Le Dicastère pour la doctrine de la foi s’attaque à la Sainte Vierge

Source: FSSPX Actualités

Le cardinal Manuel Victor Fernandez, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi

Le Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF) vient de publier un nouveau document au moins aussi scandaleux que Fiducia supplicans, puisqu’il s’attaque à la Très Sainte Vierge, à notre Mère, en lui refusant des titres qui lui ont été décernés au cours de l’histoire de l’Eglise, sanctionnés par plusieurs papes, et hautement considérés par les théologiens.

Le brûlot du cardinal Victor Fernandez, préfet du DDF, porte le nom de Mater Populi fidelis (Mère du peuple fidèle). Il nous explique sans rire que son pamphlet veut approfondir les « justes fondements de la dévotion mariale », et que cela implique « une profonde fidélité à l’identité catholique et, en même temps, un effort œcuménique particulier ».

Autrement dit, la dévotion mariale doit regarder vers les erreurs, les hérésies et les impiétés des non-catholiques envers la Mère de Dieu : singulière façon de manifester sa piété envers celle qui est notre Mère. L’Eglise n’a – jusqu’à Vatican II – jamais eu besoin de loucher pour contempler la vérité.

Le site InfoCatolica commente très justement ce recours à l’œcuménisme : « Certains analystes ont été frappés par le recours au mantra de l’œcuménisme, comme dans les années 70. La rupture récente la plus forte avec l’œcuménisme est le document Fiducia Supplicans, du cardinal Fernández lui-même, et il ne semble pas y avoir de révision ».

Une « sottise » pour le pape François

Comme cela avait été relevé dans un article d’Actualités – qui sera largement repris ici – lors de l’homélie pour la célébration de la fête de Notre-Dame de Guadalupe dans la basilique Saint-Pierre, le 12 décembre 2019, le pape François a eu des paroles méprisantes pour le titre de corédemptrice. Ce rejet est impie puisqu’il s’agit d’une tradition bien ancrée, reprise et développée par plusieurs papes, même après Vatican II.

Dans cette homélie, François, après avoir agréé trois titres – femme ou dame, mère et disciple – écarte résolument le titre de corédemptrice. Il ajoutera qu’il s’agit d’un « non-sens », mais la traduction anglaise parle de « folie », et la consultation de l’original nous donne un sens encore plus fort : « sottise » ou « bêtise ». Ce sermon est cité en note dans le document du DDF.

La corédemption de la Vierge Marie

Il suffit de consulter n’importe quel traité de mariologie anté-conciliaire, pour se rendre compte de l’importance que la notion de corédemption, appliquée à la Vierge Marie, avait pris dans la pensée théologique depuis cinq siècles. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler les paroles des papes, depuis Pie IX, le pape de l’Immaculée conception, jusqu’à Pie XII, le pape de l’Assomption.

Pie IX

Dans la bulle Ineffabilis Deus, qui proclame le dogme de l’Immaculée conception en 1854, Pie IX écrit : « C’est pourquoi, de même que le Christ, Médiateur de Dieu et des hommes, ayant pris la nature humaine, efface le sceau de la sentence qui était contre nous, et l’attache en vainqueur à la croix, de même la très sainte Vierge, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, avec lui et par lui exerçant des hostilités éternelles contre le serpent venimeux, et triomphant pleinement de cet ennemi, a écrasé sa tête de son pied immaculé ». Si le mot de corédemptrice ne figure pas, l’idée et sa réalité y sont bien exprimées.

Léon XIII

Plusieurs texte du pape Léon XIII expriment aussi cette doctrine. L’encyclique Supremi apostolatus officio (1883) : « En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l’œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d’une telle faveur et d’une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n’ont pu et ne peuvent les obtenir. »

Dans une encyclique sur le rosaire, Jucunda semper (1894), le même pape enseigne : « Auprès de la croix de Jésus se tenait debout Marie, sa mère, laquelle, émue pour nous d’une immense charité, afin de nous recevoir pour fils, offrit elle-même volontairement son Fils à la justice divine, mourant en son cœur avec lui, transpercée d’un glaive de douleur ».

Dans la constitution apostolique Ubi primum (1898), sur la confrérie du Rosaire : « Dès que, par le plan secret de la divine Providence, nous avons été élevés à la chaire suprême de Pierre..., spontanément la pensée nous est allée à la grande Mère de Dieu et son associée à la réparation du genre humain ».

Enfin, dans l’encyclique Adjutricem populi (1895), Léon XIII donne l’expression la plus complète de cette corédemption, en l’associant à la Médiation universelle de Marie : « Car de là, selon les desseins de Dieu, Elle a commencé à veiller sur l’Eglise, à nous assister et à nous protéger comme une Mère, de sorte qu’après avoir été coopératrice de la Rédemption humaine, Elle est devenue aussi, par le pouvoir presque immense qui lui a été accordé, la dispensatrice de la grâce qui découle de cette Rédemption pour tous les temps. »

Saint Pie X

Ce saint pape a également évoqué la doctrine de la corédemption dans sa célèbre encyclique Ad diem illum (1904), pour le cinquantenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée conception : « La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c’est que Marie “mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l’humanité déchue” (De Excellentia Virginis Mariæ, c. IX), et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang. » Le saint pape souligne le lien entre corédemption et médiation universelle.

