En RDC, un diocèse se déchire sur fond de conflits ethniques
Mgr Emmanuel Ngona, au cours de son ordination épiscopale dans la cathédrale Notre-Dame du Congo, le 15 septembre 2024
Au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), le diocèse de Wamba est paralysé depuis plus d’un an. Nommé évêque par le pape François le 17 janvier 2024, Mgr Emmanuel Ngona Ngotsi, membre des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), n’a toujours pas pu prendre possession canonique de son siège en raison d’une opposition farouche de certains prêtres et fidèles locaux.
Le diocèse de Wamba, érigé par Pie XII en 1949, s’étend sur 26 265 kilomètres carrés près des frontières avec le Soudan du Sud et l’Ouganda. Y vivent environ 365 000 catholiques, répartis en 25 paroisses desservies par 58 prêtres. Contrairement à d’autres régions de l’est congolais marquées par des conflits armés, Wamba n’a pas été directement touchée par la guerre, mais sa stabilité reste précaire en raison de frontières poreuses et de tensions liées à l’exploitation minière.
Mgr Ngona Ngotsi succède à trente ans d’épiscopat de Mgr Janvier Kataka Luvete, originaire de Zambie et retraité en 2024 à 76 ans. Né à Bambu-Mines, dans le diocèse voisin de Bunia, Mgr Ngona Ngotsi a exercé son ministère au Niger et au Burkina Faso avant de rentrer en RDC. Consacré évêque le 15 septembre 2024 à Kinshasa par le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de la capitale, il incarne pour ses opposants un « étranger », non issu du terroir de Wamba.
La nomination a immédiatement provoqué des remous. Dès février 2024, des manifestations ont éclaté, des catholiques scandant : « Nous voulons un natif de Wamba. » Ces protestations, relayées par des prêtres influents, ont empêché toute installation officielle, transformant le diocèse en un espace de gouvernance intérimaire sous l’autorité de l’administrateur apostolique, Mgr Sosthène Ayikuli Udjuwa, évêque de Mahagi-Nioka.
Cette vacance prolongée a créé un « environnement ecclésial difficile », selon le Dicastère pour l’Evangélisation, dont dépend le diocèse. Le Vatican a multiplié les tentatives de médiation, sans succès, et a alors pris une mesure drastique visant à protéger la formation des vocations sacerdotales.
Le 7 octobre 2025, Mgr Ayikuli a adressé une lettre aux séminaristes de Wamba, informant de la décision du Dicastère : la suspension de toutes les activités au séminaire préparatoire et au petit séminaire Saint-Léo de Lingondo, jugés inadaptés à une formation propice dans un tel climat. « La formation des futurs prêtres dans un environnement ecclésial aussi difficile serait tout à fait inappropriée et a donc été suspendue jusqu’à nouvel ordre », précise la missive.
Les séminaristes souhaitant poursuivre leur formation peuvent se tourner vers d’autres évêques congolais, après un discernement approprié, ou envisager une vocation religieuse dans un institut consacré. Les formateurs et professeurs, quant à eux, seront réaffectés à d’autres tâches ministérielles.
Le cardinal Fridolin Ambongo, envoyé par le pape Léon XIV, s’est rendu à Wamba les 15 et 17 octobre 2025. Le haut prélat a sollicité les prières des fidèles : « Le Saint-Père m’envoie vers le peuple de Dieu de Wamba. Je vous demande de prier pour que cette mission, si chère à son cœur, porte de bons fruits. »
Le 17 octobre dernier, lors d’une messe à la cathédrale Saint-Joseph de Wamba, le cardinal a lancé un appel solennel au clergé : « Trouvez une solution positive » pour permettre à Mgr Ngona Ngotsi de s’installer. « Nous ne pouvons pas gérer les affaires de l’Eglise comme celles de la cité », a-t-il martelé, distinguant les logiques séculières des procédures canoniques.
Le cardinal s’est également montré ouvert, rappelant que, pour avancer sur les demandes locales – y compris la nomination d’un autre évêque diocésain – « il faut que le processus de nomination du premier évêque soit complété. (…) Tout dépend maintenant de vous, prêtres de Wamba », a conclu l’archevêque de Kinshasa, invitant à la patience, à la prière et au respect des normes établies.
L’ampleur du conflit est telle qu’il a attiré l’attention des autorités provinciales. Trois ministres du Haut-Uele ont assisté à la messe du 17 octobre, dont le ministre des Finances, parlant au nom du gouverneur. Cette implication politique illustre comment les fractures ecclésiales au Congo s’entremêlent avec des enjeux plus larges : querelles ethniques héritées des frontières coloniales, qui mélangent des groupes divers, et instabilités liées aux ressources minières.
Loin d’être un cas isolé, la crise de Wamba évoque celle du diocèse nigérian d’Ahiara en 2012, où les fidèles avaient rejeté Mgr Peter Ebere Okpaleke, nommé par Benoît XVI, parce qu’il n’appartenait ni au clergé local ni à l’ethnie Mbaise. Incapable de s’installer, Mgr Okpaleke avait été contraint de renoncer à sa charge en 2018 ; en guise de consolation, le pape François l’avait créé cardinal en 2022…
(Sources : Catholic News Agency/The Pillar/cath.ch – FSSPX.Actualités)
Illustration : Vatican News