L’oraison : un cœur à cœur avec Jésus, Prêtre et Victime
Le temps de l’Avent est propice à la prière. La liturgie nous exhorte à nous unir à l’espérance des justes de l’Ancient Testament. Elle tourne également nos regards vers le cœur de Marie qui par ses élévations a hâté la venue du Messie. Dieu a voulu que notre salut soit conditionné au fiat de Marie. Dieu a voulu qu’une femme soit associée à l’œuvre du salut. Ce fut Marie devenue nouvelle Eve. La force de Marie est à trouver dans sa contemplation. C’est en Dieu qu’elle puise sa force et les lumières de grâce et de vérité. Enfants de Marie, nous sommes invités à suivre notre mère dans cette voie salutaire et nourrissante de la médittion. Ainsi, au début de ce temps de l’année liturgique, examinons ce sujet relatif à la méditation si essentielle à la vie du chrétien.
Enseignement de Notre Seigneur.
L’enseignement de Notre Seigneur est clair[1]: « Le royaume de Dieu ne vient pas d’une manière apparente, extérieure. On ne dira pas : il est ici ou il est là, car voici le royaume de Dieu est au dedans de nous. »
Le culte que nous devons rendre à la Sainte Trinité par le Saint Sacrifice de l'Autel Lui est agréable en proportion de notre union intime avec Notre Seigneur, Prêtre et Hostie. Pour parvenir à entrer dans les sentiments du Sauveur, la vie intérieure et l’oraison sont indispensables.
Pourquoi la vie intérieure avec l’oraison ?
L’homme est composé de deux substances : un corps et une âme. Le corps se définit comme une substance matérielle, et renferme un résumé de la création terrestre à savoir le règne animal, végétal et minéral. Ce corps est mortel et il se décomposera à notre mort.
L’âme se définit, par les théologiens, comme une substance immatérielle, immortelle, créée à l’image de Dieu, pur esprit. Elle est la partie vivante de notre être puisqu’elle anime le corps. D’ordre angélique, nous devons la considérer comme un joyau, un diamant que la Sagesse éternelle nous accorde, car elle relie notre être à l’amour infini de Dieu. À notre mort, elle persistera pour rejoindre pour toujours la cour céleste des bienheureux pour certains, et des damnés pour d’autres.
La vie intérieure consiste donc à mettre en valeur l’âme, à la faire vivre selon Dieu, et en même temps à la libérer des exigences du corps. En effet, l’âme est le reflet humain des perfections divines, et comme image de Dieu elle trouve sa nourriture spirituelle, sa force surnaturelle, sa joie indicible, dans le contact intime et personnel avec son Créateur et Rédempteur. Les événements terrestres sont éphémères, mais seule la vie spirituelle enrichit l’homme d’un trésor éternel.
Les deux préoccupations de l’âme.
Avec l’intelligence et la volonté qui l’animent, l’âme a un premier devoir : connaître, aimer et servir la Sainte Trinité, et ainsi jouir au fond d’elle-même de la présence divine. Cependant, si la grâce est un don de Dieu pour nous élever vers Lui, l’intelligence et la volonté doivent coopérer librement et par amour au mouvement intérieur du Saint Esprit. L’oraison a donc ce but de faire vivre de cette présence céleste en nous-mêmes.
Toutefois, notre âme reste prisonnière d’un corps qui la tyrannise bien souvent par des préoccupations terrestres bien passagères et souvent futiles. Le travail de l’oraison consiste donc à fortifier l’âme dans son rapport avec Dieu, et à se dégager des entraves corporelles par des mortifications (ou pénitences de l’esprit ou du corps). C’est aussi à ce prix que l’homme se libère des tentations et de l’emprise du prince de ce monde afin de se jeter dans les bras du Père éternel.
Notions générales sur l’oraison.
« Il y a deux sortes de prière : la prière vocale, qui s’exprime par des paroles ou des gestes, et la prière mentale qui se fait dans l’intérieur de l’âme. Celle-ci se définit : une élévation et une application de notre âme à Dieu, pour lui rendre nos devoirs et en devenir meilleurs pour sa gloire[2].»
Sainte Thérèse d’Avila définit l’oraison mentale comme « un commerce d’amitié intime où l’on s’entretient souvent seul à seul avec Dieu dont on se sait aimé.[3]» Le Père Marie Eugène commente ainsi : « Un commerce d’amitié, une prise de contact avec Dieu, une actualisation de l’ordre surnaturel que la grâce établit entre Dieu et notre âme, ou encore un échange entre deux amours : celui que Dieu nous porte, celui que nous avons pour Lui. »
Concrètement, l’oraison nous permet de donner un sens, une histoire, une émotion, une gravité, … aux prières, aux gestes du prêtre à l’Autel, de vivre la liturgie sur terre en union avec la Liturgie céleste. La méditation rend active la présence du Ciel en notre cœur.
Conseils pratiques.
Bien que le désir de développer ce thème ne nous manque pas, contentons-nous de quelques principes spirituels qui vous aideront à vivre la Sainte Messe avec un plus grand élan spirituel.
L’oraison (ou méditation) est une élévation de l’intelligence (soutenue par la foi) avec pour conséquence une sorte de retranchement de notre jugement propre laissant ainsi le Saint Esprit éclairer notre esprit. L’élévation de l’âme nous sort donc de nos petites agitations personnelles et nous fait découvrir l’immensité du monde céleste. La vision intérieure de Dieu conduit en même temps à un meilleur discernement des réalités humaines et terrestres. Cependant ce mouvement de l’entendement qui porte à regarder en direction du Ciel exige un véritable effort personnel de renoncement à soi-même, si nous voulons offrir notre intelligence à Celle infinie de Dieu.
Le secret de l’oraison s’appuie donc sur la vertu d’humilité qui considère avant tout l’enseignement de Dieu comme seul recevable pour notre âme. Notre attachement à la Tradition[4] nous garantit la plénitude du contenu de la foi sur laquelle notre méditation s’appuie. Puis, petit à petit, notre intelligence, mue par le Saint-Esprit, fortifiera notre volonté dans le désir accru d’un cœur à cœur de plus en plus fréquent et durable avec Notre Seigneur.
Méthode de Saint Ignace ?
La méthode de méditation des Exercices spirituels de Saint Ignace est la référence quand il s’agit d’aborder la méditation, même si elle peut paraître ardue pour certains.
Faire oraison avec un livre de méditation peut aussi contribuer à soutenir notre âme dans la présence à Dieu. Néanmoins, notre préférence sera le missel qui contient tous les éléments d’une bonne oraison qui, de plus, peut se terminer par le plus beau des colloques : la communion spirituelle, trésor efficace de la grâce.
La méditation quotidienne est le vrai bonheur de notre foi, et nous ne pouvons que remercier Dieu qui, par ce confinement, nous a permis de nous enrichir spirituellement.
Avec ma bénédiction sacerdotale
Abbé Hubert Martellière.
[1] St Luc XVII.
[2] RP Tanquerey : Précis de Théologie Ascétique et Mystique n° 664
[3] RP Marie-Eugène, Je veux voir Dieu, p 55
[4] L’erreur moderniste base la spiritualité plus sur l’imagination et la sensibilité ce qui est contraire à la spiritualité traditionnelle, même si les apparences sont trompeuses.