N°185 - SOMMAIRE
- Editorial
Qui déchire la tunique du Christ ?
Histoire : Le Vénérable Père Adolphe Petit (Gand, 1822- Tronchiennes, 1914)
Pédagogie : Le pardon des offenses
Vie du prieuré : Chronique- Dates à retenir - Carnets paroissiaux
« Marie règne en conduisant les hommes vers le Christ, en obtenant des grâces et en protégeant l’Église »
Editorial
En 1942, dans une lettre du 15 avril au cardinal Maglione, Pie XII s’exprime ainsi : « De même que le Christ est Roi des rois et Seigneur des seigneurs, ainsi son auguste Mère est honorée par tous les fidèles comme Reine du monde ».
Plus tard, le 11 octobre 1954, il écrit une magnifique encyclique sur la royauté de la Très Sainte Vierge Marie, Ad caeli Reginam, qui conclut l’Année mariale décrétée à l’occasion du centenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Dans le contexte particulier de cette époque, le pape Pie XII souhaite raviver la foi et l’espérance des catholiques et même de l’humanité tout entière. À cet effet, il nous invite à tourner nos regards vers Marie, dans sa dignité de reine.
Marie est véritablement reine. Sa royauté est universelle : elle s’exerce comme une influence maternelle sur les âmes, les intelligences et les volontés. Marie règne en conduisant les hommes vers le Christ, en obtenant des grâces et en protégeant l’Église.
Quel est le fondement de sa royauté ? Il se trouve tout d’abord sur son rôle unique dans le mystère de l’Incarnation. L’ange Gabriel annonce en effet à Marie que son enfant sera appelé « Fils du Très-Haut » : « le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il règnera dans la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura pas de fin » (Lc I, 32, 33.). Notre Seigneur Jésus-Christ est donc roi dès son incarnation, c’est-à-dire dès l’instant où la Vierge Marie donne son consentement. À ce moment béni, Marie est associée de manière unique à l’œuvre du Père dans la venue au monde du Fils de Dieu fait homme, Roi du ciel et de la terre. « Il s’ensuit logiquement, enseigne le pape Pie XII, qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses. »
Marie est reine en raison de son rôle dans le mystère de la Rédemption. Sa royauté est ici une royauté conquise avec le Christ : « Associée par le Christ à l’œuvre du salut humain, écrit saint Pie X dans son encyclique Ad diem illum, elle nous mérita de convenance, comme on dit, ce que le Christ nous avait mérité en justice. » Marie a conquis avec son Fils les âmes en s’associant de manière étroite et particulière à l’œuvre de la Rédemption. Elle a racheté les âmes, non en stricte justice, mais par mode de convenance. Le pape Pie XII cite le théologien Suarez : « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale. »
Marie est reine en raison de sa dignité exceptionnelle parmi toutes les créatures. Le pape Pie IX enseigne ainsi dans son encyclique Ineffabilis Deus : Dieu « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre ».
Comment s’exerce la royauté de Marie ? C’est tout d’abord une royauté de bonté et de miséricorde car c’est une royauté de mère. Marie aime ses enfants, qui sont aussi ses sujets. Elle ne peut donc rester insensible à leurs misères, à leurs épreuves et à leurs blessures. Quelle mère le pourrait ?
Elle agit envers nous comme elle l’a toujours fait envers son divin Fils, en le protégeant de la cruauté d’Hérode, en le cherchant avec angoisse durant trois jours, en le rencontrant sur le chemin du Calvaire, en se tenant debout au pied de la Croix. Avec le même cœur, le même courage et la même persévérance, elle intercède pour nous. Reine et Mère, elle se fait notre avocate auprès du Père et du Fils, obtenant pour nous les grâces de pardon, de fidélité et de sainteté.
C’est une royauté de domination. Elle éclaire les âmes pour les conduire à une meilleure connaissance du Christ. Elle incline les volontés à observer les commandements, afin de goûter la vraie joie. Elle attire les cœurs par la douceur de son amour maternel, pour les tourner toujours davantage vers Notre Seigneur.
En ce mois de mai, tournons nos regards et nos cœurs vers Marie-Reine. Qu’elle soutienne nos cœurs, qu’elle relève notre faiblesse, qu’elle nous console dans nos peines, qu’elle règne en nous pour que le Christ règne encore davantage dans nos âmes et dans les sociétés !