Mgr Bonny et l’ordination d’hommes mariés

Source: District de Belgique - Pays-Bas

Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers

Le 19 mars 2026, Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers, a signé une lettre pastorale intitulée « pour la mise en œuvre du processus synodal dans le diocèse d’Anvers ». Cette lettre aborde divers points, mais elle s’est signalée à l’attention générale par l’annonce d’ordinations d’hommes mariés à l’horizon 2028.

Certes, il ne fallait guère attendre du bon de la part de l’évêque d’Anvers, qui s’est signalé dans le passé par des positions progressistes, voire hétérodoxes. Ainsi, en 2014, après le Synode sur la famille, Mgr Bonny avait plaidé en faveur de la reconnaissance des relations homosexuelles au sein de l’Église, allant jusqu’à critiquer publiquement les décisions du Vatican.

En 2022, les évêques flamands, dont Mgr Bonny, ont proposé un rituel de bénédiction pour les couples de même sexe, s’opposant à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il a encore été un ferme soutien du Chemin synodal allemand et a participé à des Assemblées comme invité : il n’a pas ménagé ses encouragements aux positions les plus progressistes lors de prises de parole.

Pour une Église synodale

Dans une première partie, la lettre pastorale rappelle le processus synodal mondial et la publication du Document final (DF), dont il affirme la « force contraignante », au rebours de l’avis général. L’évêque d’Anvers insiste sur l’urgence d’une mise en œuvre diocésaine « correcte et résolue », ainsi que la nécessité de « changements concrets à court terme ».

L’évêque reconnaît que le diocèse dispose de conseils et de commissions « qui ne manquent pas » : et d’énumérer pas moins de huit de ces organes. Et de conclure : « Notre culture de concertation a atteint un certain point de saturation. » Chose étonnante…

Plus loin, Mgr Bonny énumère une douzaine de questions importantes abordées par le DF, qui ne visent que des questions d’organisation, laissant le lecteur catholique étonné que la vie chrétienne n’y figure d’aucune manière : ainsi, réorganisation des organes de concertation existants, élargissement de la coresponsabilité, une “conversion relationnelle”, plus de transparence, etc.

L’inévitable « question de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes dans l’Église » est abordée ensuite : il n’y sera question que d’ordination des femmes. L’intitulé laisse songeur. L’appartenance à l’Église est-elle une question de « plan de carrière », pour qu’elle puisse être traitée comme une « égalité des chances » ?

Car ce qui compte par-dessus tout, c’est la perfection de la vie spirituelle, qui consiste dans la grâce et la charité, dons gratuits de Dieu. Veut-on obliger le Père céleste à faire une distribution strictement « paritaire » de ses dons, comme une égalité de salaire ?

Il sera encore traité « langue et bonne nouvelle », des « nouveaux venus dans l’Église » et de paroisses. Mais il faut s’arrêter sur la partie qui traite d’ordination sacerdotale.

Ordination sacerdotale

C’est dans cette quatrième partie qu’est abordée la question de l’ordination des hommes mariés. Mgr Bonny commence par asséner l’argument de l’accord parfait : « Le consensus sur cette question est quasi-total, dans toutes les couches du peuple de Dieu. » L’auteur ajoute qu’il n’est pas nouveau, mais qu’il existe depuis de nombreuses années.

Dans un entretien accordé à Cathobel le 27 mars 2026, l’évêque d’Anvers insiste : « Je constate un consensus autour de cette question. Le consensus est là, depuis des années. Cela fait maintenant cinquante ans que je suis dans l’Église, je connais le dossier. Nous connaissons tous le dossier tel qu’il se présentait il y a quarante ans, il y a vingt ans, et tel qu’il se présente aujourd’hui. »

Le prélat belge donne ensuite trois arguments. Le premier est le manque de vocations : « D’abord, la pénurie historique de prêtres locaux dans de nombreux diocèses. Le nombre d’hommes célibataires souhaitant devenir prêtres est tombé à un niveau à peine supérieur à zéro. » Ce qui oblige à faire appel à des prêtres étrangers. Mais ces derniers « ne peuvent pas répondre à tous les besoins ».

