La pratique de la chasteté est-elle possible au XXIe siècle ? Conférence de l’abbé de Lacoste
Conférence donnée par M. l’abbé Bernard de Lacoste, directeur du Séminaire Saint-Pie X d’Écône, aux jeunes de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, en mai 2025.
La pratique de la chasteté est-elle possible au XXIe siècle ? Je vais donc vous dire quelques mots sur cette vertu.
Le bon Dieu a mis dans le cœur des êtres humains plusieurs désirs naturels. Par exemple, le désir de manger de bonnes choses. Heureusement qu’il y a ce désir, sinon nous ne mangerions pas et nous mourrions tous.
Le bon Dieu a mis aussi dans le cœur des êtres humains un désir qui les pousse à se reproduire ; sinon, les espèces ne se reproduiraient pas. Les hommes sont attirés par les femmes, et les femmes sont attirées par les hommes. C’est le bon Dieu qui l’a voulu, et c’est naturel et bon.
Seulement, Adam et Ève ont péché, et ce péché nous a été transmis. Il y a des blessures qui font que ce désir des hommes vers les femmes et des femmes vers les hommes est déréglé. On n’arrive pas à le contrôler totalement. Si l’on se laisse aller, cela pousse à faire n’importe quoi, à avoir un comportement qui relève davantage de l’animalité que de la raison.
Voilà pourquoi on a besoin d’une vertu qui règle, qui contrôle, qui permet de dominer tout cela, et qui fait qu’on a un comportement humain et non animal.
Quand on parle de la chasteté, parfois on pense à la virginité, à ces hommes et à ces femmes qui ont renoncé au mariage pour vivre totalement consacrés à Dieu. Mais ce n’est pas la seule forme de chasteté. Il y a aussi la chasteté des gens mariés. Il y a aussi la chasteté des célibataires qui veulent se marier mais qui ne le sont pas encore.
Donc chasteté n’est pas synonyme de virginité. La chasteté, c’est cette vertu qui règle tous les désirs d’ordre sexuel. Elle est nécessaire pour les gens mariés, afin qu’ils usent du mariage de façon raisonnable, en suivant la loi naturelle et les lois de l’Église. Elle est aussi nécessaire pour les célibataires, qu’ils se destinent au mariage ou à la vie consacrée.
Les objections modernes
Aujourd’hui, quand on regarde la façon dont vivent nos contemporains, quand on regarde toute la pression que nous subissons dans ce domaine charnel, on peut se demander si c’est vraiment possible de pratiquer cette vertu, parce que cela semble vraiment difficile.
Si nous vivions à l’époque de saint Louis, on pourrait se dire que ce serait plus facile, parce que la religion catholique dominait ; la morale catholique était un peu la règle dans l’État. La vie politique était réglée par la loi naturelle et par les règles de l’Église catholique. Celui qui péchait publiquement contre la chasteté pouvait être puni par la loi. On était donc porté, en tout cas on peut le penser, par tout un contexte politique et social. Le divorce était interdit, l’homosexualité aussi.
Aujourd’hui, au contraire, les pires vices sont autorisés et même pratiqués tout autour de nous. Forcément, on se dit que c’est plus compliqué, plus difficile. Certains vont jusqu’à dire que ce n’est pas possible au XXIe siècle, que c’est trop dur.
Une prétendue impossibilité psychologique
Avant même de dire que ce n’est pas possible, il y a des gens qui disent que, de toute façon, ce n’est même pas opportun, que ce n’est pas une bonne idée de vivre chastement. Ils disent que c’est mauvais pour la santé, qu’il faut se laisser aller à ses désirs naturels, qu’il ne faut pas se réprimer, qu’il ne faut pas essayer de se contenir, mais qu’il faut au contraire laisser la nature aller dans le sens qu’elle veut. S’abstenir dans le domaine sexuel pourrait conduire, disent-ils, à des problèmes psychologiques.
Il y a même pas mal de médecins qui disent : « Attention, si vous essayez de trop réprimer vos désirs dans cet ordre-là, vous aurez des problèmes physiques et psychologiques. N’essayez donc pas de suivre des règles morales trop strictes, cela entraînerait des dommages pour vous. » Certains psychologues, psychiatres ou médecins vont même jusqu’à prôner les actes impurs comme remède à certaines névroses ou à certains problèmes psychologiques.
Nous nous demanderons donc d’abord si c’est vraiment une bonne idée de pratiquer la chasteté. Ensuite, dans un deuxième temps, nous essaierons de voir si c’est possible.
Car il est quand même compliqué de vivre d’une façon différente de tous ses contemporains. Vous savez mieux que moi, je pense, que là où vous faites vos études, la majorité des autres étudiants ne respectent pas les lois naturelles ni les lois de l’Église, et ne vivent pas dans la chasteté. Vous, peut-être, vous essayez de le faire au milieu de tous ces autres, et logiquement, parfois, on a envie de se dire : « Mais est-ce que ce n’est pas moi qui suis anormal, et les autres qui sont normaux ? »
Les incitations à l’impureté sont partout. Résister à une incitation une fois ou l’autre, c’est possible, et c’est même nécessaire : on ne doit pas se laisser influencer par n’importe quelle pression. Mais résister à des sollicitations constantes, permanentes, du matin au soir, du soir au matin, 365 jours par an, est-ce vraiment raisonnable ? Est-ce humainement possible de ramer constamment à contre-courant, de dire constamment non à des sollicitations qui viennent de l’extérieur, ou même de notre propre cœur ?
On pourrait penser que c’est un objectif qui dépasse les capacités de l’être humain et que, forcément, un jour, on va craquer. Comme quelqu’un qui essaie de porter un seau à bout de bras : il peut tenir, tenir, tenir, mais à un moment donné il lâchera ; il ne peut pas tenir indéfiniment. On pourrait penser que c’est pareil avec tout ce qui pousse au dérèglement charnel.
Les objections contre la prière et les sacrements
D’ailleurs, il y a des médecins, des psychothérapeutes, des sexologues qui disent que l’abstinence sexuelle totale n’est pas possible. Quand on leur objecte qu’il y a pourtant des monastères, des abbayes, des couvents, des prêtres, ils répondent : « Non, il ne faut pas se fier à ce qu’ils disent ; il ne faut pas se fier à l’extérieur. Si vous allez voir au fond des abbayes, ce n’est pas joli-joli. Il ne faut pas croire tout ce que disent les prêtres et les religieuses. D’ailleurs, il y a beaucoup de scandales qui montrent bien que, quand on creuse un peu… »
Il y en a aussi qui disent que plus on résiste à une sollicitation charnelle, plus elle augmente, plus elle devient impérieuse. À la fin, si on continue de résister, cela produit comme une pression permanente, une obsession : on ne pense plus qu’à cela, et on perd la paix de l’âme. Alors que si l’on accepte, si l’on se laisse aller, si l’on consent, si l’on succombe — pour prendre le vocabulaire chrétien de la tentation — alors c’est bon, c’est fini, c’est réglé.
Celui qui résiste constamment, disent-ils, porte constamment un souci, une préoccupation, une tension nerveuse ; cela devient invivable. Celui-là ne connaîtra jamais le repos ni la paix du cœur.
