient sur lui.

Le camp scout remet l’enfant au contact du réel en une époque où tant de jeunes grandissent dans un univers artificiel, protégés de l’effort et constamment sollicités par les écrans, cette rude simplicité constitue déjà un bienfait considérable.

Une école de responsabilité

Baden-Powell définissait le scoutisme comme un « civisme à l’école des bois ». Il voulait former des jeunes capables de se débrouiller, de prendre des responsabilités et de servir le bien commun. Son intuition est particulièrement actuelle.

« Cette méthode, imaginée par l’anglais Baden-Powell, est le fruit de son expérience personnelle et d’un constat précis. Le constat est celui de l’insuffisance de l’éducation délivrée à l’école pour former des hommes complets aptes à se mettre au service du bien commun, insuffisance particulièrement marquée chez les enfants citadins coupés de la nature et livrés à l’oisiveté » explique l’abbé Martin Monnier,1 prêtre de la Fraternité Saint-Pie X.

Le camp scout replace au contraire le jeune dans une situation où chacun a une fonction précise. Dans une patrouille, il n’existe pas de remplaçant anonyme, l’absence ou la négligence d’un seul pèse sur tous, à l’inverse, le courage, la bonne humeur et l’esprit de service d’un scout peuvent soutenir toute l’équipe. Le jeune découvre que la fidélité à un engagement n’est pas une contrainte extérieure, mais la condition de la confiance.

Il apprend également l’obéissance à une autorité proche de lui. Le chef de patrouille, la cheftaine ou le chef de troupe ne sont pas seulement des organisateurs d’activités, ils reçoivent une véritable responsabilité éducative. Encore jeunes eux-mêmes, ils consacrent une part importante de leurs vacances au service de plus jeunes qu’eux, leur dévouement mérite la reconnaissance des familles.

Le rôle indispensable des parents

Le scoutisme ne remplace pas l’éducation familiale, il la prolonge et la soutient. Pour porter ses fruits, il suppose donc une véritable collaboration entre les parents, les chefs et l’aumônier. Les parents ne peuvent considérer le scoutisme comme un simple service de loisirs auquel ils confieraient leurs enfants quelques week-ends par an.

Ils doivent s’intéresser à la pédagogie, s’impliquer, respecter les engagements pris, favoriser la présence régulière aux sorties, soutenir les chefs et éviter de les discréditer devant les enfants. Certes, les maîtrises ne sont pas infaillibles, les chefs et les cheftaines sont souvent étudiants ou jeunes professionnels, ils peuvent commettre des maladresses, manquer d’expérience ou devoir corriger certaines décisions, mais il faut mesurer le sacrifice qu’ils consentent pour la préparation des activités, la recherche des lieux de camp, les formalités administratives, la reconnaissance des itinéraires, l’organisation de l’intendance, la surveillance des enfants et la responsabilité morale parfois lourde.

Pendant que les familles profitent pendant les camps de quelques jours plus calmes, les chefs se lèvent avant les jeunes et se couchent après eux, fidèles à leur promesse, grandissant à travers ce don d’eux-mêmes. Une parole de gratitude au retour du camp, un message de soutien ou une aide concrète dans leurs études et leur vie professionnelle peuvent constituer une juste manière de reconnaître ce service.

Meilleurs scouts parce que catholiques

La méthode conçue par Baden-Powell était déjà remarquablement ordonnée à la formation naturelle de la jeunesse, « un « civisme à l’école des bois », explique l’abbé Monnier, visant quatre buts : la formation du caractère, l’habileté manuelle, la santé physique, le sens du service. Le succès est immédiat et universel tant le constat et les moyens d'y remédier sont réalistes.

