Allemagne : mission à haut risque pour le nouveau nonce

Source: FSSPX Actualités

Mgr Hubertus van Megen

Le Saint-Siège vient de nommer Mgr Hubertus van Megen comme nouveau nonce apostolique en Allemagne, succédant à Mgr Nikola Eterovic. Cette mutation intervient à une heure de crise profonde pour le catholicisme outre-Rhin et pourrait marquer un tournant face à la grave crise qui ronge l’Église en Allemagne, emportée par les dérives du Chemin synodal.

Né le 4 octobre 1961 à Eygelshoven, près de la frontière germano-néerlandaise, ordonné prêtre en 1987 pour le diocèse de Roermond, Mgr van Megen a passé plus de trente ans dans le service diplomatique du Saint-Siège. Après des postes au Soudan, en Érythrée, au Kenya et au Soudan du Sud, ainsi quauprès des Nations Unies à Nairobi, c’est un homme de terrain qui arrive en Europe avec un regard lucide sur la sécularisation occidentale.

Dans un entretien accordé en 2024 depuis Nairobi, le prélat navait pas mâché ses mots : « Les enseignements de la société occidentale sur lavortement, leuthanasie et la théorie du genre sont des symptômes clairs dune société qui a perdu son compas intérieur. » Des paroles qui détonnent au regard des idéologies qui rongent aujourdhui l’Église allemande.

Car Mgr van Megen arrive en effet dans un paysage ecclésial dévasté par le Chemin synodal (Synodaler Weg). Ce processus, lancé par l’épiscopat à l’occasion des scandales dabus, sest transformé en une machine de guerre contre le dogme et la discipline apostoliques. Avec la complicité du Comité central des catholiques allemands (ZdK), les revendications se multiplient : ordination des femmes, remise en cause du célibat sacerdotal, bénédiction des unions de même sexe et redéfinition de lautorité hiérarchique.

Le défi majeur du nouveau nonce sera de mettre un terme à cette dérive centrifuge. Son prédécesseur, Mgr Nikola Eterovic, navait pas ménagé ses efforts pour rappeler que l’Église nest pas une démocratie parlementaire et que les évêques allemands ne peuvent saffranchir de lunité avec le successeur de Pierre. Mgr van Megen aura-t-il la poigne de fer dans un gant de velours pour signifier aux prélats progressistes que la vérité de la foi ne se négocie pas ? C’est, du moins, ce que les plus optimistes attendent de lui.

Car outre-Rhin, nombre de catholiques de bonne volonté s’inquiètent de la mise en place d’une « Conférence synodale » permanente, visant à faire participer les laïcs au gouvernement épiscopal. Le projet, voté par la conférence épiscopale et le ZdK, est dans les mains de la Curie. Le nonce sera tôt ou tard amené à rappeler que l’Église nappartient ni à des soviets ni à des comités de gestion, mais au Christ.

Mgr van Megen est certes habitué aux contextes difficiles. Mais l’Allemagne n’est pas le Soudan. De plus, les marges de manœuvre d’un nonce sont assez limitées. Il peut transmettre des messages de Rome, jouer un rôle dans les nominations épiscopales, encourager les catholiques opposés aux évolutions du Chemin synodal, mais après ?

Lors du synode conjoint des diocèses allemands de Wurtzbourg (1971-1975), précurseur du Chemin synodal, le nonce d’alors, Mgr Corrado Bafile, quitta l’aula synodale pour protester contre une discussion qui proposait de donner l’homélie aux laïcs (accompagné d’ailleurs par un certain Joseph Ratzinger). Il ne pouvait rien faire de plus.

Le prédécesseur de Mgr van Megen s’est montré assez courageux pour faire des rappels de la position romaine, notamment sur le projet de Conseil synodal devenu Conférence synodale, et lors des assemblées de la Conférence épiscopale. Mais il n’a rien pu empêcher ni même freiner.

Le nouveau nonce pourra sans doute s’appuyer sur les catholiques qui refusent la dérive actuelle de l’Église d’Allemagne, et soutenir les quelques évêques allemands qui s’opposent à la création de la Conférence synodale. Il aura aussi la possibilité de parler aux évêques et peut-être pousser les moins enthousiastes des changements, à se positionner plus fermement.

Il serait intéressant de connaître les instructions que Mgr van Megen a reçu du pape Léon XIV et de la secrétairerie d’État. Mais tous les efforts qu’il pourra faire sont, en fin de compte, suspendus à l’attitude de Rome et de la Curie. Si la fermeté et les bonnes décisions ne sont pas prises, alors, le schisme commencé d’achèvera. Dans le cas contraire, le nonce aura fort à faire pour sauver ce qui pourra l’être.