FSSP, FSSPX - Quelles différences (partie 2)

Source: District de Belgique - Pays-Bas

Par l'abbé de Sivry, Supérieur du District du Bénelux

Le combat pour la messe ?

Allons jusqu’au bout du raisonnement. Si la Fraternité Saint-Pierre reconnait que la nouvelle messe est légitime, c’est qu’elle affirme qu’elle est réellement l’expression adéquate de la lex credendi. Pourquoi donc refuser de la célébrer ? Si le nouveau rite est fécond, pourquoi rejeter son usage exclusif ? En réalité, les masques tombent. Le combat pour la Tradition n’a plus sa raison d’être si nous ne faisons de la messe qu’un charisme particulier à usage propre. Au contraire, la Fraternité Saint Pie X a toujours considéré que la messe tridentine est l’expression parfaite de la lex credendi de l’Église c’est-à-dire de son magistère constant. C’est elle qui sanctifie les âmes et les sociétés. C’est elle qui contribue au rayonnement de notre foi et à l’extension du règne de Notre Seigneur Jésus-Christ. La Fraternité Saint Pie X ne se bat aucunement pour garder un privilège particulier, mais elle milite pour que la messe tridentine soit l’expression unique de la lex credendi dans l’Église romaine et cela pour le bien commun de la Sainte Église. Et elle considère la nouvelle messe illégitime car elle « s’éloigne de manière impressionnante » de l’expression adéquate de la lex credendi : « Il est évident que le Nouvel Ordo renonce expressément de facto à constituer l’expression de la doctrine que le Concile de Trente a sanctionnée comme étant de foi divine et catholique »23

Il en résulte que l’assistance à la Nouvelle messe ne pourra jamais être objet du précepte dominical dans la mesure où elle n’est pas un culte qui honore Dieu comme il le devrait et qu’elle met notre foi en danger. 

Et le concile Vatican II ?

La Fraternité Saint-Pierre juge que les problèmes doctrinaux posés par le Concile Vatican II se réduisent à un problème d’interprétation des textes, à « des demandes de précisions ».  La Fraternité Saint-Pie X estime au contraire que l’enseignement du Concile Vatican II pose des points de rupture avec le Magistère constant de l’Église et que ceux-ci se trouvent dans les textes eux-mêmes, notamment Lumen Gentium, sur la nature de l’Église ; Dei Verbum, sur la révélation divine ; Gaudium et Spes, sur la relation entre l’Église et le monde contemporain ; Dignitatis humanae, sur la Liberté religieuse. Monseigneur Lefebvre disait à ses séminaristes : « Quand tout un ensemble de documents est rédigé avec un esprit faux, avec un esprit moderniste, il est pratiquement impossible de l’expurger complètement. Il faudrait le recomposer complètement pour lui donner un esprit catholique. » Conférence à Écône, 14 décembre 1978.

Des conséquences pastorales

La possibilité du ministère des prêtres de ladite Fraternité dans les diocèses, les ordinations sacerdotales de leurs séminaristes, l’administration du sacrement de confirmation dépendent de leur adhésion aux réformes issues du Concile Vatican II ou de leur silence. Cependant, saint Thomas enseigne qu’ « en cas de nécessité, là où la foi est en péril, n'importe qui est tenu de faire connaître sa foi, soit pour instruire ou affermir les autres fidèles, soit pour repousser les attaques des infidèles »24. Si donc un pasteur d’âmes, conscient d’un scandale provoqué par un péché public grave contre la foi ou contre la morale, n’agit pas pour prévenir et éclairer ses fidèles, il y aurait une faute par omission. 

Le prix du silence imposé aux membres de la Fraternité Saint-Pierre sur les erreurs conciliaires et les scandales qu’ils provoquent coûte cher car il en va du salut des fidèles et des pasteurs. 

Et lorsque certains rompent ce silence, les sanctions tombent. Ainsi, au mois de septembre 2021, Monseigneur Roland Minnerath, évêque de Dijon (en France), expulse la Fraternité Saint Pierre de son diocèse. Quels sont les motifs évoqués ? Le premier est le fait que la communauté des fidèles ne se mélangent pas suffisamment au reste du diocèse : « La FSSP impose la formation d’une communauté dont une partie (les messages diffusés récemment le montrent) jette la suspicion sur l’Église diocésaine (…) l’autorité diocésaine doit veiller à ce que la communauté catholique ne soit pas divisée » lit-on dans le communiqué du diocèse25. Mais le reproche principal est le refus des prêtres de concélébrer selon le novus ordo : «les abbés nommés par la Fraternité se refusent à ce geste de communion sacerdotale et sacramentelle. Une telle attitude est révélatrice d’une conception de leur ministère que nous ne partageons pas »25Le communiqué de la FSSP, suite à cette expulsion, est d’ailleurs révélateur d’une position doctrinale faite de compromis : « la FSSP n’a pas « exclu que ses prêtres célèbrent dans le rite ordinaire » mais elle respecte la volonté de ses membres en la matière et, à propos de la concélébration de la messe, elle entend se conformer au droit de l’Église qui reconnaît que doit être « respectée la liberté pour chacun de la célébrer individuellement. » (can. 902 CIC) ».26