Il y en a aussi qui disent : « Vous affirmez que la prière peut tout, qu’elle est toute-puissante. Mais moi, j’ai essayé, j’ai prié, et je suis quand même tombé. Donc la prière n’est pas toute-puissante. Cela ne marche pas toujours, et d’ailleurs cela ne marche pas souvent. Ce n’est pas du tout un remède infaillible. La preuve, c’est que j’ai essayé. Je ne suis pas le seul, et cela ne marche pas, en tout cas pas toujours. »
D’autres disent encore — je fais toujours parler l’objectant — : « Les sacrements, on dit que c’est très puissant, qu’il faut communier souvent, se confesser souvent. Très bien, mais moi j’ai essayé et cela ne marche pas. Vos moyens infaillibles ne sont donc pas si infaillibles que cela. Les sacrements ne sont pas aussi efficaces qu’on le prétend. »
Il y en a qui invoquent aussi le fait que, parfois, on en arrive à une véritable addiction. Oui, le sexe est aussi une addiction pour certains, au même titre que l’alcool ou que la drogue. Et une addiction, on ne s’en sort pas comme cela, en trois semaines, en faisant quelques petits efforts, après avoir pris une bonne résolution à la confession. Non, une addiction, c’est lourd. Quelqu’un qui en est arrivé au degré de l’addiction — et il y en a pas mal aujourd’hui — arrivera-t-il un jour à être chaste ? On peut sérieusement se le demander. On peut penser que, pour lui, ce sera impossible, toujours impossible.
Les effets de l’impureté
Alors, que répondre à tout cela ?
D’abord, saint Grégoire le Grand, fin psychologue, a analysé les conséquences du péché d’impureté. Il appelle cela « les filles de l’impureté » : par métaphore, la fille signifie l’effet, la conséquence. Il dit que la luxure, ou l’impureté, a huit filles. Il sera repris en cela par saint Thomas d’Aquin.
L’aveuglement de l’âme
La première fille de la luxure, la première conséquence, c’est l’aveuglement de l’esprit. Il donne comme exemple les vieillards dans l’histoire de la chaste Suzanne, dans le livre de Daniel. Suzanne était mariée, jeune et très belle. Deux vieillards impudiques la regardaient avec concupiscence. Un jour, ils se sont arrangés pour la trouver seule, alors qu’elle se baignait dans son jardin. Ils se sont approchés d’elle pour qu’elle consente au péché d’impureté. Elle a refusé. Ils l’ont condamnée à mort. Vous connaissez la fin de l’histoire : finalement, Dieu a manifesté l’innocence de Suzanne et sa vertu héroïque.
Mais ces vieillards, qui brûlaient de concupiscence à l’égard de cette femme, étaient arrivés à un degré de cécité intellectuelle : ils n’arrivaient plus du tout à voir que ces actes étaient gravement coupables. Celui qui se laisse aller à ses désirs impurs finit par ne même plus se rendre compte que son comportement est abominable. Il est aveugle.
On le voit malheureusement souvent : ceux qui sont complètement dominés par l’impureté ont des comportements qu’ils n’oseraient pas du tout avoir s’ils étaient en pleine possession de leurs moyens intellectuels et s’ils avaient une vision lucide d’eux-mêmes.
La deuxième fille de la luxure, c’est la précipitation : on va trop vite, on ne réfléchit plus.
La troisième fille, c’est l’inconsidération, ou l’irréflexion : on ne juge plus, on ne porte plus de jugement avant d’agir.
La quatrième fille, c’est l’inconstance, qui s’oppose au commandement, au fait de prendre une décision. Celui qui est envahi par ce vice n’arrive plus à prendre une décision, ou bien, s’il la prend, il y renonce aussitôt et change d’avis. Saint Thomas prend l’exemple de cet homme qui vit dans le péché avec une femme et qui, se reprenant, réfléchissant en lui-même, se dit : « Non, il faut que je me sépare d’elle. » Il prend la résolution : « Dorénavant, nous allons nous séparer. » Il prend la résolution, il va la voir, et dès qu’il la voit, il renonce. Il n’a pas réussi à mettre sa décision à exécution.
Ensuite viennent l’amour de soi, la haine de Dieu, l’attachement à la vie présente et le désespoir de la vie future.
Voilà jusqu’où peut conduire le vice d’impureté quand on le laisse se développer dans l’âme et qu’on ne lutte pas contre lui. Saint Thomas ajoute que ce vice est un obstacle à la pratique de la vertu de prudence. L’impur est imprudent, c’est-à-dire qu’il n’arrive pas à prendre les bonnes décisions. Il pose donc des décisions, prend des décisions, adopte un comportement qui n’est pas raisonnable.
Une vie abaissée au niveau de l’animal
Si l’on regarde bien, l’impur vit un peu comme un animal. Les animaux suivent leur instinct, ils ne réfléchissent pas, ils n’ont ni intelligence ni volonté. Le mâle s’accouple avec la femelle quand c’est le moment, quand c’est la saison, et il ne réfléchit pas. La nature est bien faite et cela se passe très bien.
Il y a des êtres humains qui suivent aussi purement leurs instincts. Le problème, c’est que les animaux, eux, n’ont pas été blessés par le péché originel. Quand un animal suit ses instincts, c’est très bien, c’est conforme à sa nature, et tout va bien. Mais lorsqu’un être humain en est abaissé à suivre seulement ses instincts et ses désirs charnels, son comportement n’est pas vraiment humain.
L’objectant disait que ce n’est pas opportun de vivre dans la chasteté. En réalité, si l’on veut avoir une vie vraiment raisonnable, humaine, digne d’un être humain, on voit que c’est la seule solution. En plus, les médecins sérieux disent que la chasteté est bonne pour la santé, et que c’est au contraire la vie de débauche qui est très mauvaise pour la santé. On peut invoquer certaines maladies qui se propagent justement par ces vies de débauche, mais même sans aller jusque-là, une vie profondément impure flétrit l’âme et le corps plus vite que normalement.
La chasteté, condition d’un véritable amour
Si l’on veut creuser un peu plus pour voir la nécessité, pour un être humain, d’être chaste, au-delà des aspects purement corporels, on peut dire que la chasteté est nécessaire pour aimer en vérité.
Imaginons un époux, un mari, qui se livre régulièrement aux péchés d’impureté solitaire alors qu’il est marié. On voit bien qu’il y a un problème dans sa vie et dans son comportement. C’est une forme d’infidélité conjugale. Ou bien imaginons qu’il s’enferme dans la pornographie alors qu’il est marié. S’il est célibataire, ce n’est pas bien ; mais s’il est marié, on sent qu’il y a quelque chose de pire, parce que ce n’est pas seulement contre lui, c’est aussi contre son épouse.
Qu’est-ce qui ne va pas ? Ce comportement est en fait une forme d’égoïsme, le contraire du don de soi. Il recherche un plaisir charnel purement égoïste, il s’enferme sur lui-même. Comment peut-il aimer son épouse dans ces conditions ? Car l’amour est plutôt don de soi, tandis que l’égoïsme, l’enfermement sur soi, est le contraire de l’amour.
La chasteté dans les fiançailles
Imaginons maintenant des fiancés, des fiancés qui s’aiment beaucoup et qui pèchent contre la chasteté tout en se préparant au mariage. Ces fiancés s’aiment-ils vraiment ? Il faut revenir à ceci : que signifie aimer ? Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien. La fiancée qui aime son fiancé, si elle l’aime vraiment, si ce n’est pas seulement un désir purement physique, si elle l’aime profondément, elle veut son bien. Et son bien, ce n’est pas d’abord son bien physique, qui est très secondaire. Son bien, c’est d’abord qu’il soit un bon chrétien, qu’il soit vertueux, qu’il vive en état de grâce.
Une fiancée, normalement, si elle est une bonne chrétienne, souhaite que son fiancé soit en état de grâce, et même qu’il progresse chaque jour dans la vertu, qu’il soit un bon chrétien. Imaginons qu’elle incite son fiancé à l’impureté par son comportement, ou bien même, sans aller jusque-là, que son fiancé la sollicite et qu’elle accepte. En acceptant, montre-t-elle qu’elle aime son fiancé ? Son fiancé lui demande de faire un péché mortel, et elle accepte. C’est au contraire un signe que cet amour n’est pas très intense ni très profond.