Durant le pontificat de ce glorieux pape, un décret du Saint-Office du 26 juin 1913 a loué « l’habitude d’ajouter au nom de Jésus, celui de sa Mère, notre corédemptrice, la bienheureuse Vierge Marie ». La même congrégation a accordé une indulgence pour la récitation de l’oraison dans laquelle Marie est appelée « corédemptrice du genre humain », le 22 janvier 1914.

Benoît XV

A son tour, il a parlé de cette doctrine, dans sa Lettre Inter solidacia : « En s’associant à la Passion et à la mort de son Fils, elle a souffert comme à en mourir (…) pour apaiser la justice divine ; autant qu’elle le pouvait, elle a immolé son Fils, de telle façon qu’on peut dire avec raison qu’avec lui elle a racheté le genre humain. Et, pour cette raison, toutes les sortes de grâces que nous puisons dans le trésor de la rédemption viennent à nous, pour ainsi dire, des mains de la Vierge douloureuse. »

Pie XI

Dans sa lettre Explorata res (2 février 1923), il livre cette belle louange à la Mère du ciel : « Celui-là n’encourra pas la mort éternelle, qui jouira surtout à son dernier moment de l’assistance de la Très Sainte Vierge. Cette opinion des docteurs de l’Eglise, confirmée par le sentiment du peuple chrétien et par une longue expérience, s’appuie surtout sur ce fait que la Vierge douloureuse fut associée à Jésus-Christ dans l’œuvre de la Rédemption. »

Il est le premier pape à utiliser le terme de corédemptrice, dans son radio-message aux pèlerins de Lourdes, il fait cette prière : « O Mère de piété et de miséricorde, qui assistiez votre doux Fils tandis qu’Il accomplissait sur l’autel de la Croix la Rédemption du genre humain, comme corédemptrice et associée de ses douleurs, conservez en nous, et accroissez chaque jour, nous vous en prions, les précieux fruits de sa rédemption et de votre compassion » (29 avril 1935).

Et dans l’Allocution aux pèlerins de Vicenza (30.11.1933), il affirmait clairement : « Le Rédempteur se devait, par la force des choses, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pourquoi nous l’invoquons sous le titre de corédemptrice ».

Pie XII

Le pasteur angélique a plusieurs fois décrit le fait de la corédemption de Marie, même s’il n’emploie pas le mot. Dans l’encyclique Mystici corporis (1947) par exemple : « Ce fut Marie enfin qui, en supportant ses immenses douleurs d’une âme pleine de force et de confiance, plus que tous les chrétiens, vraie Reine des martyrs, compléta ce qui manquait aux souffrances du Christ... “pour son Corps qui est l’Eglise” (Col 1, 24) ».

Si le terme de corédemptrice ne se trouve pas sous la plume de ce pape, la doctrine s’y trouve avec toute la netteté et le développement possibles. Que l’on en juge par cette citation de l’encyclique Ad caeli Reginam (1954), sur la royauté de Marie :

« Dans l’accomplissement de la Rédemption, la très Sainte Vierge fut étroitement associée au Christ. (…) En effet “Comme le Christ pour nous avoir rachetés, est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale” ».

Le concile Vatican II et les papes postérieurs

Mater Populi fidelis affirme que « le Concile Vatican II a évité d’utiliser le titre de Co-rédemptrice pour des raisons dogmatiques, pastorales et œcuméniques ». Quel aveu ! Et il ajoute même que Jean Paul II l’a utilisé « à sept reprises au moins », mais cela n’a pas grande valeur aux yeux des rédacteurs. Ils relèvent surtout l’opposition du cardinal Joseph Ratzinger, estimant qu’il s’agissait d’un « terme erroné ».

Quant au pape François, il a exprimé au moins trois fois son opposition à l’utilisation du titre de corédemptrice. Et le texte d’ajouter « Lorsqu’une expression nécessite des explications nombreuses et constantes, afin d’éviter qu’elle ne s’écarte d’un sens correct, elle ne rend pas service à la foi du Peuple de Dieu et devient gênante. »

Le site InfoCatolica ne peut se retenir de commenter que le cardinal Fernandez « tente toujours d’expliquer comment Fiducia Supplicans peut parler de bénédictions qui ne sont pas des bénédictions à des couples qui ne sont pas des couples. Rend-il service “à la foi du peuple de Dieu” ? »

Il faut bien le dire, le rejet des titres de la Sainte Vierge, spécialement ceux de Corédemptrice et de Médiatrice, trouve son origine dans l’œcuménisme. Déjà, lors de la proclamation du dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge en 1950, les modernistes s’étaient émus, y voyant un nouvel obstacle posé au rapprochement avec les protestants.

Au concile Vatican II, les Pères supprimèrent purement et simplement le schéma préparé sur la Sainte Vierge, pour ne pas lui donner trop d’importance, et en firent un simple chapitre de la constitution Lumen gentium sur l’Eglise. Le Concile reconnaît des titres à Marie tels Avocate, Auxiliatrice, Secourable et même Médiatrice, il la proclame Mère de l’Eglise, mais la tendance est au minimalisme.

C’est finalement la dévotion mariale dans son ensemble qui est dévoyée par ce nouveau texte qui veut nous faire remplacer les glorieux titres de corédemptrice et de médiatrice par les titres de « Mère des croyants » (même les musulmans se disent “croyants”), « Mère de grâce » ou « Mère du Peuple fidèle », qui écartent, de fait, des précisions refusées par les non-catholiques.