Réponse de Mgr de Castro-Mayer à l’enquête secrète du Saint-Siège sur la messe

Source: FSSPX Actualités

Mgr Antônio de Castro Mayer, évêque de Campos.

Rapport sur la sainte messe dans le diocèse de Campos (Brésil) après le concile Vatican II. Réponse aux questions posées par S. Em. le cardinal Knox, préfet de la congrégation romaine pour la liturgie, dans sa lettre du 15 juin 1980, référence 1197/80.

Son Eminence désire savoir :

Premièrement :

a) si des messes en langue latine sont célébrées dans le diocèse de Campos,

b) si la demande de la langue latine dans la liturgie de la messe se maintient, si elle augmente, si elle diminue.

Deuxièmement, s’il existe dans le diocèse des personnes ou des groupes qui insistent pour avoir la messe selon le rite ancien (messe tridentine) ? Quelle est l’importance de ces groupes ? Quelles sont les motivations qui les amènent à de telles positions et à de telles réclamations ?

1) Quant à la première question

Conformément à la constitution conciliaire sur la liturgie, n° 54 et n° 36, les prêtres du diocèse de Campos maintiennent la coutume de célébrer le saint sacrifice de la messe en latin. Cependant, en raison de la concession qui ressort des mêmes numéros de la constitution, quelques prêtres ont introduit le vernaculaire dans les parties de la messe communément appelées « messe des catéchumènes », qui vont du début à l’offertoire ; ils disent également en vernaculaire le Pater et les prières pour la communion des fidèles.

Ce maintien de la langue latine dans la messe satisfait pleinement les fidèles. C’est ainsi, par exemple, que nous avons récemment remarqué une extraordinaire affluence populaire à la messe du Saint-Sauveur qui fut célébrée entièrement en latin1.

En outre, la messe en latin les garde immunisés à l’égard des abus désacralisants (qui vont jusqu’à des profanations) introduits en certaines églises en même temps que la nouvelle messe tout entière en vernaculaire. Par exemple, des femmes montant l’autel pour dire le Pater mains jointes avec le célébrant ; un simple fidèle se communiant de l’hostie qu’il prend lui-même dans le ciboire ; bref, tout ce qui contribue à effacer la distinction entre le sacerdoce ministériel du prêtre et le sacerdoce commun des fidèles.

Il faut placer dans le même ordre d’idées l’individualisme manifeste des prêtres qui adoptent le vernaculaire et la nouvelle messe : ils refusent toutes les prescriptions de l’autorité qui contrarient leurs préférences. Nous l’observons, dans le diocèse, à leur refus de donner aux fidèles la communion sur les lèvres, à genoux.

On voit par là que, dans le diocèse, malgré les bons fruits de la conservation du latin liturgique, celle-ci n’a pas été générale.

Tous les religieux2 et quelques séculiers ont introduit la messe célébrée intégralement en portugais, en s’appuyant sur des concessions faites par la conférence épiscopale. C’est seulement après cette rupture habituelle avec la langue officielle du rite latin (constitution conciliaire sur la liturgie, n° 36) que l’on a vu apparaître les abus dont nous venons de parler.

2) Sur le deuxième point, relatif à la messe traditionnelle (« messe tridentine »)

1) Elle est célébrée d’une manière générale dans les paroisses du diocèse (cependant point dans toutes), en raison du n° 4 de la constitution sur la liturgie, où le concile déclare que la sainte Église veut que tous les rites légitimement reconnus soient, à l’avenir, conservés et favorisés de toutes les manières, et recommande que la révision des rites, quand elle est nécessaire, soit faite avec prudence et conformément à la tradition.

2) Quant aux fidèles, dans leur majorité, ils préfèrent la messe traditionnelle. Et l’on vérifie que dans les paroisses où est maintenue la messe traditionnelle, la ferveur est plus grande. D’ailleurs, c’est un fait attesté également par des personnes étrangères au diocèse qui viennent en visite à Campos. Dans ces paroisses ne s’est produit aucun de ces abus désacralisants que nous avons mentionnés plus haut.

3) Les raisons de cette indéfectible adhésion à la messe tridentine sont de diverses sortes :

a) les scandales manifestes dans les nouvelles messes vernaculaires ;

b) concernant le rite lui-même de la nouvelle messe, on est très frappé par l’absence de toute claire affirmation que la messe est un sacrifice véritable, au sens strict du mot, ayant un caractère propitiatoire ; les affirmations non équivoques de la messe traditionnelle, comme l’offertoire, ont été supprimées.

Ce point est très sensible pour notre population, car il y a chez nous de nombreuses sectes protestantes. Chez elles, on présente les changements liturgiques de l’Église catholique comme une preuve qu’elle confesse son erreur et reconnaît que, en effet, la messe n’est pas un sacrifice au sens rigoureux du terme, et moins encore un sacrifice propitiatoire.

Semblable argumentation de la part des protestants est, au moins en apparence, confirmée par les multiples changements introduits dans la nouvelle messe ; changements qui coïncident avec ceux introduits par Luther et les autres coryphées protestants, quand ils ont entrepris de changer la messe catholique, vrai sacrifice, pour n’en faire plus qu’une cène commémorative de celle que Jésus a réalisée avec ses apôtres, avant sa Passion.