Si elle l’aime vraiment, elle ne veut pas l’aider à perdre la grâce sanctifiante. Elle ne veut pas l’aider à avancer sur le chemin de l’enfer. Elle ne veut pas l’aider à se détruire. Elle lui dit donc non, fermement.
De même, le fiancé à l’égard de sa fiancée : s’il aime sa fiancée, a-t-il envie de lui faire faire un péché mortel ? A-t-il envie de la faire avancer sur le chemin de l’enfer, de l’aider à se détruire un peu spirituellement ? C’est pourquoi la chasteté, selon qu’elle est bien ou mal vécue par des fiancés, est un signe de l’intensité de l’amour qui les unit. C’est un bel acte de charité que de refuser de souiller celui qu’on aime.
Cela permet de voir que la chasteté est importante, notamment et spécialement pour l’amour. Nous avons tous besoin d’aimer, d’une façon ou d’une autre. Que l’on veuille se marier, que l’on veuille se consacrer à Dieu dans la vie sacerdotale ou religieuse, il faut de toute façon aimer, aimer beaucoup. Une vie où l’on n’aime pas, où l’on n’aime personne, est une vie vraiment malheureuse, triste et ratée. Et pour aimer, il faut être chaste, comme nous venons de le voir.
Exemples et moyens de résistance
Alors comment faire ? Car il est vrai que, comme nous l’avons vu, c’est quand même compliqué, surtout aujourd’hui.
Prenons une petite anecdote que vous connaissez, mais il est bon d’y revenir. Maria Goretti a onze ans et demi. Elle se fait agresser par un garçon de dix-neuf ans qui s’appelle Alessandro. Ce garçon a dans la main un poinçon de vingt centimètres, bien pointu, qui va lui servir de couteau, d’abord comme menace si elle refuse. C’est un jeune homme impudique. Il s’approche d’elle : « Maria, laisse-toi faire. » Elle répond : « Non, Alessandro, non, je ne veux pas. »
Le criminel brandit son poinçon pour bien montrer ses intentions : il est prêt à passer à l’acte, à la tuer si elle refuse. Là, il y a des femmes — un peu moins vertueuses que Maria, certes — qui, devant le péril de mort, diraient : « Bon, d’accord, ne me tue pas, j’accepte, je consens, je n’ai pas envie de mourir. » Elle, au contraire, refuse, elle résiste. Il insiste encore : « Maria, laisse-toi faire. » — « Non, je ne veux pas. » — « Pourquoi ne veux-tu pas ? » Elle répond : « Parce que c’est un péché. Dieu le défend. Tu iras en enfer, Alessandro, si tu fais cela. Tu iras en enfer. »
Elle ne dit pas : « Je ne veux pas parce que, sinon, moi, je ferai un péché mortel, je n’ai pas envie d’aller en enfer. » Non, c’est par charité pour lui : « Ne fais pas cela, tu iras en enfer. »
Alors il prend son poinçon et commence à la frapper violemment. Tout en recevant les coups mortels, elle crie : « Non, non, Dieu ne le veut pas. » Et tout en disant : « Non, Dieu ne le veut pas », avec ses mains — c’est Alessandro lui-même qui en a témoigné plus tard, car il s’est converti en prison ensuite — la petite Maria, étendue par terre devant son agresseur, ne cherche pas d’abord à se défendre comme on pourrait s’y attendre. Avec ses mains, elle tire sa robe pour la remettre en position de modestie, et avec ses jambes elle serre ses genoux. Sa préoccupation n’est pas de sauver sa vie, mais de sauver sa chasteté et d’empêcher ce garçon de faire un péché mortel.
La Sacrée Congrégation des rites a retenu ce détail pour montrer que sa résistance était vraiment un acte héroïque de chasteté. On pourrait dire : « Il y a des femmes qui résistent à une agression et qui meurent parce que l’agresseur les dégoûte, parce que c’est un homme horrible, méchant ; forcément, toute femme a envie de résister à un agresseur de ce genre. » Mais ici, il y a vraiment une vertu héroïque de chasteté dans sa résistance.
Ses biographes notent que cette petite fille de onze ans et demi avait toujours son chapelet à la main, qu’elle le priait avec dévotion tous les jours, et qu’elle était sur ses gardes. Deux fois dans les semaines précédentes, Alessandro avait cherché à l’agresser, et deux fois elle avait réussi à s’échapper. Elle sentait bien que cela continuerait.
Ramer à contre-courant
L’objectant disait : « C’est difficile de vivre à contre-courant. » C’est vrai. Être entouré de gens qui vivent dans l’impureté et vivre soi-même chastement, c’est un peu comme ramer à contre-courant. Quand on est en canoë, en barque ou en kayak, se laisser aller dans le sens du courant est quand même beaucoup plus facile, moins fatigant, et cela va plus vite. Alors que ramer continuellement à contre-courant, forcément, à un moment on se dit : « Mais est-ce que je ne suis pas du mauvais côté ? Est-ce que je ne vais pas dans le mauvais sens ? »
En réalité, c’est possible. Regardez Lot à Sodome. Sodome est une ville corrompue, il y a beaucoup d’homosexuels, quasiment que cela. Lui, il vit dans la chasteté ; il a une femme, des enfants. Il est le seul de la ville, et il a réussi, au milieu d’une ville complètement corrompue, à pratiquer cette vertu. C’est compliqué, c’est difficile, il faut avoir du caractère. Mais de toute façon, aujourd’hui, être catholique demande du caractère. Être catholique, surtout catholique attaché à la Tradition, demande du caractère. Pour la chasteté, c’est pareil : il faut avoir du caractère, il ne faut pas être trop influençable. Et c’est possible : la preuve, c’est qu’il y en a qui y arrivent.
Il est vrai que les sollicitations sont constantes : sur les écrans, dans la rue, partout. Elles sont d’une telle violence, tellement continues, tellement permanentes, qu’on a envie de se dire : « Mais à la fin, n’est-il pas inévitable que l’on tombe ? »
Il y a un dogme de notre foi qui est important : Dieu ne demande jamais l’impossible, Dieu ne nous tente jamais au-dessus de nos forces, et Dieu donne toujours la grâce proportionnée. Cela, c’est important et encourageant. Une tentation qui dépasse nos forces, cela n’existe pas.
Si quelqu’un dit : « À un moment, j’ai eu une tentation tellement énorme que je n’ai pas pu résister », cette formulation est inexacte. Il faudrait plutôt dire : « Je n’ai pas pris tous les moyens pour résister. » Là, d’accord. Mais dire que la tentation dépassait mes forces, non, ce n’est pas juste, parce que Dieu ne le permet pas. Ce serait injuste de la part de Dieu de nous donner des épreuves qui nous dépassent et ensuite de nous les reprocher. Dieu veille à ce que la tentation ne dépasse pas nos forces, et il nous donne la grâce qui va avec, à condition que nous prenions nous-mêmes les moyens. Si Dieu est prêt à nous donner la force et que nous disons : « Non, je n’en veux pas », c’est autre chose.
À ceux qui disent : « De toute façon, ce n’est pas possible ; allez voir dans les abbayes et les monastères, vous verrez qu’ils cherchent toujours des compensations d’ordre charnel, solitaire, parce que la chasteté parfaite et totale n’est pas possible », il faut répondre que ce n’est pas très honnête. Il faut opposer la réalité des faits : depuis le début du Nouveau Testament, il y a eu des milliers d’hommes et de femmes qui se sont consacrés à Dieu, qui ont renoncé au mariage, qui ont pratiqué la virginité, et qui ont réussi. Si l’on dit que cela n’existe pas, cela veut dire que tous les saints vierges du Nouveau Testament, tous les saints prêtres, tous les saints religieux ont été des menteurs et des hypocrites. Dans ce cas, on refuse tous les témoignages.