 Mais cette pédagogie avait besoin d’être élevée et couronnée par une fin surnaturelle, c’est l’œuvre accomplie notamment par le père Jacques Sevin. Ce religieux jésuite comprit que la méthode scoute devait être mise au service des âmes catholiques, « il la christianise en l’élevant au niveau surnaturel comme les premiers chrétiens, compare l’abbé Monnier, avaient su christianiser les temples romains des divinités païennes, comme les pères de l’Eglise et saint Thomas d’Aquin avaient su assimiler la philosophie grecque pour la mettre au service de la théologie. »

Les modèles, « ce seront le chevalier croisé et le missionnaire » ajoute-t-il pour les garçons, sainte Jeanne d’Arc et les figures admirables de femmes chrétiennes pour les filles. L’enfant n’est pas seulement appelé à devenir débrouillard, courageux et utile, il doit devenir un vrai chrétien, c’est-à-dire un disciple de Notre Seigneur Jésus-Christ et, avec la grâce de Dieu, un saint.

La loi scoute gagne alors en profondeur : la franchise, le dévouement, la pureté, la loyauté, l’obéissance, la bonne humeur et le respect de la création ne sont plus seulement des qualités humaines, elles deviennent des moyens de pratiquer les vertus chrétiennes. Le chanoine Cornette aimait à présenter la loi scoute comme « l’Évangile traduit dans un langage d’adolescents ».

Retraite à ciel ouvert

Dans un camp véritablement catholique, la journée n’est donc pas seulement rythmée par les jeux, les constructions et les services, elle l’est aussi par la prière. La messe, le chapelet, la prière du matin et du soir, l’Angélus, la confession, la direction spirituelle et les veillées de promesse donnent à l’effort quotidien sa signification profonde. 

Le scout apprend aussi à offrir sa fatigue, à maîtriser son humeur, à pardonner, à obéir et à servir pour l’amour de Dieu. Certains jeunes découvrent au camp une vie de prière plus régulière, d’autres prennent une résolution importante, d’autres encore y entendent, parfois pour la première fois, l’appel à une vocation sacerdotale ou religieuse. Les fruits spirituels et civiques du scoutisme catholique ne se comptent plus.

« Si le feu étincelant du temps de la fondation du scoutisme a parfois été ralenti voire étouffé par des défaillances humaines, le scoutisme a aujourd'hui la maturité du feu de braise et ne demande qu'à se communiquer », s’enthousiasme l’abbé Monnier.

Rendre grâces en famille

Le soir du retour de camp, la prière familiale peut prendre un relief particulier, il convient de remercier Dieu pour la protection accordée, pour les amitiés formées, pour les efforts accomplis et pour les grâces reçues. On pourra réciter la prière scoute :

« Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux,
à Vous servir comme Vous le méritez,
à donner sans compter,
à combattre sans souci des blessures,
à travailler sans chercher le repos,
à nous dépenser sans attendre d’autre récompense
que celle de savoir que nous faisons Votre sainte volonté. »

Cette prière rappelle que le camp n’est pas achevé lorsque les tentes sont démontées et les sacs rangés ; que le véritable camp doit se prolonger dans la vie quotidienne. Le scout devra continuer à rendre service sans qu’on le lui demande, à tenir sa parole, à commencer par le devoir le plus difficile, à garder sa bonne humeur dans l’épreuve, à défendre sa pureté et à rester fidèle à sa prière. À quoi servirait d’avoir supporté la chaleur ou la pluie pendant deux semaines si l’on se plaint au premier service demandé à la maison ? À quoi servirait d’avoir obéi au chef de patrouille si l’on refuse d’obéir à ses parents ? À quoi servirait d’avoir chanté la prière scoute chaque jour au camp si l’on abandonne aussitôt les efforts promis ?

Le retour de camp ne doit être un clap de fin, mais le commencement d’une fidélité renouvelée, un peu comme après une retraite spirituelle. Les parents peuvent aider leur enfant à conserver les bonnes habitudes acquises et à persévérer dans sa progression scoute ; il faut éviter que le confort retrouvé n’étouffe les résolutions prises au camp.

Les uniformes seront lavés et les souvenirs s'estomperont peu à peu, mais les véritables fruits du camp, ceux qui doivent durer toute une vie, se reconnaissent à un jeune qui revient plus maître de lui-même, plus généreux dans le service et plus résolu à aimer et servir Notre-Seigneur.

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