Le « J’accuse » du cardinal Zen

14 Janvier, 2020
Provenance: fsspx.news

Le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong et fin connaisseur de l’empire du Milieu, a adressé à ses confrères dans le cardinalat une lettre afin de les alerter sur le « meurtre » en cours dans l’Eglise de Chine, perpétré « par ceux-là mêmes qui devraient la protéger ». 

La lettre du haut prélat est datée du 27 septembre 2019, mais ce n’est que le 8 janvier 2020 qu’elle a été rendue publique. 

Mgr Zen précise s’adresser « en conscience » aux 223 cardinaux formant alors le Sacré Collège : « je crois que le problème que j’aborde dans cette lettre concerne non seulement l'Eglise en Chine, mais toute l'Eglise, et nous, comme cardinaux, avons la lourde responsabilité d'aider le Saint-Père à guider celle-ci », écrit-il. 

Joseph Zen attire l’attention des porporati sur un document émanant du Vatican et publié en juin 2019, intitulé « Lignes directrices pastorales du Saint-Siège concernant l'enregistrement civil du clergé en Chine ». Ces instructions risquent à ses yeux de créer une église schismatique dans son pays. « D'après mon analyse des ‘lignes directrices’, explique-t-il, il apparaît clairement qu’on encourage les fidèles en Chine à intégrer une église schismatique, indépendante du pape et sous les ordres du Parti communiste ». 

Il serait injuste de reprocher au cardinal Zen de court-circuiter l’autorité en s’adressant directement au collège cardinalice. En effet, précise-t-il, « le 10 juillet 2019, j'ai présenté mes dubia au pape. Sa Sainteté, avait promis de s’y intéresser mais, à ce jour, je n'ai toujours rien reçu en guise de réponse ». 

L’évêque émérite de Hong Kong pointe, dans la suite de sa lettre, le rôle joué par le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, principal architecte des accords passés avec la Chine de Xi Jinping, en septembre 2018. Certes, déplore-t-il, « le cardinal Parolin dit qu'aujourd'hui, lorsque nous parlons d’une Eglise indépendante, cette indépendance ne doit plus être comprise comme absolue, car l'accord reconnaît le rôle du pape dans l'Eglise catholique (…), mais la réalité montre que rien n’a changé sur le terrain ». 

Le cardinal chinois n’hésite pas à reprocher à Mgr Parolin de « manipuler la pensée du pape Benoît XVI » en faisant croire que l’accord signé sous François est exactement ce que souhaitait son prédécesseur : « cela me dégoûte d’entendre dire que la politique actuelle du Saint-Siège est en continuité avec la pensée du pape précédent, alors que c’est le contraire qui est vrai. J'ai des raisons de croire, et j'espère pouvoir le prouver un jour avec des documents d’archives, que l'accord signé est le même que celui que le pape Benoît XVI avait, à l'époque, refusé de signer ». 

La lettre cardinalice s’achève par une adresse laissant peu de place à l’équivoque : « Votre Eminence, pouvons-nous assister sans rien faire au meurtre de l'Eglise en Chine, par ceux-là mêmes qui devraient la protéger et la défendre contre ses ennemis ? ». 

Cette démarche, pour le moins inhabituelle de la part d’un membre du Sacré Collège, révèle le malaise toujours grandissant dans l’Eglise sous le pontificat actuel. Mais les membres du Sacré Collège sauront-ils répondre à temps vu l’urgence de la situation des catholiques de Chine ?