N°179 - SOMMAIRE
- Editorial
- Vie spirituelle : Le purgatoire, un passage obligé?
- Dossier : L'héritage du pape François : Essai de bilan théologique
- Histoire : Mère Julie Billiart, fondatrice de sœurs de Notre-Dame de Namur
- Pédagogie : L'amour de la lecture
- Vie du prieuré - Chronique - Dates à retenir - Carnets paroissiaux
"Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait pas été donné d'en haut" St Jean, XIX, 11
Editorial
Le « Notre Père » est une merveilleuse prière que nous récitons quotidiennement. Elle nous a été transmise par Notre-Seigneur Jésus-Christ et revêt donc une grande perfection. Elle contient sept demandes mises dans un certain ordre qui n’est évidemment pas le fruit du hasard. Elle nous fait d’abord demander la fin, c’est-à-dire la Gloire de Dieu, puis les moyens qui conduisent à cette fin.
Si nous détaillons ces moyens par lesquels Dieu entend établir sa gloire sur la terre comme au Ciel, nous lisons, parmi les sept, celui-ci : « Que votre règne arrive ! » Autrement dit, dans sa sagesse, Dieu conditionne sa gloire à son règne. Et son règne ne s’obtiendra essentiellement que par la prière des hommes. Il ne s’impose pas tyranniquement. Il veut que son règne soit compris et désiré librement. Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, doit donc régner. « Il faut qu’Il règne ! » (1 Cor. XV, 25), s’exclame saint Paul.
Mais Notre-Seigneur est-il réellement légitime pour exiger de régner sur les hommes et sur les sociétés ? Le pape Pie XI, dans son encyclique magistrale « Quas Primas » dont nous fêtons le centenaire (11 décembre 1925), ne craint pas de l’affirmer. Pour deux raisons : Notre-Seigneur est en effet d’abord roi par nature en raison de sa divinité et par conséquent, de par un droit inné. Mais également, il est roi par conquête, de par un droit acquis, en raison de sa victoire sur la croix contre Satan, le péché et le monde. Il a mérité ainsi de retrouver son empire sur les âmes et les sociétés. Léon XIII précise un point important : la royauté de Notre-Seigneur s’étend sur « tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l’empire du Christ Jésus, c’est, en stricte vérité, l’universalité du genre humain » (encyclique Annum sacrum du 25 mai 1899).
Les chefs d’État doivent reconnaître publiquement cette royauté du Christ. C’est un devoir de justice dont ils auront à rendre compte car ils tiennent leur pouvoir du Christ. C’est ce que rappelle Notre- Seigneur à Pilate : « Tu n’aurais sur Moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait pas été donné d’en haut » (St Jean, XIX, 11). C’est un devoir envers leurs sujets pour lesquels ils doivent disposer les lois et les institutions pour permettre leur salut. C’est un devoir envers l’Église qui doit être soutenue dans sa mission.
Cette royauté du Christ nous concerne en premier chef car elle est, dit Pie XI dans son encyclique, « principalement spirituelle et concerne avant tout l’ordre spirituel ». Autrement dit, Notre-Seigneur veut d’abord et avant tout régner dans nos âmes. Cette royauté a un sens : Notre-Seigneur doit en être le prince, c’est-à-dire le princeps, le premier, le fondement de toutes nos pensées, nos désirs, nos intentions, nos actions et nos opérations. Il doit être également la fin ultime de toutes nos œuvres intérieures et extérieures. Sans ce règne, notre salut est difficile car, la nature ayant horreur du vide, si Notre-Seigneur n’est pas roi, place sera faite à Satan et ses suppôts. Ou nous acceptons d’être sous l’influence de la grâce et du règne de Notre Seigneur ; ou nous voulons être sous la domination de la concupiscence et de Satan. Ou nous nous battons pour obtenir la paix dans notre âme, fruit de l’ordre et de la justice ; ou nous nous laissons aller à toutes nos passions sans frein et nous connaîtrons le diktat des passions jamais rassasiées.
Cette perspective nous remet dans la vérité de notre dépendance absolue de créature. C’est à la fois vertigineux et rassurant. Si en effet nous choisissons le règne du Christ, alors notre Roi prendra en main la destinée de notre âme et s’unira à notre combat pour la victoire. C’est une assurance : « Tous ceux qui se confient en vous ne seront pas confondus » (ps. XXV, 3).
Ce règne doit être total. Il doit s’étendre sur toutes les parties de notre âme. Mais n’y a-t-il pas en elle quelques zones « de non-droit » dans lesquelles nous voulons garder une indépendance absolue : une mauvaise habitude non corrigée, un « mais » ou un « à condition que » quand arrive l’exigence du devoir, une perfection que nous pouvons atteindre mais « demain » ? Notre-Seigneur ne règne pas vraiment. Il n’a pas un empire total sur notre âme : la paix n’est pas encore acquise.
Il faut lutter de tout notre cœur pour que cette royauté ne soit pas un être de raison mais une réalité vivante qui nous transforme petit à petit en celui que nous voulons voir régner en nous. Le Ciel est la proclamation définitive du règne du Christ dans les âmes et les sociétés angéliques et humaines. Il s’étendra au Ciel comme en Enfer.
Prions et luttons pour que « son règne arrive » dès à présent dans notre âme pour que nous en jouissions définitivement dans la vision béatifique !
Que saint Joseph vous bénisse !