De fait, si beaucoup de gens y arrivent, c’est que c’est possible. Il est vrai qu’il y a aussi des prêtres, des religieux, des religieuses qui sont infidèles à leurs vœux et qui vivent n’importe comment. C’est vrai, mais ce n’est pas le cas de tous ; c’est le cas d’une minorité.
À ceux qui disent que plus on résiste à la tentation, plus elle augmente, et qu’à la fin cela devient invivable, crée une obsession, des névroses, et fait perdre la paix de l’âme, il est intéressant de noter que le témoignage des théologiens rejoint celui de médecins actuels : dans l’ordre sexuel, plus on se laisse aller, plus on a une activité intense dans ce domaine, plus le désir augmente et plus le besoin augmente. C’est un peu comme l’argent : plus on en a, plus on en veut, plus on en demande. Au contraire, celui qui se domine et résiste — parce qu’il a fait vœu de chasteté et qu’il est prêtre, religieux ou religieuse, ou parce qu’il est jeune célibataire et pas encore marié — celui qui résiste, qui domine ses impulsions, ses passions, ses désirs, voit au contraire ce désir s’apaiser et se calmer.
Comme dit un médecin américain — il le dit en anglais, je vous le dis en anglais, même si je n’ai pas un bon accent, mais vous comprendrez : The more you have sex, the more you want to have sex. Je ne traduis pas, je pense que c’est clair.
Vous voyez : l’objectant dit que plus on résiste à la tentation, plus cela devient énorme et insupportable. Eh bien non, c’est plutôt l’inverse. C’est ce que l’on voit d’ailleurs chez les débauchés, qui en demandent toujours plus, et qui demandent même de plus en plus de choses abominables et contre nature.
Prière, prudence et hygiène de vie
À celui qui dit : « Moi, je prie, mais je vois que la prière n’est pas infaillible ; sinon, je ne serais pas tombé. Cela m’est arrivé souvent de prier et pourtant de tomber quand même », il faut répondre que la prière est infaillible, mais à certaines conditions.
D’abord, il faut prier avec confiance. Celui qui prie en se disant : « Je prie, mais de toute façon je sais que cela ne servira à rien », effectivement, cela ne servira à rien. Mais celui qui a vraiment foi dans la prière et qui se dit : « Jésus a dit : Demandez et vous recevrez. Donc je sais que si je prie, je recevrai la grâce », part déjà d’un bon point.
Ensuite, il faut prier avec persévérance, pas seulement un peu, de temps en temps. Vous vous souvenez de la parabole de l’ami. Quelqu’un arrive au milieu de la nuit, à dix heures du soir, et frappe à la porte : « S’il te plaît, je reviens d’un long voyage, tu n’aurais pas quelque chose à manger ? » L’ami sort : « Ah, comment ça va ? Cela fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. Oui, bien sûr, je vais te donner quelque chose à manger. » Il ouvre son placard, et il n’y a plus rien. Alors il va frapper chez le voisin. Les volets sont déjà fermés, il est vingt-deux heures. « Toc, toc, toc. J’ai un vieil ami qui vient d’arriver d’un long voyage, il a très faim. Tu n’aurais pas une baguette de pain à me passer, s’il te plaît ? » L’autre dit : « Non, arrête, je suis déjà couché, tu vois bien que mes volets sont fermés, mes enfants dorment, laisse-moi tranquille. »
L’autre insiste : « Non mais allez, s’il te plaît, je ne vais pas le laisser à jeun. Il a fait un long voyage, c’est un bon copain, juste une baguette de pain, c’est tout. » L’autre répond : « Non, laisse-moi, je dors, laisse-moi tranquille. » Que fait le premier ? Il ne se décourage pas, il continue à taper au volet, encore plus fort : « Allez, s’il te plaît, je ne vais quand même pas le laisser comme cela, c’est un vieil ami. » Et l’autre, depuis sa chambre, finit par dire : « Bon, d’accord, c’est bon, arrête de taper au volet, je vais te trouver une baguette. »
Jésus dit que nous devons faire pareil. Nous devons frapper au volet du bon Dieu, insister, insister, insister. Si vous frappez seulement une fois ou deux, le bon Dieu ne vous donnera pas la grâce ; il faut vraiment insister, il faut prier avec persévérance.
Nous n’aurions peut-être pas osé trouver une image semblable, parce que Dieu n’a pas forcément le plus beau rôle dans la parabole : au début, il ne veut pas donner et il veut qu’on insiste. Mais comme c’est Notre-Seigneur lui-même qui raconte cette histoire, il est légitime de faire le parallèle et de comprendre que la prière doit être persévérante si nous voulons être exaucés.
C’est pourquoi celui qui dit : « Moi, je prie de temps en temps pour être un bon chrétien, et cela ne marche pas », eh bien oui, c’est normal s’il prie seulement de temps en temps. Il est clair que ceux qui récitent le chapelet chaque jour sont beaucoup plus forts spirituellement que ceux qui ne le récitent pas. C’est sûr.
Le chapelet et les temps morts
Il y a des gens qui disent : « Oui, mais moi, je n’ai pas le temps de prier, je suis très chargé. » Mais souvent, ces gens trouvent beaucoup de temps chaque jour pour aller sur les réseaux sociaux, sur leurs écrans, et pas uniquement pour leur devoir d’état, mais aussi pour beaucoup d’autres choses qui ne sont pas du tout importantes. Là, il faut se remettre un peu en question et se dire : « N’y a-t-il pas un petit désordre dans l’organisation de ma journée ? Combien de minutes ou d’heures est-ce que je passe sur les écrans pour des choses qui ne sont pas directement liées à mon devoir d’état, mais seulement pour la détente ? Et combien de temps est-ce que je passe pour la prière ? »
Cela peut être intéressant de faire le calcul. Il y a des logiciels qui calculent le nombre de minutes passées sur tel site ou sur votre smartphone. Il y a certainement un paradoxe à dire : « Je n’ai pas le temps », ou : « Je n’arrive pas à trouver le temps », ou : « J’oublie systématiquement », alors que l’on passe beaucoup de minutes ou d’heures à faire des futilités, des choses pas forcément mauvaises, mais qui sont vraiment une perte de temps.
Après, il y en a qui disent : « Moi, je ne prie pas beaucoup, mais le peu que je prie, je le prie bien. D’ailleurs, mieux vaut prier peu mais bien que beaucoup et mal. » C’est un piège assez subtil.
Il y avait quelqu’un qui disait le chapelet chaque jour, avec beaucoup de distractions — comme nous tous. Un jour, il a une idée, mais c’est sûrement le démon qui la lui a inspirée : « Mieux vaut dire une dizaine de chapelet bien, avec beaucoup de ferveur, que cinq dizaines mal. » Il s’est donc mis à ne plus dire qu’une dizaine au lieu des cinq, avec tout autant de distractions qu’avant. Au bout d’un certain temps, il s’est dit : « Ma dizaine, je la dis mal. Mieux vaut dire un Je vous salue Marie bien que dix mal. » Il s’est donc mis à ne dire qu’un Je vous salue Marie, qu’il disait d’ailleurs avec autant de distractions que lorsqu’il disait tout son chapelet. Le démon avait bien réussi son coup, et dorénavant le chrétien ne disait plus qu’un Je vous salue Marie par jour, alors qu’avant il disait tout son chapelet.
Que répondre au piège du diable ? Car le diable est quand même intelligent. Bien prier est une grâce qui s’obtient par la prière. Donc si quelqu’un dit : « Mince, je m’aperçois que je ne dis pas bien mon chapelet, que faut-il faire ? », eh bien, priez un peu plus. Dites une sixième dizaine, spécialement pour demander la grâce de prier avec plus de ferveur. Cela, c’est une bonne solution.
