Dieu est Charité
Par l' abbé Martellière
« Dieu est charité ». Rappelons que la compréhension des dogmes excède la capacité de l’entendement humain. En effet, Dieu est l’Intelligence infinie, et les âmes qui sont limitées ne peuvent concevoir par leur force naturelle la charité insondable de notre Créateur. Aussi le danger dans lequel tombent beaucoup d’hommes est de rabaisser l’amour divin à un niveau trop humain, voire sentimental, d’autant plus que le péché amenuise le regard que nous pouvons avoir de Dieu.
En conséquence, pour s’approcher du mystère, nous devons chercher à mettre notre jugement propre au « repos », et considérer que seul le Saint Esprit peut nous conduire dans les secrets éternels. Toute la doctrine des saints du Carmel (et des autres spiritualités authentiques) nous est donnée pour nous aider à progresser dans l’union profonde de l’Amour divin avec ses créatures raisonnables (et en état de grâce).
Cependant la Trinité Sainte permet à tous d’accéder à la gloire divine dès lors que nous nous unissons avec une foi vive aux prières du Saint Sacrifice. Convaincus de la bonté de Dieu et avec un grand désir de correspondre à la sagesse éternelle, nous devons en particulier, lors de l’offertoire, déposer toutes nos intentions sur la paterne et dans le calice. Pendant le canon, Notre Seigneur qui veut attiser le feu céleste en chacun de nous renouvelle son offrande à son Père. A la communion, la grâce de progresser dans ce chemin mystique ne peut nous être refusée. Certes cette présence de Jésus-Hostie se traduit généralement sans effet sensible, mais elle est cependant bien réelle. Dieu nous laisse toute la vie sacramentelle pour découvrir l’étendue infinie de son Amour.
La question de la charité de Dieu sera le sujet de notre méditation pendant ces 15 jours,
L’amour de Dieu (I° partie de la Somme Théologique, question 20).
Saint Jean dit : « Dieu est tout amour. » (Ième Ép., IV, 46.) L'amour, qui est le premier mouvement de la volonté, en est comme la racine et le principe générateur. On désire, on veut le bien qu'on aime ; on se plaît dans le bien qu'on aime, on ne hait que ce qui s'oppose au bien que l'on aime : partout où il y a volonté il y a nécessairement amour. Dieu a la volonté ; donc il a aussi l'amour.
En Dieu, à qui rien de matériel et d'imparfait ne saurait être attribué, l'amour n'est point une passion (ou mouvement intérieur de l’homme) : il est un acte pur et simple de volonté. L'acte de l'amour, il est vrai, tend vers deux objets : vers le bien que l'on veut et vers l'être à qui l'on veut du bien. Car aimer, c'est vouloir du bien. Le bien que Dieu se veut n'est autre que Lui-même ; ensuite, quand on aime quelqu'un, on lui veut du bien comme à soi, on désire son bonheur comme le sien propre, on l'aime comme soi-même : tel est l'amour de Dieu pour ses créatures.
Tout ce qui existe est bon sous le rapport de l'existence même : l'être est un bien, et ses perfections sont un bien. Or, si les choses ont l'être et quelque bien, c'est parce que Dieu l'a voulu. Donc Dieu veut du bien à toutes les choses. Mais vouloir du bien, c'est aimer. Par conséquent, Dieu aime toutes les choses qui existent. Il aime les créatures raisonnables d'un amour d'amitié ; Il aime les créatures matérielles (plantes, animaux …) en tant qu’elles sont utiles pour les créatures raisonnables, afin de manifester sa bonté et de nous faire du bien ; Il aime les pécheurs comme êtres, parce que, comme tels, ils existent par Lui.