Un deuxième argument est tiré du clergé catholique oriental où le mariage du prêtre est autorisé – avant son ordination : « Presque tous les diocèses comptent dans leurs rangs un certain nombre de prêtres catholiques mariés, pour la joie et la satisfaction de tous. Certains de ces prêtres, comme dans notre diocèse, appartiennent à une Église catholique orientale. »

Et d’expliquer que « la plupart des prêtres catholiques orientaux mariés vivent en Occident, et non plus en Orient » du fait de l’exil lié aux guerres au Moyen-Orient. « D’autres prêtres mariés, ajoute-t-il, sont des convertis ; ils étaient évêques, prêtres ou pasteurs dans une autre Église chrétienne, se sont convertis au catholicisme et ont pu recevoir l’ordination sacerdotale catholique ». Et de conclure : « Personne ne peut plus expliquer pourquoi le sacerdoce marié est autorisé pour les prêtres catholiques orientaux ou pour les convertis mariés, mais pas pour les vocations locales. »

Son dernier argument vise « un ensemble de questions liées à la santé psychosociale des prêtres et à la transparence de leur mode de vie ». L’évêque d’Anvers ajoute que « la problématique des abus sexuels continue de peser lourdement ». Mais aussi que « les sous-cultures cléricales (?) et les modes de vie d’autrefois ont fait leur temps ».

Mgr Bonny envoie enfin une accusation générale, et gratuite pour cette raison : « Il y avait derrière les murs bien plus que ce que les gens étaient autorisés à voir ou à entendre. En chemin, de nombreux prêtres ou candidats à la prêtrise de grande valeur ont abandonné pour cette raison. La confiance dans l’Église et ses ministres s’en est trouvée considérablement affaiblie. »

Pour se justifier de ce qui va suivre, l’évêque d’Anvers affirme qu’il « est illusoire de penser qu’un véritable processus synodal et missionnaire ait encore la chance de voir le jour en Occident sans ordonner également des hommes mariés ». Il conclut enfin : « Pour ces raisons, je mettrai tout en œuvre pour ordonner prêtres, d’ici 2028, quelques hommes mariés pour notre diocèse. »

La réponse de Paul VI

Dans ses divagations, l’évêque d’Anvers semble oublier totalement l’encyclique du pape Paul VI – un pape qu’il doit pourtant vénérer ? – Sacerdotalis caelibatus, du 24 juin 1967, il y a donc à peu près 60 ans : une durée qui entre dans le cadre imposé par Mgr Bonny. Malgré les graves réserves sur le pontificat de Paul VI, il faut dire que cette encyclique rapporte la doctrine traditionnelle sur le célibat.

Dès la première phrase, le ton est donné : « Le célibat sacré, que l’Église garde depuis des siècles comme un joyau splendide, conserve toute sa valeur également à notre époque caractérisée par une transformation profonde des mentalités et des structures. »

Avant d’exposer le fond, l’encyclique affirme : « Nous estimons donc que la loi du célibat actuellement en vigueur doit, encore de nos jours et fermement, être liée au ministère ecclésiastique ; elle doit soutenir le ministre de l’Église dans son choix exclusif, définitif et total de l’amour unique et souverain du Christ, du dévouement au culte de Dieu et au service de l’Église, et elle doit qualifier son état de vie aussi bien dans la communauté des fidèles que dans la société profane. »

Une première partie expose les raisons du célibat sacré, et en rappelle la haute antiquité. Elle montre le lien entre virginité et sacerdoce dans le Christ médiateur, et ajoute : « Ce lien profond qui, dans le Christ, unit la virginité et le sacerdoce, se reflète en ceux à qui il échoit de participer à la dignité et à la mission du Médiateur et Prêtre éternel. »

Le célibat est vu tour à tour comme témoignage rendu au Christ, comme plénitude d’amour, accepté en vue du royaume des cieux. Son sens ecclésiologique est rappelé : « La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l’amour virginal du Christ pour l’Église et la fécondité virginale et surnaturelle de cette union ».

L’encyclique poursuit avec le ministère de la grâce et de l’Eucharistie, avec la fécondité du prêtre consacré entièrement au Christ, à l’exemple donné à la communauté des fidèles, et à l’efficacité pastorale du célibat qui permettra l’exercice continuel de la charité parfaite : « celle-ci lui permettra de se dépenser tout entier au service de tous d’une manière plus universelle et plus concrète ».