Je pense que beaucoup parmi vous passent du temps dans les trajets, les transports en commun. C’est vrai que, dans les transports en commun, il est très tentant de regarder son smartphone. Certains disent même : « Après une journée de travail, je suis fatigué ; il y a de petites vidéos sympathiques, cela me détend. » Mais dire son chapelet dans les transports en commun, même si on a déjà dit un chapelet à l’aller, et en dire un deuxième au retour, je ne pense pas que ce soit une très grosse fatigue intellectuelle. On le récite simplement. Je pense que c’est une façon beaucoup plus intelligente d’utiliser son temps dans les trajets que de regarder des choses un peu bêtes sur son téléphone.
Là, vous verrez assez vite la différence en augmentant votre vie de prière. Même s’il y a beaucoup de distractions, oui, nous avons tous des distractions quand nous prions. Le bon Dieu sait très bien que nous avons du mal à prier avec ferveur. Si c’est dans le métro ou dans la rue, on a forcément beaucoup de distractions, c’est presque inévitable. Le bon Dieu ne nous demande pas l’impossible. Il ne nous demande pas non plus de dire notre chapelet les yeux fermés dans la rue pour aller se prendre le premier lampadaire. On a le droit d’ouvrir les yeux, et ce n’est pas grave si l’on a des distractions. On fait un effort pour penser à la personne à qui l’on parle.
Mais le chapelet, même récité avec distractions, est une source de beaucoup de grâces et de force spirituelle. Je pense que beaucoup parmi vous auraient même le temps d’en dire un deuxième, notamment dans les temps morts. Il y a pas mal de temps morts dans nos journées.
Certains pourraient dire : « Oui, mais c’est quand même rabaisser la dignité de la prière que de s’en servir pour occuper les temps morts de la journée. » Non, c’est une façon intelligente d’occuper ces temps morts. Plutôt que de regarder des choses futiles, on peut se dire : « Je vais parler à la Sainte Vierge parce que j’ai besoin d’elle. Je suis faible, je suis fragile, je tombe facilement, j’ai besoin d’une maman comme un petit enfant. » Dès que j’ai un petit moment, je me tourne vers ma Mère du Ciel et je la prie.
Celui qui fait cela s’aperçoit assez vite qu’il devient beaucoup plus fort spirituellement. Non pas que les tentations disparaissent : elles ne disparaissent jamais, et d’ailleurs ce ne serait pas une bonne chose qu’elles disparaissent. Le bon Dieu veut ces tentations pour notre bien, parce qu’elles nous affermissent, nous permettent de rester sur nos gardes, et c’est ainsi que nous gagnons des mérites. Il est donc très bon d’avoir des tentations, et celui qui prie beaucoup est armé contre elles.
Fuir les occasions
À celui qui dit : « Oui, mais moi je prie beaucoup et cela ne m’empêche pas de tomber », il faut rappeler que la prière ne suffit pas. Il faut aussi que la prudence chrétienne se joigne à la prière. Si quelqu’un se met dans une énorme occasion de péché, prie avant, puis tombe, eh bien oui. La prière doit être jointe à la prudence, notamment dans ce domaine délicat de la chasteté.
Quelques petits conseils de prudence, que vous connaissez déjà, mais cela fait toujours du bien de les entendre.
Dans le domaine du vol, on dit : « C’est l’occasion qui fait le larron. » Il y a des gens qui ne sont pas du tout voleurs, mais s’il y a un billet de 100 euros qui dépasse quelque part, et qu’il n’y a personne, ils seront tentés de le prendre. Ce n’est pas qu’ils ont le vice du vol ancré dans leur âme, mais l’occasion était là, et ils ont craqué.
Pour l’impureté, cela fonctionne aussi beaucoup ainsi. La prudence demande donc de fuir les occasions. Par exemple, ceux qui ont la discipline de mettre leur smartphone en dehors de leur chambre le soir avant d’aller se coucher reconnaissent que cela leur fait gagner beaucoup de temps, que cela les aide à se coucher plus tôt, et que cela préserve aussi la vertu de chasteté. C’est donc une très bonne idée. Tous ceux qui ont essayé reconnaissent que c’est efficace, parce qu’il y a des instruments qui sont des occasions.
Ensuite, tous les auteurs spirituels mettent en garde contre l’oisiveté, qu’ils appellent la mère de tous les vices. On est beaucoup plus fragile quand on n’a rien à faire que quand on a un emploi du temps très chargé. Celui qui n’a rien à faire, le démon va se précipiter : il est dans une situation vulnérable. J’espère pour vous que vos études vous demandent beaucoup de travail. Si ce n’est pas le cas, il faut trouver d’autres choses à faire pour compléter. Avoir des journées bien chargées est très bénéfique.
Ensuite, chacun peut se trouver, par ses positions ou ses activités, dans des situations plus ou moins délicates.
Deux petites anecdotes. La première est dans l’Ancien Testament : Joseph, vendu par ses frères. Joseph, fils de Jacob, s’est retrouvé serviteur de Putiphar, général dans l’armée du Pharaon. Putiphar était marié. Joseph est devenu au début l’homme à tout faire : il faisait la cuisine, le ménage, les courses, il gérait tous les biens de ce riche monsieur. Il faisait cela avec beaucoup de compétence, si bien que Putiphar lui a donné de plus en plus de choses à faire, et finalement lui a laissé gérer toute sa maison et tous ses biens. Il lui faisait totalement confiance, il lui avait confié les clés de tout.
Joseph était beau, jeune, intelligent. La femme de Putiphar est allée le voir à un moment où son mari était absent, pour lui demander : « Couche avec moi. » Joseph, qui était un homme très pieux et très vertueux, lui a répondu : « Madame, votre mari m’a fait totalement confiance. Il m’a donné les clés de tout ce qu’il possède. Ce serait vraiment trahir sa confiance d’une façon abominable si j’acceptais. Je refuse. »
Elle était déçue, elle est repartie. Le lendemain, elle a recommencé ; le surlendemain aussi, et ainsi de suite. Cela a duré comme cela. À la fin, Joseph, avec beaucoup de sagesse et de prudence, s’est enfui, parce que dans ce domaine-là, parfois, il vaut mieux s’enfuir pour ne pas succomber. Elle a juste eu le temps d’attraper son manteau. Comme elle était furieuse, vexée, humiliée, lorsque Putiphar, son mari, est revenu, elle lui a fait croire que Joseph avait essayé de la violer. Putiphar, trop crédule devant les paroles de sa femme, a mis Joseph en prison. Le pauvre Joseph a fait sept ans de prison. Ensuite, il a été délivré et est devenu premier ministre du Pharaon d’Égypte. Vous vous souvenez de la suite de l’histoire.
Cette histoire révèle chez Joseph une vertu de chasteté très solide, très enracinée, qui venait certainement d’une vie de prière très intense, fervente et persévérante.
Autre anecdote. On raconte souvent sainte Maria Goretti, ces femmes agressées par des hommes, mais les péchés existent dans les deux sens. Saint François de Sales était étudiant en Italie ; il faisait du droit avant d’entrer au séminaire et de se préparer au sacerdoce. Il était chaste, ce qui était rarissime — enfin, ce qui est très rare dans le milieu étudiant, mais ce n’est pas seulement de notre époque, cela a toujours existé. Deux de ses camarades se dirent : « Quand même, François est chaste, on va essayer de le faire tomber. »
Ils ont combiné un piège. Ils lui ont dit : « Écoute, François, nous avons une invitation chez un très célèbre juriste. On pourrait avoir une discussion très intéressante avec lui. Est-ce que tu veux venir avec nous ? » François répond : « Oui, cela m’intéresse. » Ils y vont. En fait, le juriste n’était pas là. Il n’y avait que sa femme — enfin, sa femme, je ne sais pas ; en tout cas une femme assez légère. Au bout de quelques minutes, les deux autres disent : « Au fait, on te laisse, nous avons des choses à faire. » Il se retrouve seul avec cette femme, qui manifeste vite ses désirs. Lui s’est enfui. Il a ouvert la porte et il est parti en courant.