Le 14 décembre 2023, Monseigneur Laurent Dognin, évêque de Quimper (en France), révoque la convention signée avec la Fraternité. Quel est le motif allégué ? Toujours le même : « le refus [des prêtres] de célébrer avec le missel et les rituels actuels les met en marge de l’Église »27 Enfin, alors que la Fraternité était installée à Montélimar et Valence (en France) depuis plus de 25 ans, l’évêque Monseigneur Durand indique qu’elle ne célébrera plus les rites selon l’ancien missel à partir du 1er septembre 2025. Le motif évoqué cette fois-ci est un peu flou mais nous comprenons qu’il s’agit de problèmes de désaccords de fond : « A partir du 1 er septembre 2025, dans le cadre de la réorganisation de la paroisse Saint Émilien de Valence, avec l’arrivée de nouveaux prêtres curés et pour œuvrer dans le sens de l’unité de la paroisse, la messe vetus ordo (forme ancienne, en latin) sera célébrée à l’église Notre Dame de Valence par des prêtres du diocèse et par des prêtres Coopérateurs Paroissiaux du Christ Roi ».

La Fraternité Saint Pierre est ainsi contrainte au silence pour continuer d’exister. Il est malheureusement dommage qu’elle ne prenne pas exemple sur certains prélats tels que Monseigneur Schneider qui ne se prive pas de critiquer ouvertement les textes du concile Vatican II. Ainsi, le 4 février 2019, suite à la signature du pape François et du grand imam de la mosquée du Caire d’ un  Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, le prélat publie un article paru le 1er juin sur LifeSiteNews. Il y affirme qu’il n’y a « pas de volonté positive divine ou de droit naturel à la diversité des religions », et montre que la Déclaration d’Abou Dabi est la conséquence logique de la liberté religieuse promue par le concile Vatican II. Il souligne en effet la rupture introduite par la déclaration conciliaire  Dignitatis humanæ qui énonce « une théorie jamais enseignée auparavant par le Magistère constant de l’Église, à savoir que l’homme a le droit, fondé sur sa propre nature, “de ne pas être empêché d’agir en matière religieuse selon sa propre conscience, tant en privé qu’en public, seul ou en association avec d’autres, dans les limites qui lui sont dues” (ut in re religiosa neque impediatur, quominus iuxta suam conscientiam agat privatim et publice, vel solus vel aliis consociatus, intra debitos limites, n. 2). Selon cette affirmation, l’homme aurait le droit, sur la base de la nature elle-même (et donc positivement voulue par Dieu) de ne pas être empêché de choisir, de pratiquer et de répandre, même collectivement, le culte d’une idole, et même le culte de Satan, puisqu’il existe des religions qui adorent Satan, par exemple, l’“église de Satan”. En effet, dans certains pays, l’“église de Satan” est reconnue avec la même valeur juridique que toutes les autres religions28.  

Quand on sait toute la bienveillance du prélat pour les mouvements traditionnels issus d’Ecclesia Dei, comme en témoigne la messe qu’il a accepté de célébrer à l’occasion du pèlerinage de Pentecôte de Notre-Dame de chrétienté dimanche 8 juin dernier, on ne peut que s’étonner que les mouvements traditionnels ne lui emboîtent pas le pas pour défendre publiquement la foi catholique contre les erreur conciliaires. 

Conclusion

La Fraternité Saint-Pierre est née de ce refus de reconnaître la légitimité des sacres épiscopaux du 30 juin 1988. Elle ne trouve donc sa raison d’être que dans cette opposition de principe à la prudence du fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, de laquelle, pourtant, les prêtres à l’origine s’inspirèrent pour fonder leur œuvre sacerdotale. Elle est donc condamnée à n’exister que dans ce refus, sous peine de conséquences lourdes à assumer. 

Nous trouvons bien évidemment des prêtres qui, dans ladite Fraternité, n’hésitent pas à défendre la foi et à reconnaître le bien-fondé de la position prudentielle de la Fraternité Saint-Pie X. Mais ils le font en privé et de manière occulte ou officieuse ; jamais en public ni officiellement. Force est de reconnaître que s’ils le faisaient publiquement, ils ne pourraient compter sur leur société qui ne prendrait pas le risque de se voir supprimer l’administration des sacrements par un évêque de la hiérarchie officielle. 

La nécessité demandera certainement d’autres sacres épiscopaux au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Voilà sans doute pour la Fraternité Saint Pierre une occasion de rejoindre le bon combat et de pouvoir dire comme l’Apôtre des Nations : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ; il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne de justice, que me donnera en ce jour-là le Seigneur, le juste Juge, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé son avènement » (2 Timothée, IV,7). 

Notes

23 Document disponible sur le site, https://laportelatine.org/formation/crise-eglise/nouvelle-messe/le-bref…

24 Somme théologique, IIa, IIae, question 2, art 2, ad 2

25 Interview dans Famille Chrétienne, https://www.famillechretienne.fr/36684/article/fortes-tensions-entre-le…

26 Communiqué de la FSSP du 18 juin 2021

27 Communiqué de la FSSP du 18 janvier 2024

28 https://fsspx.news/fr/news/vatican-ii-abou-dabi-un-debat-entre-mgr-schneider-et-mgr-vigano-24629