Rome soutient opiniâtrement le document du synode sur l'Amazonie

16 Août, 2019
Provenance: fsspx.news
Cardinal Lorenzo Baldisseri

Après la dénonciation du document de travail du prochain synode sur l’Amazonie par le cardinal Walter Brandmüller, trois nouvelles critiques ont été formulées en juillet par le cardinal Müller, Mgr Schneider et Mgr Nicola Bux. Mais à Rome plusieurs cardinaux soutiennent l'Instrumentum laboris contre vents et marées, quitte à en accepter l'aspect révolutionnaire.

Le 3 juillet, dans un entretien accordé au site catholique Settimana News le 3 juillet 2019, le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, assume pleinement le caractère inédit, pour ne pas dire révolutionnaire, du prochain synode : « l’assemblée synodale d’octobre prochain se caractérise précisément par cette “double dimension” ecclésiale et écologique, qui la distingue des précédents synodes ». « Nous vivons un moment historique où nous sommes davantage conscients de la nécessité de prendre soin de la Création”, insiste-t-il.

Dans un article publié le 18 juillet, par la revue jésuite La Civiltà Cattolica, le cardinal Pedro Barreto, archevêque de Huancayo, au Pérou, souligne que l’Instrumentum laboris « est un document de travail (…) qui exprime amplement les sentiments et les désirs de très nombreux représentants du peuple d’Amazonie ».

Ce prélat qui est l’un des fondateurs du Réseau Ecclésial Pan-Amazonien (REPAM), répond ainsi – sans oser les nommer directement – aux critiques des cardinaux Müller et Brandmüller. Mais sa réponse est purement verbale, car le cardinal Barreto ne s’attarde pas sur les questions d’ordre théologique soulevées par les deux prélats allemands. Il souhaite mettre l’accent uniquement sur les nécessités pastorales et économiques des personnes vivant dans la région amazonienne.

Ce cardinal est jésuite, ami de longue date du P. Jorge Bergoglio, avant qu’il ne devienne pape ; il est même considéré comme le « prophète de l’écologie intégrale ». C’est ainsi qu’il a œuvré, avec une soixantaine d’autres organisations, pour la résolution des problèmes de pollution à La Oroya, dans la vallée du Rio Mantaro, une rivière du centre du Pérou.

Militant actif, le cardinal Barreto rappelle dans son article que « la majorité des Etats, dont une partie du territoire se trouve en Amazonie, sont signataires des principales conventions internationales des droits humains et de leurs avenants respectifs concernant les droits des peuples indigènes et la protection de l’environnement ». Alors que la plupart de ces conventions ne sont pas honorées, le prélat péruvien assure que « l’Eglise souhaite être un pont et collaborer pour que cet objectif [i.e. la protection de l’Amazonie et de ses populations] soit atteint pour le bien de chacun des pays représentés sur ce territoire, pour la vie digne et pleine des peuples qui habitent cette région, et pour la protection d’un écosystème essentiel pour le présent et le futur de la planète », souligne-t-il en détail.

« En tant qu’Eglise, à la suite des appels du pape et désirant une communion avec et dans les sociétés où nous vivons, nous voulons vivre une “culture de la rencontre” en Amazonie avec les peuples autochtones, les communautés qui habitent les rives des fleuves, les descendants d’Africains, les petits paysans, les citadins et les communautés confessionnelles, et poursuivre un dialogue respectueux et constructif avec les autres religions et entités politiques et sociales », précise le cardinal jésuite.

« Ce synode est l’occasion de considérer l’identité de ces peuples et leur capacité à protéger ces écosystèmes, en fonction de leur culture et de leur vision du monde », d’après le cardinal Barreto qui ajoute : « Il peut permettre à nos sociétés non amazoniennes de créer les conditions adéquates pour les apprécier, les respecter et apprendre d’eux. Ainsi, nous pourrons peut-être un jour dépasser l’idée que ce territoire est un espace inhabité ou arriéré. Plus encore, nous en tirerons des lignes directrices utiles pour déterminer les causes de nos propres échecs comme sociétés dans le soin de notre maison commune. »

Ces déclarations explicites du cardinal Barreto, qui sera l’une des personnalités centrales du synode sur l’Amazonie, montrent, s’il en était besoin, le bien-fondé des critiques théologiques émises sur l’Instrumentum laboris. Par la plume de ce prélat péruvien, c’est déjà le synode d’octobre qui s’exprime avec un vocabulaire écolo-œcuménique : « pour la protection d’un écosystème essentiel », afin de « vivre une “culture de la rencontre” », de « poursuivre un dialogue respectueux et constructif avec les autres religions et entités politiques et sociales », etc.

Une goutte d’amertume toutefois, dans cet océan de félicité écologique : le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, admet – de façon fugace – l’existence d’une certaine contestation. A l’occasion d’une conférence intitulée « La prophétie du pape François à l’ère de la mondialisation de l’indifférence » (sic), il a confié au journal local de Rimini en Italie, Buongiorno, du 16 juillet, qu’il s’inquiétait beaucoup des manifestations d’hostilité que suscite l’enseignement du pape François, ajoutant que cette hostilité « met en danger l’unité de l’Eglise dont le centre de l’unité visible est précisément le pape ».

A force de réclamer « l’unité dans la diversité » il ne faut pas s’étonner de voir aujourd’hui cette unité dans l’adversité, dissoute par le pluralisme doctrinal et moral. Qui sème le vent conciliaire récolte la tempête postconciliaire.