Iran : la minorité catholique dans l’incertitude

Source: FSSPX Actualités

Après le lancement des opérations conjointes israélo-américaines du 28 février 2026, et l’annonce de la disparition du Guide suprême iranien, le pape Léon XIV a appelé à une cessation immédiate des hostilités. Le souverain pontife a pointé du doigt les conséquences religieuses potentiellement explosives pour l’ensemble du pays et ses fragiles communautés chrétiennes.

Des lieux saints sous les décombres

Les cités millénaires de l’ancienne Perse n’ont pas été épargnées. Qom, capitale théologique du chiisme duodécimain, a été touchée par les raids. Ispahan, autre haut lieu de la spiritualité chiite abritant la célèbre cathédrale arménienne Vank, a également subi des frappes.

Si les autorités iraniennes n’ont pas encore communiqué de bilan précis sur les dommages infligés aux édifices cultuels, les images de panaches de fumée s’élevant à proximité des dômes dorés inondent déjà les réseaux sociaux.

Une communauté entre deux feux

Pour le régime, qui se pose en défenseur de l’islam face à l’« agression sioniste-croisée », ces atteintes symboliques risquent de transformer un conflit géopolitique en véritable guerre sainte. Dans ce climat de fureur, la petite communauté catholique d’Iran — estimée à environ 22 000 fidèles selon les statistiques du Saint-Siège (dont seulement 2 000 de rite latin) — se trouve dans une situation plus précaire que jamais.

Elle regroupe principalement des Chaldéens, des Arméniens catholiques et une poignée de Latins, souvent d’origine étrangère ou convertis de l’ombre. Officiellement protégée en tant que minorité dhimmi par l’article 13 de la Constitution, elle subit pourtant depuis des années une surveillance étouffante : fermetures d’églises de maison, arrestations de convertis et interdiction stricte de prosélytisme.

L’ONG Article 18 recensait encore en 2025 des dizaines de cas de détention pour « propagande chrétienne ». Un observateur local précise : « Pour les franges les plus dures du pouvoir, la distinction entre la politique étrangère occidentale et la foi catholique s’estompe dangereusement. »

Le cardinal Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran, tente de maintenir les lieux de culte ouverts, mais la pression des services de sécurité s’est intensifiée autour des six diocèses du pays.

Le défi diplomatique du « Pape américain »

La guerre actuelle aggrave dramatiquement cette fragilité. Dans un pays où tout ce qui évoque l’Occident est suspect, l’origine américaine du pape Léon XIV — premier pontife né aux États-Unis — risque de jeter l’opprobre sur les catholiques locaux.

D’abord un risque d’amalgame. « Nous prions pour que nos fidèles ne soient pas assimilés aux agresseurs », confie sous couvert d’anonymat un prêtre chaldéen de Téhéran.

Mais aussi le risque d’exode. Déjà affaiblie par l’émigration massive des Arméniens et des Assyriens, la communauté craint désormais autant les « dommages collatéraux » que les vagues de répression patriotique.

Face à cette escalade, la réaction du pape a été immédiate. Dimanche 1er mars dernier, lors de l’Angélus, Léon XIV a exprimé sa « profonde préoccupation » devant les événements dramatiques en Iran.

« La stabilité et la paix ne se construisent ni par des menaces réciproques, ni par les armes qui sèment destruction et mort, mais seulement par un dialogue raisonnable », a-t-il déclaré. Un message d’autant plus scruté qu’il émane d’un pape américain prenant ouvertement ses distances avec l’administration Trump.

Pour les catholiques iraniens, ce soutien moral est vital, mais sera-t-il suffisant ? Leur survie dépendra de la capacité d’un futur pouvoir — ou des vestiges de l’actuel après la mort de l’ayatollah Khamenei — à maintenir un semblant de tolérance religieuse dans un pays en plein chaos.