Le célibat sacerdotal dans l’histoire de l’Église

Paul VI rappelle que la discipline du célibat était déjà bien ancrée dans l’antiquité chrétienne et que, « à partir du début du IVe siècle, l’Église d’Occident, par suite des interventions de plusieurs conciles provinciaux et des Souverains Pontifes, renforça, développa et sanctionna cette pratique du célibat ».

Il cite Jean XXIII : « Nous sommes navré … que certains puissent s’imaginer que l’Église catholique en viendra délibérément ou par convenance à renoncer à ce qui, durant de longs siècles, fut et demeure l’une des gloires les plus nobles et les plus pures de son sacerdoce. La loi du célibat ecclésiastique et le souci de la faire prévaloir évoquent toujours les combats des temps héroïques, alors que l’Église réussit à faire triompher sa glorieuse trilogie : Église du Christ libre, chaste et catholique 1 ».

L’encyclique souligne encore « l’éloge que les Pères orientaux font de la virginité ». Et elle affirme solennellement en conclusion de cette partie : « l’Église d’Occident ne peut pas faiblir dans la fidélité à la tradition ancienne qui est la sienne ; il n’est pas pensable qu’elle ait pendant des siècles suivi un chemin qui, au lieu de favoriser la richesse spirituelle de chacun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon compromis celle-ci ».

Réponse aux objections de Mgr Bonny

Au n° 47, Paul VI rappelle les commencements de l’Église, confiée à une poignée d’hommes : « les ouvriers sont peu nombreux aujourd’hui comme aux premiers jours ; ils ne furent même jamais en nombre tel que le jugement humain l’aurait cru suffisant ». Mais, ajoute-t-il « les projets et la prudence humaines ne peuvent usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui au cours de l’histoire a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la puissance de l’homme ».

Et au n° 49, il complète par ces termes : « On ne peut croire tout simplement que l’abolition du célibat ecclésiastique accroîtrait par le fait même et de façon notable le nombre de vocations : l’expérience actuelle des Églises et communautés ecclésiales où les ministres sacrés peuvent se marier semble prouver le contraire.

« C’est surtout d’autres côtés qu’il faut chercher la cause de la diminution des vocations sacerdotales : par exemple, dans la perte ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré au niveau individuel et parmi les familles, dans le fait qu’on estime moins ou qu’on méconnaît l’Église comme l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacrements. »

La réponse à la deuxième objection a déjà été donnée plus haut, par l’éloge du célibat par les Pères Grecs, et leur discipline partielle du célibat. Quant à la troisième, une bonne partie de l’encyclique est consacrée au célibat et aux valeurs humaines.

Le texte proteste contre les objections qui affirment peu ou prou que le célibat est contre nature. Paul VI rappelle que « le motif véritable et profond du célibat consacré est – Nous l’avons déjà dit – le choix d’une relation personnelle plus intime et plus complète au mystère du Christ et de l’Église, pour le bien de l’humanité tout entière ».

Reprenant les arguments traditionnels, l’encyclique voit dans le célibat embrassé pour le service de Dieu, une élévation, et l’ouverture à la charité envers Dieu et envers le prochain, permettant au prêtre d’être un témoin d’une vie totalement donnée au Règne de Dieu.

L’encyclique se conclut ainsi : « L’Église proclame hautement son espérance dans le Christ : elle a conscience de la pénurie dramatique de prêtres par rapport aux besoins spirituels de la population du monde, mais elle est ferme dans son attente, fondée sur les ressources infinies et mystérieuses de la grâce : la qualité spirituelle des ministres sacrés engendrera aussi leur augmentation en nombre ».

Conclusion

Cette réfutation complète des divagations de Mgr Johan Bonny, par un pape du Concile, montre que le processus initié à Vatican II – sous la houlette du pape Paul VI… – est profondément révolutionnaire. L’évêque d’Anvers, montre qu’il est indispensable à une révolution d’avancer si elle veut continuer à exister, en renversant et en brûlant ce qu’elle adorait hier.

Cet épisode montre encore que rien n’est plus considéré comme stable ou solide dans la sainte Église, mais que tout est sujet à une remise en question, par un mouvement dialectique qui doit opérer une synthèse, avant de se lancer dans un nouveau cycle de transformation. Tout le monde aura compris qu’il ne s’agit plus aucunement de la sainte Église catholique.

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    Alloc. II au Synode Romain, 26 janvier 1960 : AAS 52, 1960, pp. 235-236 (texte lat. p. 226).