Bonne réaction, qui dénotait en amont une vie de prière très intense. Il ne faut pas croire que c’est seulement sur le coup qu’il faut avoir une volonté extrêmement forte. Certains disent : « J’ai craqué parce que j’ai une volonté trop faible. » En réalité, cela se joue en amont. Celui qui a une vie de prière très intense aura, au moment de la tentation, au moment dangereux, la force de tenir. Celui qui prie peu risque de craquer au moment dangereux. C’est avant que cela se joue.
L’autre objectant disait : « Moi, je me confesse et je communie régulièrement. On dit que les sacrements sont très efficaces, mais avec moi cela ne marche pas trop. » Il est vrai que les sacrements sont très efficaces, mais ils ne dispensent pas des moyens humains. Nous l’avons vu avec la prudence. Les sacrements ne dispensent pas de la prière, ni de la prudence chrétienne.
Une vie réglée
Parmi les moyens humains qui permettent de pratiquer cette vertu, il y en a beaucoup. Je ne vais pas tous les développer, mais il y a un moyen dont on parle assez peu : une bonne hygiène de vie. Elle se pratique spécialement dans trois domaines : la détente, le sommeil, la nourriture.
La nourriture signifie une nourriture normale, équilibrée : ne pas trop manger, et ne pas jeûner non plus 365 jours par an. Je passe sur ce point. En revanche, je développe un peu la détente et le sommeil.
Dans la détente, il y a des gens qui se détendent trop, et il y en a qui ne se détendent pas assez. Les deux sont un problème, dans les deux il y a un désordre. La détente se règle. Il y a même une vertu spéciale que saint Thomas appelle l’eutrapélie, pour se détendre selon un juste milieu.
Se détendre trop est un problème plus classique, parce que travailler demande un effort. Mais ne pas se détendre assez peut arriver aussi chez des gens très sérieux, très appliqués à leurs études ou à leur activité professionnelle, qui ne prennent pas le temps — alors qu’ils le pourraient et le devraient — de faire des pauses et d’avoir d’autres activités. Cela aussi est dangereux pour la vertu en général, notamment pour la chasteté.
Saint Thomas prend l’exemple d’un arc. Quand on tire une flèche, l’arc se tend. À chaque fois que l’on tire, l’arc se tend ; mais à certains moments, la corde a besoin de se détendre un peu, de se reposer, sinon elle finit par craquer. Parfois, des péchés très graves sont commis parce que la personne était en surmenage, en burn-out, comme on veut dire.
Le sommeil aussi. Il y a des gens qui dorment trop, et d’autres qui ne dorment pas assez. Ceux qui dorment trop, qui aiment faire la grasse matinée et rester très longtemps dans leur lit, favorisent la sensualité. La grasse matinée favorise la sensualité. À l’inverse, ne pas dormir assez est également dangereux. D’ailleurs, parfois, ce sont les mêmes personnes : elles se couchent très tard et se lèvent très tard, ce qui n’est pas une bonne solution.
Se coucher tôt est aussi un bon moyen de pratiquer la vertu. On pourrait se dire qu’il n’y a aucun rapport avec l’heure du coucher. Mais si : quand on se couche tôt, on est en forme le lendemain et l’on fait moins de péchés. Par exemple, la patience et la douceur se pratiquent mieux quand on s’est couché tôt la veille. La chasteté, c’est pareil. Quelqu’un qui a des horaires très bizarres aura des problèmes.
Il y a aussi, dans la question de la détente et du sommeil, la question des films. Il y a des films excellents, et puis il y en a de très mauvais. On peut dire qu’aujourd’hui une majorité de films comportent des scènes qui ne sont pas chastes ni pures. Quelqu’un qui regarde très souvent des films abîmera forcément son âme dans ce domaine-là. Regarder un film n’est pas mauvais en soi, cela peut être tout à fait légitime ; mais quand on en regarde à haute dose, et aujourd’hui c’est plus facile qu’avant, on abîme son âme.
On dira : « Moi, j’ai besoin de me détendre après une journée très dure de travail. Cela me détend. » D’accord, nous avons besoin de nous détendre, et même il faut se détendre. Mais je ne suis pas sûr que regarder un film soit la meilleure façon de se détendre. Il y en a d’autres, beaucoup plus riches spirituellement et qui sont de vraies détentes. Cela dépend des gens : certains se détendent en jouant du violon, d’autres en faisant du dessin ou de la peinture, d’autres en jouant un match de rugby, d’autres en bricolant, d’autres en allant visiter un musée, d’autres en écoutant Jean-Sébastien Bach. Cela dépend des personnes.
Toutes ces activités peuvent être très riches, très constructives, très fécondes spirituellement, tout en étant de vraies détentes. Elles changent les idées, vident la tête. Mais regarder des films, si ce sont des films excellents, pourquoi pas. Cependant, si quelqu’un regarde trois films par semaine, à mon avis, il n’arrivera pas à ne regarder que d’excellents films. Au bout de quelques semaines, il devra puiser dans des films beaucoup moins constructifs.
Persévérance, mortification et vocation
Il y a aussi un autre aspect dans le combat pour pratiquer cette vertu : ne pas tomber dans le découragement. Cela arrive, dans ce domaine, à ceux qui tombent et retombent. À la fin, le diable est très fort, et l’on se décourage : « Je n’y arriverai jamais, je retombe tout le temps. » C’est le pire et le plus grand danger dans le combat spirituel, et cela vaut aussi pour les autres vertus. Quand on a un vice qu’on essaie d’éradiquer, le pire est d’être découragé, parce que là, on ne fait plus d’efforts, on n’y croit plus. Il faut donc être vigilant, garder la vertu d’espérance, et se dire : « J’y arriverai avec l’aide du bon Dieu. »
La mortification de la chair
Un autre aspect du combat pour cette vertu, c’est la mortification de la chair. Aujourd’hui, c’est très mal vu et totalement incompris par les modernistes catholiques, qui donnent beaucoup de conseils spirituels, mais très rarement celui de mortifier sa chair. Pourtant, cela fait partie de la vie chrétienne, et pas seulement pendant le carême.
Par exemple : manger un peu moins, prendre une douche froide, sortir de son lit le matin très vite, comme s’il y avait le feu au lit, se priver d’une bonne nourriture ou d’une bonne boisson. Tout cela fortifie la volonté, produit des actes méritoires si l’on est en état de grâce, fait progresser dans la vertu de chasteté. Nous en avons besoin, parce que nous sommes blessés par le péché originel.
Quelqu’un qui ne fait jamais de mortification et qui a un problème avec l’impureté ne doit pas s’étonner. C’est même recommandé pour les époux. Saint Paul recommande aux époux, de temps en temps, d’un commun accord, de pratiquer l’abstinence sexuelle pour faire un sacrifice au bon Dieu et mieux s’adonner à la prière.
Saint Benoît a pratiqué un jour une forme de mortification assez particulière, que je ne vous recommande pas forcément, mais qui est intéressante. Un jour, il avait vu passer près de son ermitage une charmante jeune fille, et il était assailli par des tentations d’impureté qui ne partaient pas, qui duraient, duraient, duraient. Il résistait, résistait, résistait, mais il s’est dit qu’il allait craquer. Il a donc enlevé sa bure et s’est jeté dans un buisson d’épines. Il en est ressorti tout ensanglanté, et la tentation charnelle avait totalement disparu.
Ne faites pas pareil, mais la leçon est intéressante : la mortification de la chair fortifie l’âme, spécialement dans ce domaine-là.
