L'amour de la pauvreté

N°180 - SOMMAIRE
- Editorial
- Vie spirituelle : L'amour de la pauvreté
- Dossier : Au sujet de la publication de Mater Populi Fidelis
- Histoire :Une grande sainte bénédictine de nos régions : sainte Wivine
- Pédagogie : L'esprit de pauvreté
- Vie du prieuré - Chronique - Dates à retenir - Carnets paroissiaux

Demandons à Dieu la sagesse et nous aurons l'essentiel

Editorial

L’enfant de Bethléem né de Marie est le Verbe de Dieu. Il s’incarne en assumant une nature humaine à laquelle il transmet une sainteté incommensurable. La personne du Verbe possède ainsi deux natures, divine et humaine. Elles s’unissent dans une seule personne, celle du Verbe. C’est le mystère de l’union hypostatique. L’enfant de Bethléem est donc vrai Dieu et vrai homme sans que ces natures se confondent. Marie est réellement Mère de Dieu car elle donne naissance à une personne qui est Dieu.

Ce mystère de l’Incarnation a des conséquences très concrètes dans la nature humaine de Notre Seigneur Jésus-Christ. Son âme est illuminée par la grâce et la sagesse qu’il reçoit de sa nature divine. Elle est bienheureuse, car elle jouit déjà Dieu dans la vision. Elle est sage car elle possède toutes les sciences à la perfection : la science des bienheureux par laquelle « elle connaît toutes les réalités, à quelque moment qu’elles existent, même les pensées des hommes dont il est juge » à travers la vision de l’essence divine (IIIa, Q. 10, art. 2). Le Christ connaît par la science infuse, c’est-à-dire que le Saint Esprit lui communiquait directement la connaissance des réalités naturelles et surnaturelles. Le Christ connaît enfin par son expérience qui progressait chaque jour. « Il a été rempli de l’esprit de sagesse et d’intelligence, de science et de conseil » (Isaie, V, 2-3). On peut affirmer assurément qu’en cet enfant « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science » (Col. II, 2).

 

C’est grâce à toutes ses sciences que le Christ-Jésus nourrissait sa charité incommensurable pour son Père et pour les hommes : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (St Jean, IV, 34). Si Notre Seigneur a tant de zèle pour accomplir les desseins de son Père, c’est qu’il les connait parfaitement. Cette connaissance est fondamentale pour permettre à la personne du Christ d’être dans sa nature humaine la « lumière du monde », « la voie, la vérité et la vie ». Cette science est déterminante pour comprendre la perfection de la volonté de Dieu qui veut la passion pour la rédemption. 

Cet enfant de Bethléem nous invite à désirer cette sagesse que l’on puise en le connaissant. Celle-ci est fondamentale pour l’aimer et le servir. Elle est nécessaire pour éviter de tomber dans l’erreur et dans l’illusion. Elle empêche l’âme de s’égarer dans des formes dévoyées de spiritualité, dans des combats stériles, dans les pièges diaboliques, dans la vanité des sciences qui enflent. 

 

Que faisons-nous de ces paroles de saint Paul : « Je n'ai eu la pensée de savoir autre chose parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1 Corinthiens II, 2) ? Il est malheureusement courant de constater le peu de considération et le peu de connaissance que nous avons du Christ et, par le fait même, de notre foi. En son temps déjà, saint Pie X le dénonçait dans son encyclique Acerbo nimis : « Qu'il y ait actuellement dans le peuple chrétien bon nombre d’hommes absolument ignorants des choses qu’on doit connaître pour son salut éternel, c’est une plainte générale et malheureusement trop fondée. Et quand Nous parlons du peuple chrétien, Nous n’entendons pas seulement le petit peuple ou les gens de la classe inférieure (…). Il s’agit aussi et surtout de ceux qui, ne manquant ni de talent ni de culture, possèdent abondamment la science profane, mais qui, pour ce qui regarde la Religion, vivent absolument à l’aventure et sans réflexion ». Voilà sans doute l’une des causes de la détresse des temps modernes, de la corruption, de la crise de l’Église, du peu de vocations : l’ignorance et le mépris des vérités éternelles révélées par cet enfant de Bethléem. Comment en effet aimer ce que l’on ne connait pas ? Comment se battre pour une cause si nous ne sommes pas d’abord convaincus ? Comment s’engager dans une voie de perfection si l’on ne sait pas les richesses des biens éternels ? Le catholique connait parfois moins bien sa religion qu’un protestant ou un musulman. Comment peut-il en être fier ?

 

L’enfant de Bethléem vit parmi nous pour être la « lumière des hommes ». Il s’incarne pour faire connaitre la vérité afin que, par elle, nous soyons sauvés. Ouvrons notre intelligence à cette Sagesse Incarnée. Ayons à cœur de nous instruire des vérités de notre foi ! Cette ascèse intellectuelle est à la portée de tous : une petite lecture de l’Évangile, celle du missel, un retour sur notre catéchisme, lire une vie de saint (celle de notre saint patron !), connaitre l’histoire de l’Église relatée à travers quelques faits précis, voilà de quoi enrichir notre science et par conséquent, notre charité. On lit dans l’Ancien Testament que Dieu demanda au roi Salomon, fils de David, ce qu’il voulait pour asseoir son autorité royale : la richesse ? de longs jours ? la mort de ses ennemis ? Salomon répondit : la sagesse. C’est alors que Dieu récompensa largement son serviteur en lui accordant, avec la sagesse, la puissance et la gloire. Demandons à Dieu la sagesse et nous aurons l’essentiel.

Que la grâce de Noël réchauffe notre cœur et donne à notre âme le goût de cette sagesse. 

Que saint Joseph vous bénisse !