Dans les exemples que je vais indiquer se manifeste tantôt la désacralisation, tantôt la confusion entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles, tantôt l’éloignement de l’affirmation nette des dogmes fondamentaux relatifs à la sainte eucharistie :

  • Parmi les Luthériens, on n’invoque que six fois la sainte Trinité. Dans la nouvelle messe, l’invocation trinitaire a été aussi réduite à six. Simple rapprochement, mais qui renforce les autres.
  • Dans le Confiteor, Luther a supprimé toute référence à la B.V. Marie, aux anges et aux saints, ainsi qu’à l’absolution des péchés. Plus que cela, il a fait du Confiteor une prière commune du prêtre et de l’assemblée. Dans la nouvelle messe, le Confiteor a subit des suppressions semblables. Il n’est resté qu’un léger souvenir de la B.V. Marie, des anges et des saints dans la deuxième partie de celui-ci ; on a supprimé l’absolution que le prêtre donnait après le Confiteor récité par le peuple, et le Confiteor est devenu une prière communautaire de tout le peuple avec le prêtre.

    Je me permets de transcrire ici les paroles d’un pasteur luthérien, dans une œuvre relativement récente, lesquelles paroles indiquent la portée dogmatique des changements réalisés par Luther dans le Confiteor : « En reconnaissant le principe du sacerdoce de tous les fidèles, on a fait de la Confession (Confiteor) un acte de l’assemblée et non pas seulement du prêtre. » Luther D. Reed : The Lutheran Liturgy, Fortress Press, Philadelphia. 1947 p. 255/6.
  • Luther a supprimé l’Offertoire, parce que celui-ci exprimait sans ambiguïté le caractère sacrificiel et propitiatoire de la sainte messe. Dans la nouvelle messe, l’Offertoire perd ces caractéristiques pour ne devenir qu’une simple préparation des offrandes.
  • La nouvelle messe a réintroduit la « prière des fidèles », qui fait partie de la liturgie luthérienne. La prière des fidèles, explique Reed, « est un des éléments importants de la liturgie et probablement celui qui exprime le mieux la participation active de l’assemblée à ses fonctions comme action sacerdotale des fidèles » (page 313).
  • L’usage du vernaculaire, et l’amplification des lectures bibliques rapprochent aussi la nouvelle messe de la liturgie protestante.

En résumé, voici comment L. Reed (o. c., p.234) entend le mouvement liturgique universel de l’Église catholique : « L’Église médiévale a détruit l’unité primitive et le sens du culte communautaire, en donnant un excessif relief à la classe sacerdotale et en dispensant le laïcat de sa participation active. La Réforme a corrigé cette déviation, en attribuant au sacerdoce des fidèles et au caractère communautaire du culte l’importance qui leur était due. Les messes sans communiant ont été interdites et la communion fréquente pour le peuple a été établie. L’usage du vernaculaire, ainsi que la multiplication des hymnes et des prédications aux fidèles, ont joué un rôle important dans ce processus. Le mouvement liturgique de caractère universel qui se passe en ce moment dans l’Église romaine constitue un effort tardif pour promouvoir une participation active et intelligente des laïcs à la messe, de manière que tous les fidèles puissent se considérer comme « concélébrants » avec le prêtre. » (C’est nous qui soulignons).

L’introduction de l’Institutio generalis Missalis Romani, à l’article 7, insinue que l’attention donnée dans l’Ordo Missae de S. Pie V aux dogmes eucharistiques de la Présence Réelle, à la transsubstantiation et au sacerdoce ministériel était due aux attaques dont ils étaient l’objet à cette époque. D’où la conclusion implicite qu’aujourd’hui il n’y a plus nécessité d’une semblable attention, ces dogmes n’étant plus attaqués.

Une telle insinuation provoque l’étonnement, quand on sait que Paul VI dans l’encyclique Mysterium Fidei se montre préoccupé des erreurs qui attaquent précisément ces dogmes-là.

La conclusion logique de la préoccupation manifestée par le Saint-Père serait dans le sens de la conservation des barrières opposées aux erreurs anti-eucharistiques par l’Ordo Missae traditionnel, et non dans le sens de l’absence de préoccupation proclamée par les rédacteurs de l’introduction de la nouvelle messe.

Voilà, exposées succinctement, quelques-unes des raisons qui amènent les fidèles de Campos à se maintenir attachés à la messe traditionnelle, appelée « messe tridentine ». Il s’agit d’assurer la pureté de la foi et l’intégrité de la Révélation.

Antonio de Castro-Mayer
évêque de Campos

  • 1

    Le 6 août, fête de la Transfiguration, est aussi la fête de la dédicace des églises qui ont pour titulaire le Saint-Sauveur, ce qui est le cas de la cathédrale de Campos : cathédrale S. Salvador. (Note des traducteurs).

  • 2

    Les religieux, on le sait, échappent plus ou moins à l’autorité de l’évêque du lieu. Cette « exemption » a été contestée, et souvent laminée ou supprimée, par l’évolution conciliaire. Dans le diocèse de Campos, au contraire, les évoluteurs ont naturellement une attitude inverse. (Note des traducteurs).