Saint Jérôme le résume par une phrase : « Sans Cérès et Bacchus, Vénus reste froide. » Cérès est la déesse des moissons, qui désigne la nourriture ; Bacchus est le dieu du vin ; Vénus est la déesse de l’amour sensible. Sans Cérès et Bacchus, Vénus reste froide. Celui qui fait des mortifications dans le domaine de la nourriture et de la boisson arrivera plus facilement à dominer son corps ; il aura moins d’excitation charnelle.
Le cas de l’addiction
La dernière objection parlait de l’addiction. Il y a des gens qui sont dans une véritable addiction aux péchés solitaires ou à la pornographie, notamment sur Internet. Peut-on s’en sortir ? Oui, mais pas tout seul. C’est comme la drogue : quelqu’un qui se drogue aura besoin de quelqu’un pour l’aider ; il ne s’en sortira pas tout seul. Mais avec l’aide de quelqu’un de raisonnable et de sage, il pourra s’en sortir. Cela peut être un ami sérieux, un prêtre, un professionnel de santé, un psychothérapeute ou autre, qui va le suivre. Mais il aura besoin de quelqu’un.
Certains ont donné des témoignages très intéressants : ils ont réussi à s’en sortir progressivement, petit à petit. Il restera toujours une fragilité, mais ils peuvent s’en sortir.
Il y a aussi une solution pour les gens mariés. Un jour, un homme marié, père de trois enfants, qui était addict à la pornographie, n’arrivait pas à s’en sortir. Il se confessait régulièrement et retombait. Un jour, il en a parlé à sa femme, il lui a tout raconté.
Tout raconter à sa femme peut être une très mauvaise idée, parce que cela peut la bouleverser complètement, sauf si elle est très vertueuse, très solide et très équilibrée. Là, c’était le cas. Sur le coup, elle a été bouleversée, puis, dans un deuxième temps, elle a aidé son mari. Le fait d’avoir tout dit à sa femme, d’être aidé par elle, d’en parler régulièrement avec elle, lui a permis de s’en sortir. Ce n’est pas la seule solution, et encore une fois ce n’est pas forcément une bonne solution si la pauvre épouse n’est pas assez forte pour porter un tel poids.
Chasteté et vocation
Pour finir, une petite application dans le domaine de la vocation sacerdotale et religieuse. Il y a un lien, puisque ceux qui sont appelés à la vie sacerdotale ou religieuse sont appelés à faire vœu de chasteté, c’est-à-dire à pratiquer la chasteté qui est plus que la chasteté conjugale, et qu’on appelle la chasteté parfaite, demandant l’abstinence totale dans le domaine sexuel.
D’abord, je voudrais mettre de côté une fausse idée. Quelqu’un, homme ou femme, ne se sent pas très attiré par les personnes du sexe opposé et se dit : « Moi, le mariage ne me tente pas trop pour cette raison-là ; c’est peut-être que Dieu m’appelle à renoncer au mariage et à devenir prêtre, religieux ou religieuse. » Non, c’est faux. Une personne qui n’est pas attirée par les personnes du sexe opposé est une personne qui a un problème, puisque ce désir est naturel et voulu par Dieu. C’est quelqu’un qui a un petit déséquilibre psychologique, ou une maladie, ou autre chose. Or avoir un déséquilibre psychologique ou une maladie est un signe de non-vocation.
De même, une jeune fille qui dirait : « Moi, je n’aime pas beaucoup les enfants, donc peut-être que Dieu m’appelle à être religieuse, parce que l’idée de porter un petit bébé dans mes bras ne me dit vraiment rien du tout », ce n’est pas un signe de vocation. Au contraire, c’est un signe de non-vocation. Une jeune fille qui ressentirait plutôt du dégoût à l’idée de porter un petit bébé dans ses bras est une jeune fille qui a un problème psychologique, et avoir un problème psychologique est un signe que l’on n’a pas la vocation.
En revanche, une jeune fille qui dirait : « Moi, j’aime beaucoup les bébés, et si je dois être religieuse, je ne pourrai pas être maman ; cela me coûte beaucoup, mais je suis prête à faire ce sacrifice si le bon Dieu m’appelle à une vie plus élevée », là oui, d’accord.
Ou encore un jeune homme qui dirait : « Moi, je suis très attiré par les jeunes filles, j’aimerais bien me marier, ce serait vraiment magnifique, mais peut-être que le bon Dieu m’appelle à une vie plus élevée, plus parfaite ; je suis prêt à y renoncer pour le bon Dieu », là, cela peut être une bonne disposition pour une vocation sacerdotale ou religieuse.
En revanche, quelqu’un qui essaie de pratiquer la chasteté, qui a suivi tous les conseils donnés, et qui malgré sa générosité n’y arrive pas vraiment, qui retombe tout le temps, c’est un signe de non-vocation. C’est un signe que le bon Dieu ne l’appelle pas à faire vœu de chasteté. Ce serait un idéal trop élevé pour lui ; il n’y arriverait pas. Il peut donc déjà faire une croix dessus.
On pourrait alors se dire : « A-t-il la vocation de se marier ? Il n’arrive pas à être chaste, il retombe tout le temps dans des péchés mortels. Est-ce bien qu’il se marie ? » Si c’est un homme qui fait beaucoup de péchés mortels et n’arrive pas à s’en sortir, est-ce bien qu’il se marie ? Je pense que les jeunes filles qui m’écoutent ne seraient pas très motivées pour épouser un jeune homme qui a un gros problème de ce côté-là.
Peut-être que le bon Dieu l’appelle à se marier, oui, mais il lui demande de résoudre son problème avant de se marier, sinon je plains sa femme.
Il ne faut donc pas se dire — et certains se le disent parfois — : « Moi, j’ai plein de problèmes avec la chasteté, mais une fois que je serai marié, tout ira bien, parce que le mariage est un remède à la concupiscence. Je n’aurai plus besoin de me contenir. » C’est déjà une vision de la femme un peu trop réductrice. Ensuite, comme nous l’avons vu au début, cet homme n’arrivera pas à aimer profondément sa femme s’il est esclave de ce vice, parce qu’il est un égoïste enfermé sur lui-même.
Il faut donc qu’il redouble d’efforts, de générosité, qu’il prenne tous les moyens nécessaires, qu’il se fasse suivre par un prêtre qui va l’aider, et qu’il résolve son problème avant de se marier. Sinon, le mariage ne se passera pas très bien.
La chasteté dans le mariage
Il est également bon de rappeler que parfois des fiancés croient ceci : « Ah, les fiançailles sont dures parce qu’il faut pratiquer la chasteté. Une fois mariés, tout sera facile, il n’y aura plus de restriction. » Ce n’est pas si simple. Il y a quand même des restrictions dans le mariage.
Par exemple, le mari a un déplacement professionnel et doit s’absenter pendant un mois ou trois semaines. Il faut alors qu’il sache pratiquer la chasteté, sinon il ira voir une autre femme. La femme aussi doit savoir attendre que son mari revienne.
Ou bien l’épouse vient d’accoucher : là encore, il y aura une petite période d’abstinence sexuelle à pratiquer. Ou bien ils ont déjà beaucoup d’enfants très rapprochés, la maman est épuisée, et il faut espacer un peu la naissance du suivant, sinon la pauvre maman sera complètement épuisée. Là aussi, il faut pratiquer la chasteté pendant un certain temps.
On dira : « Oui, mais il y a les méthodes naturelles de régulation. » Oui, c’est vrai, ces méthodes sont bonnes et licites quand on est dans des situations comme celles que je viens de décrire. Mais même en suivant ces méthodes, les jours où l’épouse est fertile, il faut savoir pratiquer l’abstinence. Certains n’y arrivent pas parce qu’ils sont complètement abîmés par ces vices.