« Dieu, dit l'évêque d'Hippone, aime tout ce qu'Il a fait ; mais Il aime davantage les créatures raisonnables, et, parmi celles-ci, les membres de son Fils (baptisés), et principalement son Fils lui-même. » Sous le rapport des actes plus ou moins intenses de la volonté, Dieu n'aime pas ceci plus que cela ; Il aime par un acte pur et simple. Mais, en tant que l'amour se mesure sur le bien voulu à un ami, Il aime certains êtres plus que d'autres. N'est-ce pas, en effet, son amour qui produit la bonté des créatures ? Or, nous voyons que les unes ont plus de bonté que les autres, Il aime donc plus celles-là que celles-ci.
Dieu a aimé le Christ, non-seulement plus que tout le genre humain, mais plus que toutes les créatures réunies ensemble. Il l'a livré, il est vrai, pour le salut des hommes ; mais son abaissement, loin de ternir sa gloire, Lui a fait, au contraire, remporter le plus beau des triomphes, puisque, du jour de sa mort, il a été proclamé Dieu par tout l'univers.
Que si, dans le mystère de l'Incarnation, la nature humaine a été plus favorisée que la nature angélique, ce n'est pas qu'une nature coupable fût préférable à une nature innocente, mais c'est que nous avions plus besoin de secours que les anges : le bon père de famille donne à son serviteur malade ce qu'il n'accorde pas à son fils plein de santé.
Quant au pénitent et à l'innocent, ils sont aimés en raison de la grâce qui est en eux ; mais, toutes choses égales d'ailleurs, l'innocent est meilleur et plus aimé : et s'il est écrit que le ciel a plus de joie dans la conversion d'un pécheur que dans la persévérance des justes, c'est que le pécheur se relève ordinairement plus fervent, plus humble, moins présomptueux. Sur un champ de bataille, le général préfère le soldat qui, après avoir lâché prise, revient vaillamment au combat, à celui qui, resté à son poste, n'a néanmoins jamais montré d'ardeur.
Après tout, ce serait un jugement téméraire et présomptueux que de vouloir décider, par exemple, qui des Apôtres ou des Saints a été le meilleur : Dieu seul pèse les esprits. (Prov., xvi, 2.).
Méditation avec Mgr Lefebvre (La vie spirituelle page 203).
Notre prélat a orienté toute sa vie apostolique avec sa devise épiscopale : « et nos Credidimus Caritati » « Et nous avons cru à la Charité », il lui revient donc de conclure :
« La charité est vraiment ce qu'il y a de plus divin mais encore faut-il (bien) la comprendre. Il ne faut pas que ce soit une espèce de sentimentalisme. Dieu sait si l'on parle de l'amour (à tort et à travers) aujourd'hui mais (ce faisant) on dégrade cet amour divin (véritable).
La charité est à la fois la clé du mystère de Dieu, - si l'on veut trouver une clé à ce mystère -, et aussi celle du mystère de notre vie. Parce que nous sommes faits à l'image de Dieu, nous ne pouvons pas avoir d'autres tendances, d'autres désirs que celui d'aimer. Nous sommes nés avec ce désir d’aimer Dieu et notre prochain.
Si Dieu est charité, que peut-Il faire d'autres que de diffuser la charité qui est en Lui, non seulement à l’intérieur même de la Trinité, dans les opérations entre les trois Personnes divines, mais aussi dans les opérations extérieures que sont la création, l'Incarnation, la Rédemption ? Cela ne peut être que l'expression de la charité.
Il est impossible que les créatures spirituelles, qui sont créées à son image, n'aient pas été créées dans l'intention qu'elles deviennent elles aussi charité. Donc, si nous voulons être plus proches de la Sainte Trinité et Lui ressembler, nous n’y parviendrons que dans la mesure où nous sommes nous aussi charité. C'est évident, c'est simple, et c'est tout un programme. Voilà pourquoi notre foi fondamentale, essentielle, est la charité. … Dans la mesure où nous accomplissons cette bonne charité qui est en nous, nous ressemblons à la Sainte Trinité, qui est charité.
Seigneur, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime mais faites que je m’oublie face à l’immensité de votre Amour afin que vous me conduisiez dans votre intimité !
Avec ma bénédiction sacerdotale !
Abbé Hubert Martellière