Cérémonies du Jeudi Saint

avr
18
18 Avril, 2019
Eglise Saint-Joseph - Bruxelles
La dernière cène - Pietro Lorenzentti

La sainte Église se proposant aujourd’hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l’action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu’il en fit à ses Apôtres, lorsqu’il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi ».

Horaires des cérémonies

16h30 - 18h15  Confessions

18h30  Messe Solennelle et lavement des pieds
            Dépouillement des autels
            Adoration eucharistique jusqu’à minuit

21h00 - 24h00  Confessions

Nota bene : Une indulgence plénière, aux conditions habituelles, est attachée à la récitation pieuse du Tantum ergo au cours de la déposition solennelle du Saint-Sacrement à l'issue de la Messe.


Eglise Saint-Joseph
Square Frère-Orban, 3 - 1040 Bruxelles
+32 (0)2 550 00 20

Afin d’exprimer d’une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l’unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne, la sainte Église interdit aujourd’hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu’il ne soit offert dans chaque église qu’un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s’avancer vers l’autel, revêtus de l’étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

Eucharistie et Sacerdoce

Ce qui se passe aujourd’hui dans le Cénacle n’est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu’il y a plus qu’un repas, il y a autre chose qu’un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l’institution d’un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous», s’il n’eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu’à la fin des temps, ce qu’il vient d’accomplir en présence de ces douze hommes ?

Or voici ce qu’il dit à ces hommes qu’il a choisis : « Vous ferez ceci en mémoire de moi. » Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang ; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l’Église, par la sainte ordination, jusqu’à la fin des siècles. Jésus continuera d’opérer, par le ministère d’hommes mortels et pécheurs, la merveille qu’il accomplit dans le Cénacle ; et en même temps qu’il dote son Église de l’unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Pain du ciel, le moyen de «demeurer en lui, et lui en nous ». Nous avons donc à célébrer aujourd’hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l’institution du Sacerdoce chrétien.

In Cœna Domini

La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l’année ; et quoique l’institution de la fête du Très-Saint-Sacrement ait pour objet d’honorer avec plus de pompe le même mystère, l’Église, en l’établissant, n’a pas voulu que l’anniversaire de la Cène du Seigneur perdit rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc, comme aux jours mêmes de Noël et de Pâques ; tout l’appareil du deuil a disparu.
Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l’Église craint encore pour son Époux, et qu’elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l’oppressent.

Le Gloria

A l’autel, le Prêtre a entonné avec transport l’Hymne angélique : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu’à la fin le céleste cantique ; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d’abandon. La sainte Église, en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes, qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu’à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur, a perdu toute mélodie, qu’il est devenu morne et désert ; et joignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle rappelle que les Apôtres, qui sont la voix éclatante du Christ, et sont figurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

Le Lavement des pieds

Le Sauveur, aujourd’hui, après avoir lavé les pieds à ses disciples, leur a dit : « Savez-vous « ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et « Seigneur, et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car je vous ai donné l’exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi. »

Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d’enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu’il requiert dans ceux qui devront s’asseoir à sa table. « Celui qui est déjà lavé, dit-il, n’a plus besoin que de se laver les pieds » ; comme s’il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non seulement il faut que l’âme soit purifiée de ses plus graves souillures; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s’attache aux pieds.

La cérémonie du lavement des pieds, qui est aussi appelée le Mandatum, à cause du premier mot de l’Antienne que l’on chante à cette fonction, suit la lecture de l’Évangile. Après cet Évangile, où est racontée l’action du Sauveur, le Célébrant se dépouille de la chasuble ; on le ceint ensuite d’un linge, et il se dirige vers ceux dont il doit laver les pieds. Il s’agenouille devant chacun d’eux, et baise le pied après l’avoir lavé.

Procession et Adoration du Saint Sacrement

La Messe étant terminée, une Procession solennelle se dirige vers le lieu où doit reposer l’Hostie sainte, qui sera consommée demain. Le célébrant la porte sous le dais, comme à la fête du très saint Sacrement ; mais aujourd’hui le corps sacré du Rédempteur contenu dans le ciboire voilé, et non entouré de rayons comme au jour de ses triomphes. Adorons ce divin Soleil de justice, dont nous saluâmes le lever avec tant d’allégresse; il décline vers son couchant ; encore quelques heures, et sa lumière va s’éteindre. Les ombres alors couvriront la terre ; et ce ne sera que le troisième jour que nous le verrons reparaître tout brillant d’un éclat nouveau.

Arrivé au lieu où doit être déposée l’Hostie sainte, le célébrant l’ayant encensée, le diacre prend le ciboire qui la contient et le renferme pour le soustraire à tous les regards. On prie quelques instants, et bientôt le cortège retourne au chœur en silence.
Les fidèles sont encouragés à rester près du Sauveur béni qui entre dans son Agonie au Jardins des Olives. A minuit, avec tristesse et pour rappeler l'abandon de ses apôtres durant son arrestation, tous se retirent.

Le dépouillement des autels

Le Célébrant reparaît assisté du Diacre et du Sous-Diacre, et se dirige vers l’autel majeur. Il y monte avec eux, et aidé de leur secours, il enlève les nappes qui couvrent et ornent la table sainte. Ce rite lugubre annonce que le Sacrifice est suspendu. L’autel doit demeurer nu et dépouillé, jusqu’à ce que l’offrande journalière puisse être de nouveau présentée à la Majesté divine ; mais il faut pour cela que l’Époux de la sainte Église, vainqueur de la mort, s’élance vivant du sein de la tombe. En ce moment, il est aux mains des Juifs qui vont le dépouiller de ses vêlements, comme nous dépouillons son autel. Il va être exposé nu aux outrages de tout un peuple : c’est pourquoi l’Église a choisi pour accompagner cette triste cérémonie le Psaume XXI°, dans lequel le Messie expose d’une manière si frappante l’action des soldats romains qui, au pied de sa croix, partagent ses dépouilles.

Après avoir dépouillé l’autel majeur, le Célébrant se rend aux autres autels de l’église, et enlève pareillement les nappes qui les couvraient. L’image de la désolation est partout. Le saint tabernacle lui-même a perdu son hôte divin. Le ciboire, dans lequel est réservée la divine hostie pour le viatique des mourants, a été transporté au reposoir. Tout est muet, tout est glacé dans le saint temple. La majesté de notre Dieu s’est retirée dans le sanctuaire écarté où repose la Victime universelle ; et on n’approche de cet asile mystérieux qu’avec le silence du respect et de la componction.