Pour finir, une petite anecdote. J’ai rencontré l’autre jour un couple de bons catholiques de la Tradition. La dame, jeune épouse, mère de trois enfants, me raconte la discussion qu’elle avait eue la semaine précédente avec une de ses amies non catholique. Elle parle de ce sujet, et l’amie lui demande : « Et toi, tu prends la pilule ? Tu as un stérilet ? Comment fais-tu, puisque tu as déjà trois enfants ? » Elle répond : « Non, je ne prends pas la pilule, et je n’ai pas de stérilet. » — « Ah bon, mais alors tu vas en avoir ? » — « Non, d’abord je ne veux pas de ces choses-là. Avec mon mari, nous pratiquons la continence périodique : nous nous abstenons les jours où je suis fertile. »
L’autre répond : « Ah bon ? Vous arrivez, pendant quelques jours chaque mois, à vous abstenir ? Et pendant ces jours-là, ton mari ne devient pas fou ? Comment faites-vous ? » Pour elle, il semblait totalement impossible de devoir s’abstenir quelques jours par mois.
La dame catholique lui a répondu : « Tu sais, dans notre couple, le sexe n’est pas le seul moyen de nous prouver notre amour. »
Cela a dû la faire réfléchir un peu, j’imagine. Je trouve que c’est une belle réponse : « Dans notre couple, le sexe n’est pas le seul moyen de nous prouver notre amour. »
Il y a peut-être des couples où c’est le seul moyen, parce que leur amour est purement charnel et n’a rien de plus. Mais dans ce couple catholique, l’amour avait forcément un côté charnel, mais pas seulement. Il y avait aussi un côté spirituel. Ils arrivaient à se prouver leur amour par de petits cadeaux de temps en temps, par des marques de tendresse, d’affection, par des paroles gentilles, par des services rendus l’un à l’autre, etc.
Leur amour conjugal n’était donc pas seulement charnel, mais élevé, parce qu’il y avait la vertu de chasteté, il y avait la charité. Ils arrivaient ainsi à vivre de façon très épanouie et sereine ces méthodes, en pratiquant l’abstinence certains jours. Cela suppose une vie de prière fervente, et c’est une famille qui récite le chapelet en famille tous les soirs. C’est sûrement la prière qui les aide à pratiquer cette vertu.
Je vous remercie de votre attention.
Questions-réponses
Est-ce qu’il y a des questions ? Je suis tout à fait disposé à répondre à d’éventuelles questions.
Intervenant : Merci. Vous avez pris l’exemple d’une femme très épuisée, qui aurait besoin d’espacer les enfants. Qu’est-ce que cela veut dire exactement, être épuisée ?
Conférencier : Une femme très épuisée, c’est par exemple une femme qui a eu cinq enfants en cinq ans, qui n’a pas dormi une nuit complète pendant cinq ans, parce que le bébé pleure la nuit, qu’il faut le nourrir, etc. Elle est épuisée.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’elle ne dort jamais autant qu’elle le voudrait. Cela veut dire qu’elle n’a pas pu prendre de vacances depuis cinq ans. Cela veut dire qu’elle est un peu sur les nerfs tout le temps. Cela veut dire aussi qu’elle n’arrive pas à gérer le quotidien. Elle est débordée tous les jours, en retard tous les jours. Tous les jours, il y a quelque chose qu’elle n’arrive pas à faire. Tous les jours, quand le mari revient du travail, il la voit et se dit : « Ma femme est vraiment fatiguée. »
Je ne sais pas si l’on peut donner d’autres critères, mais elle est tout le temps épuisée.
Intervenant : Cela met en péril le devoir d’état ?
Conférencier : Oui, parce qu’elle n’arrive plus à bien gérer le quotidien. Il me semble qu’on arrive à sentir quand on est fatigué. Quand on est fatigué parce que c’est la fin de la semaine ou la fin du trimestre, on le sent. Mais quelqu’un qui est fatigué tout le temps, tout le temps, et pour qui tous les matins c’est un calvaire de se lever, on sent qu’il manque de sommeil. Là, il y a un problème. Il ne faut pas continuer ainsi, sinon à la fin cela craque. Cela peut faire une dépression, une grosse maladie, et ensuite ce sont les enfants qui en pâtissent aussi. On les éduque moins bien quand on est fatigué.
Intervenant : Pour la chasteté, est-ce que sa pratique ne commencerait pas par l’éducation, pas forcément depuis le plus jeune âge entre guillemets, mais assez tôt ? Parce que maintenant, on est tous entourés de mauvaises affiches, automobiles, etc. Qu’est-ce qu’il faut apprendre aux enfants, justement, pour les préparer aujourd’hui à la chasteté ?
Conférencier : Oui, c’est vrai, vous avez raison. Cela ferait l’objet d’une autre conférence, très intéressante, pour des jeunes parents et des futurs parents.
La pratique de la chasteté s’apprend, s’éduque, s’enseigne. Vous dites : « peut-être pas depuis le plus jeune âge », mais moi je pense que si, depuis le plus jeune âge. Pas à un an, évidemment, mais très tôt. La vertu s’apprend très tôt, par la façon de s’habiller, la façon de se tenir.
Aujourd’hui, les petits enfants sont abîmés très tôt, dès la maternelle, par des films qu’on leur montre, par des conversations. Il y a des endroits où l’on apprend à de petits enfants de trois ou quatre ans des gestes ou des choses vraiment dégoûtantes.
Vous avez donc raison : une bonne partie de la chasteté est liée à l’éducation. Cette éducation doit non seulement préserver du mal, mais aussi fortifier la volonté. Au tout début, cela s’appelle la pudeur. On apprend la pudeur aux petits enfants, puis petit à petit le sens de l’effort, le sens du sacrifice, la maîtrise de soi, et tout ce qui va avec.
Intervenant : Vous avez parlé de la provocation. Dans ce cas, que dire de Judith ? Qu’est-ce qui fait que Judith ne pèche pas gravement, par exemple ?
Conférencier : Judith était très belle. Elle s’est habillée d’une façon ravissante, et c’est ainsi que l’ennemi a été subjugué ; elle a pu lui couper la tête parce qu’il était complètement tombé sous son charme.
Si elle s’était habillée d’une façon indécente pour le faire tomber, elle aurait gravement péché. Mais elle était habillée d’une façon parfaitement décente. La Sainte Écriture dit même que Dieu a rehaussé sa beauté de façon miraculeuse. Tout le mal venait uniquement de lui. Elle n’a incité en rien Holopherne à tomber dans le péché. D’ailleurs, elle-même a conservé sa chasteté. Holopherne, finalement, est tombé parce qu’il avait trop bu ; elle a pu ainsi, alors qu’il était ivre, lui couper la tête.
Mais il est vrai que dans d’autres cas, si une femme a un comportement ou une tenue vestimentaire qui provoque, alors elle est coupable, c’est sûr.
Intervenant : À propos de sainte Maria Goretti : vous avez dit qu’elle essayait de garder sa modestie. Est-ce que cela veut dire que, si elle avait été violée, elle aurait été coupable ?
Conférencier : Non. Il faut bien distinguer. Si une femme subit une violence sans consentir, elle n’est pas coupable. Le péché suppose le consentement. Sainte Maria Goretti n’aurait pas été coupable si elle avait subi la violence sans consentir. Ce qui fait sa sainteté, ce n’est pas simplement d’avoir été victime, mais d’avoir résisté héroïquement par amour de Dieu et par charité pour l’âme de son agresseur.
Elle voulait empêcher le péché, autant qu’elle le pouvait. Mais une victime qui ne peut pas empêcher physiquement l’acte, si elle ne consent pas intérieurement, ne commet pas de faute. Le péché est du côté de l’agresseur.
(Sources : Saint-Nicolas-du-Chardonnet - FSSPX Actualités)