Turquie : l’islamisation des sanctuaires chrétiens se poursuit à bas bruit
L’ancienne cathédrale arménienne d’Ani
En Turquie, l'ancienne cathédrale arménienne d’Ani devrait bientôt être transformée en mosquée. Une décision qui fragilise une fois de plus les efforts de préservation de l’identité culturelle et religieuse chrétienne dans un pays où le nationalisme et l’islamisme d’Etat redessinent les contours mêmes du patrimoine et de l’Histoire.
Aux confins orientaux de la Turquie, où sont gravés dans les pierres les récits d’une histoire chrétienne plus que millénaire, la cathédrale arménienne d’Ani, située dans la province de Kars, est au cœur d’une polémique qui résonne bien au-delà des frontières. Ce joyau de l’architecture médiévale arménienne, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, risque de subir le même sort que les illustres basiliques de Sainte-Sophie et de Chora à Istanbul : sa transformation en mosquée.
Construite au Xe siècle par l’architecte Trdat, la cathédrale d’Ani, également connue sous le nom de Surp Asdvadzadzin (Sainte Mère de Dieu), incarne l’apogée de l’art arménien. Elle fut le cœur spirituel de la capitale du royaume bagratide, un centre de rayonnement culturel et religieux. Elle est située à 500 m de la frontière arménienne.
Son architecture, d’une élégance austère, témoigne de l’ingéniosité de Trdat – dont le talent s’est également illustré dans la restauration de la coupole d’Hagia Sophia à Constantinople – a doté Ani d’une majesté intemporelle. Pourtant, ce lieu de culte, déjà fragilisé par les tremblements de terre de 1319 et 1988, se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif.
L’alarme a en effet été donnée au Parlement turc par le député chrétien arménien George Aslan, du parti pro-kurde DEM. Et en effet, selon des informations relayées par les médias d’Etat, la cathédrale, actuellement en attente de restauration, serait destinée à rouvrir en tant que mosquée, sans mention de son héritage chrétien.
Cette omission, loin d’être anodine, s’inscrit dans une politique plus large, orchestrée sous l’égide du président Recep Tayyip Erdogan. Depuis plusieurs années, la Turquie d’Erdogan s’engage dans une entreprise de réislamisation progressive des lieux saints chrétiens, une démarche qui vise à consolider son assise sur la base électorale islamiste qui l’a porté au pouvoir.
Le précédent des basiliques Sainte-Sophie et de Saint-Sauveur-in-Chora est révélateur. Ces deux monuments, autrefois phares de la chrétienté byzantine, ont été transformés en musées sous Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne, dans un mouvement visant à séculariser la société turque.
Cependant, Sainte-Sophie en 2020, puis Saint-Sauveur-in-Chora en 2024, ont été converties en mosquées, au mépris des protestations internationales. Dans l’ancienne basilique qui a vu le couronnement de tant d’empereurs, les mosaïques et fresques chrétiennes, témoignages vibrants du passé, ont été voilées par des rideaux blancs, une métaphore saisissante de l’effacement de l’histoire.
La cathédrale d’Ani semble désormais suivre cette même trajectoire, suscitant l’inquiétude des défenseurs du patrimoine et des communautés chrétiennes.
Les images montrent l’état pitoyable dans lequel le tremblement de terre de 1988 a laissé cet antique monument. Sa restauration est certes une bonne nouvelle, mais sa transformation en mosquée marque la volonté d’effacer toute trace de la culture arménienne, et de montrer la supériorité de l’islam dans une région très islamisée qui soutient le président Erdogan.
(Source : AsiaNews – FSSPX.Actualités)
Illustration : Antonio, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons